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Société

Deux femmes dénoncent des violences de la part d’un membre du comité Vérité et justice pour Adama

Deux femmes affirment avoir été victimes de violences par un militant antiraciste engagé dans la lutte contre les violences policières. Selon l’enquête menée par Mediapart, Samir Elyes aurait été protégé par le comité Vérité et justice pour Adama.

L’enquête vise une figure du comité Vérité et Justice pour Adama, organisation devenue incontournable dans la lutte contre les violences policières en France. Mediapart a recueilli les témoignages de deux femmes qui accusent de comportements violents Samir Elyes, militant de longue date de la lutte antiraciste.

Selon les investigations des journalistes Estelle Ndjandjo et David Perrotin, ces violences auraient été ignorées, voire couvertes par l’organisation.

« Il m’a projetée contre la porte d’un bâtiment »

Les premiers témoignages ont d’abord émergé en 2018, à l’initiative du collectif Femmes en lutte 93 et à travers la voix de Massica. Cette femme a rencontré Samir Elyes en 2016 et s’est liée d’amitié avec lui à travers le militantisme. Cette relation est cependant émaillée par les comportements colériques du militant.

Lors d’une soirée au Centre international de culture populaire en avril 2017, elle aurait été agressée par Samir Elyes :

« Il m’a projetée contre la porte d’un bâtiment. Ma tête a cogné le mur. Il m’a pris par les bras et m’a traitée de “salope”, “d’ingrate”… Il a tenté de me mettre au sol mais je me suis débattue. J’ai réussi à me dégager mais Samir m’a de nouveau poursuivie. »

Il reconnaîtra ensuite les faits. Si le comité Adama entend le témoignage de Massica et semble prendre son parti, la militante affirme avoir été mise de côté après avoir dénoncé les violences de Samir Elyes. Quelques mois plus tard, Samir Elyes, qui avait été d’abord écarté de l’organisation militante, est sollicité pour participer à l’animation de la journée de commémoration de la mort d’Adama Traoré en 2017.

Un message lapidaire d’Assa Traoré clôt à l’époque toute discussion : « […] Les personnes qui n’ont pas les épaules, au revoir. On a besoin de personnes solides, vaillantes. Personne n’a demandé à ce qu’elle accepte le pardon de Samir. Maintenant si le comité est sexiste et c’est nouveau, qu’il soit tyrannique je savais pas. Massica et Sarah doivent comprendre que l’intérêt principal, c’est le combat pour Adama et mes frères en prison. […] ».

Samir Elyes aurait été mis en retrait… mais seulement brièvement. Mediapart recense les nombreuses apparitions publiques et prises de parole du militant dans le cadre du comité Adama entre 2018 et 2022.

samir elyes manifestation 1é fevrier Rev permanente
Samir Elyes en février 2022 lors d’un rassemblement organisé par le comité Vérité et justice pour Adama – Révolution permanente

Massica bénéficie par la suite du soutien du collectif Femmes en lutte 93, qui publie en 2018 un texte dans lequel elle parle des violences commises par Samir Elyes à son encontre, sans pour autant le nommer. Pour avoir soutenu le texte, le collectif est pris à parti sur les réseaux sociaux : « Il y avait un soutien total pour Samir, avec l’idée selon laquelle il était la seule victime. Selon eux, on jouait le jeu des racistes avec la simple volonté de lui faire du mal » affirme à Mediapart Hanane Ameqrane, cofondatrice de l’association.

Une autre femme, qui témoigne sous le pseudonyme de Line, décrit un homme « ultraviolent et manipulateur », coutumier des accès de colère et en prise avec ses addictions. Elle raconte une scène particulièrement violente en 2014 :

« Sur la route du retour à Paris, on s’est disputés et il a pété un câble. Il était au volant et moi sur le siège passager. Il décide que je dois dégager de la voiture. Il s’est penché et a ouvert ma portière alors qu’il roulait. Il a commencé à me pousser pour m’éjecter de la voiture en hurlant. J’ai résisté comme j’ai pu et je ne suis pas tombée, sinon je m’éclatais sur le périph’. J’étais terrorisée et je me suis dit qu’un jour il allait finir par me tuer. »

Harcelée par Samir Elyes et craignant pour sa sécurité, Line est par la suite mise à l’abri par des amis. En 2018, après la publication du texte de Massica par le collectif Femmes en lutte 93, elle affirme avoir été de nouveau harcelée et menacée, par Samir Elyes et par d’autres personnes.

Une affaire révélatrice de l’omerta dans certains milieux militants

L’affaire pourrait se résumer ainsi : des victimes de violences et de harcèlement qui parlent, et des organisations militantes qui font la sourde oreille, qui cherchent à les réduire au silence, voire qui les accusent de mener une cabale ou faire le jeu de l’extrême-droite.

Un ancien membre du collectif Quartiers Libres le reconnaît aujourd’hui auprès de Mediapart : « En plus d’avoir subi les violences de Samir, Massica et Line ont été menacées pour qu’elles se taisent. Et après la publication de votre article, il y a un risque qu’elles le soient encore. Les militants alertés ont ignoré, voulu oublier ou essayé de ménager les choses. Ils ont été très rares à les soutenir »

Toutes les deux ont subi et subissent encore les conséquences de ce qui leur est arrivé au contact du militant : « Je me suis auto-exclue de certains espaces où je craignais de le croiser, lui ou des gens qui étaient complices, par complaisance ou calcul politique » affirme Line.

Le Collectif Féministes contre le cyberharcèlement a réagi sur Twitter à la publication de l’enquête dénonçant l’« omerta » qui règne dans les milieux militants :

« Les moments de révélation/de libération de la parole autour des violences intra militantes devraient être vues comme des moments permettant une reconnaissance de ce que les victimes ont subi & la mise en œuvre de réparations & solutions collectives de justice réparatrice.

Or ils sont vus comme des sabotages, des ralentissements, une nuisance et une trahison à la cause. Lorsque les histoires comme celle des violences commises par Samir Elyes sortent, elles galvanisent la communauté militante, qui se met souvent au service de l’agresseur. »

À lire aussi : « Il installait la peur » : après Judith Chemla, d’autres femmes accusent le réalisateur Yohan Manca

Crédit photo : Capture (Le Média)


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Les Commentaires
15

Avatar de haleyo
27 juillet 2022 à 14h36
haleyo
@poulaga
Je pense que ton raisonnement est tout à fait juste, néanmoins, il n'a pas encore été intégré par tous. Le fait que les scandales éclatent les uns après les autres et entachent les structures va, j'espère, changer cela.
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Voir les 15 commentaires

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