Comprendre l’affaire Adama Traoré, qui a mené 20 000 personnes à manifester

« Justice pour Adama », ont scandé des dizaines de milliers de personnes à Paris. Qui est Adama, et pourquoi réclame-t-on justice en son nom ? Voici des explications.

Comprendre l’affaire Adama Traoré, qui a mené 20 000 personnes à manifester@assa.traore_ sur Instagram

En plein mouvement #BlackLivesMatter contre les violences policières racistes aux États-Unis, le tribunal de grande instance de Paris a lui aussi vibré face aux appels à la justice et à l’égalité.

20 000 personnes environ ont en effet manifesté, ce 2 juin 2020, à l’appel du comité Adama. Et si tu es un peu paumée face à tout ça, cet article est pour toi.

La mort d’Adama Traoré

Le 19 juillet 2016, Beaumont-sur-Oise. Adama Traoré, 24 ans, est en compagnie de son frère Bagui lorsque des gendarmes descendent de leur voiture pour interpeller ce dernier.

Face à une demande de contrôle d’identité, Adama Traoré s’enfuit en courant. Deux gendarmes se lancent à sa suite, l’attrapent et lui passent les menottes, mais l’homme prend à nouveau la fuite.

Un témoin mène les forces de l’ordre à l’appartement où Adama se cache.

Et là, je vais citer la page Wikipédia de l’affaire Traoré, qui se base ici sur cet article de Libération, car je ne voudrais pas déformer la moindre virgule :

À trois, ils le maîtrisent en effectuant un plaquage ventral. Adama Traoré les aurait alors prévenus qu’il a[vait] du mal à respirer, selon les déclarations des gendarmes aux enquêteurs, et il n’opposait pas de résistance.

Il se serait ensuite levé seul mais difficilement pour être emmené dans la voiture. Pendant le trajet, qui aurait duré entre trois et quatre minutes, Adama Traoré donne l’impression de faire un malaise.

Arrivés dans la cour de la gendarmerie de Persan, les gendarmes remarquent qu’Adama Traoré a uriné sur lui pendant le trajet mais ils indiquent que le jeune homme respire encore. Les gendarmes disent l’avoir alors allongé sur le sol en position latérale de sécurité (PLS), toujours entravé par des menottes, ne sachant pas s’il simulait ou pas.

À 17h46, les pompiers sont appelés. À leur arrivée, ils constatent que l’homme n’est pas en position latérale de sécurité, bien qu’il ait pu l’être auparavant, et gît, attaché par des menottes, face contre terre.

Il ne respire plus.

Ils appellent le Samu dans les minutes qui suivent. Après plusieurs vaines tentatives de réanimation, qui durent environ une heure, il est déclaré mort à 19h51.

De quoi est mort Adama Traoré ?

C’est la grande question qui se pose dans « l’affaire Adama Traoré » : l’homme est-il mort à cause du plaquage ventral des gendarmes, ou à cause d’une autre raison médicale inconnue de ces derniers ?

Les hypothèses divergent rapidement, comme l’explique là encore Libération :

Si l’affaire est trouble, c’est en partie parce que la communication du procureur de la République de Pontoise, Yves Jannier, est depuis le départ pour le moins évasive, sinon incomplète.

Dès l’annonce du décès, le procureur déclare qu’Adama Traoré est mort «à la suite d’un malaise». Contacté le 20 juillet par Libération, le procureur adjoint de Pontoise, François Capin-Dulhoste, affirme la même chose, assurant qu’« Adama s’est rebellé dans le chemin du fourgon » — ce qui est contredit par les auditions des gendarmes.

Tout de suite, la famille et les proches contestent cette version de la crise cardiaque, certains évoquent de possibles violences de la part des forces de l’ordre.

Deux versions s’affrontent et les tensions montent. D’autant que le procureur de la République de Pontoise varie sur les causes possibles de la mort.

Plusieurs autopsies, expertises et contre-expertises médicales ont été menées afin de déterminer de quoi est mort Adama Traoré. Certaines ont été coordonnées par la justice, d’autres réalisées de façon indépendante à la demande de la famille du défunt.

Tu peux en retrouver le déroulé complet sur la page Wikipédia de l’affaire Traoré ; voici les deux occurrences les plus récentes :

Les résultats de la nouvelle expertise sont connus le 29 mai 2020 : celle-ci conclut qu’Adama Traoré « n’est pas décédé d’asphyxie positionnelle » mais « d’un oedème cardiogénique », écartant de ce fait la responsabilité des gendarmes dans son décès.

Elle l’attribue à différentes pathologies (sarcoïdose pulmonaire, cardiopathie hypertrophique et drépanocytose) et à une concentration élevée de cannabis dans un contexte de stress intense et d’effort physique.

La famille lui reproche de ne faire aucune mention de l’arrestation, affirme que les médecins n’ont aucune compétence en cardiologie et déclare vouloir porter plainte auprès du Conseil de l’Ordre des médecins contre les médecins experts.

Une contre-expertise, demandée par la famille, est publiée le 2 juin 2020. Elle contredit celle publiée la semaine précédente dans sa totalité.

Elle affirme que la mort d’Adama Traoré est due à un œdème cardiogénique suivi par un syndrome asphyxique, causé par une asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral.

La manifestation pour Adama ce 2 juin à Paris

Assa Traoré, la sœur d’Adama, est la porte-parole de la famille et le visage de la lutte menée par le comité Adama pour que justice soit faite. Comité selon lequel, tu l’auras compris, la mort du jeune homme a été causée par des membres des forces de l’ordre.

Ce 2 juin, quelques jours après les résultats de la contre-expertise du 29 mai qui écartait la responsabilité des gendarmes, environ 20 000 personnes se sont réunies à l’appel du comité Adama pour manifester devant le tribunal de grande instance de Paris.

Au-delà de l’unique affaire Traoré, cette manifestation se dresse contre les violences policières et le racisme dont peuvent faire preuve les forces de l’ordre.

Un sujet très d’actualité, aux États-Unis comme en France, même si les deux pays ne sont pas dans une situation comparable.

Et pour la suite ? Selon Le Monde, dans l’affaire Adama Traoré, « les parties civiles ont encore dix jours pour demander aux juges d’instruction d’ordonner une nouvelle contre-expertise ». Il devrait donc y avoir de nouvelles évolutions.

À lire aussi : Camélia Jordana a peur de la police, Castaner s’indigne

Mymy

Mymy

Mymy est la rédactrice en chef de madmoiZelle et gère la rubrique masculinité (dont fait partie son podcast, The Boys Club). Elle est aussi dans la Brigade du Kif du super podcast Laisse-Moi Kiffer. Elle aime : avoir des opinions, les gens respectueux, et les spätzle.

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Commentaires

Natipik

@Calinoursonne

Je ne t'ai pas mentionné.e car je souhaitais simplement réagir et donner mon avis (ce qui est mon droit aux dernières nouvelles, et en plus les messages se suivaient directement) et parce que je ne compte pas débattre.

De plus et ça n'engage que moi, je trouve que parfois la mention peut avoir un effet un peu pervers en faisant que potentiellement plusieurs personnes vont se mettre à réagir aux propos de la personne citée, qui peut se sentir un peu submergée et ce n'est pas une dynamique que je souhaitais potentiellement créer ici.
 
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