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Des acteurs cisgenres jouant des personnages transgenres ? Une pièce déprogrammée à Paris

À Paris, une pièce, dans laquelle une personne cisgenre interprétait une personne trans a été déprogrammée, créant la polémique. On fait le point sur ce qu’il s’est passé.

Dans la pièce Pour un temps sois peu, une comédienne cisgenre* incarnait un monologue écrit par une femme transgenre. Dans le texte, cette dernière y racontait sa transition de genre. Face à l’indignation suscitée par cette appropriation, le théâtre 13 a décidé d’annuler les représentations du spectacle.

Une pièce ayant suscité l’indignation

À l’origine, ce texte est le fruit du travail d’une dramaturge et femme transgenre, Laurène Marx. En 2015, la comédienne et metteuse en scène Léna Paugam a acheté les droits de ce texte afin de l’adapter dans une pièce de théâtre, confiant le rôle à une comédienne cisgenre, Hélène Rencurel.

Lors des représentations du spectacle à Toulouse, ce dernier a suscité de vives réactions parmi le public. Selon le Figaro, une actrice transgenre aurait déclamé le texte elle-même sur le parvis du théâtre en novembre. Un geste fort pour protester contre cette appropriation. Finalement, c’est à Paris que le spectacle sera déprogrammé sur décision de Lucas Bonnifait, directeur du Théâtre 13. Il explique :

« Je me suis rendu compte que certaines personnes se sentaient invisibilisées par la pièce, note-t-il. Nous l’avons réalisé trop tard, mais il était important pour nous de ne pas créer plus de clivage. »

theatre monica silvestre – pexels
© Monica Silvestre / pexels

Laurène Marx fait porter la voix des personnes transgenres dans son propre spectacle

Si le cas de Pour un temps sois peu questionne particulièrement, c’est que l’autrice du texte original Laurène Marx a finalement exprimé le souhait d’incarner elle-même son personnage, alors que ce n’était pas le cas dans un premier temps.

Les répétitions du spectacle de Léna Paugam étant en préparation depuis un an, cette dernière a refusé de changer d’actrice, mais a proposé à Laurène Marx de monter sa propre version de la pièce. « C’était important pour elle de le faire aussi, mais elle voyait que notre projet permettait aussi de faire entendre sa voix », explique Léna Paugam. Selon cette dernière, faire jouer une personne transgenre par une personne cisgenre n’est pas problématique :

« Nous entendons et partageons les préoccupations des militants. Cela doit passer par les écoles, qui doivent former des comédiens transgenres. Mais il me semble problématique de dire que parce que l’on n’est pas concerné, on n’a pas le droit d’aborder un sujet. »

Laurène Marx a finalement monté sa propre pièce, jouée au Théâtre de Belleville durant tout le mois de novembre. Sur le site du théâtre, on peut lire que « Pour un temps sois peu est une histoire de femme trans (…} racontée par une personne qui l’a vécu, vraiment vécu. Dans sa chair et dans son amitié. Et pas une énième histoire fantasmée, écrite ou jouée par un ou une non trans. »

À lire aussi : Vous ne comprenez pas pourquoi on dit que les personnages trans devraient être joués par des acteurs trans ? Par ici

*Une personne cisgenre est une personne dont l’identité de genre est conforme au sexe qui lui a été attribué à la naissance

Crédit de l’image à la Une : © monica-silvestre-pexels

Les Commentaires
13

Avatar de Horion
11 décembre 2022 à 09h26
Horion
Je vois deux réponses à pourquoi le cas des personnes trans est particulier dans le monde du cinéma et pourquoi, selon moi, c'est important qu'une majorité soit trans (j'évoque à la fin la possibilité d'un.e acteurice cis)
-.Le rapport au corps. Honnêtement oui un acteur peut jouer beaucoup de choses. Cependant et dans la plupart des cas, ils embauchent des acteurices dans le genre assigné du personnage. Comme si le fait que l'on était trans ça se voyait forcément. Surtout quand le film traite d'un sujet post transition médicale (qui n'est pas obligatoire je le rappelle mais comme la plupart des rôles/films sont stéréotypés sur le sujet, c'est souvent des transitions très classiques : médicale). Ça n'aide pas à changer les stéréotypes d'ailleurs d'engager que des personnes dans le genre assigné car le travestissement de l'acteurice qui n'aura pas vécu une transition médicale ben...ca se voit. Or dans la vrai vie dans la plupart des cas ça se voit pas. J'en ai la preuve au quotidien avec mes potes trans qui ont du passing (passing = le fait de pouvoir passer pour une personne cis). Les gens sont très étonnés quand ils apprennent de la part de mes potes qu'ils sont trans (D'ailleurs au passage ne dites pas "oh ça se voit pas" c'est blessant comme remarque).
- aussi une transition est quelque chose de vraiment particulier et même lae meilleur.e acteurice possible ne pourra pas vraiment retranscrire tout à l'écran.
- Le fait aussi que beaucoup d'acteurices trans n'ont tout simplement pas de taff...que ce soit dans des rôles cis ou non d'ailleurs (et des rôles cis iels en veulent aussi). Donc si en plus on leur prend les seuls rôles où ils peuvent être caster bon
- après, si une personne cis joue une personne trans, pourquoi pas. Mais en tant que personne trans, surtout si le film/pièce de théâtre n'évoque pas la transition comme un élément du film (comme dannish girl par exemple), autant prendre un.e acteurice du genre du personnage et pas du genre assigné ? Soit une femme cis pour le rôle d'une femme cis et un homme cis pour le rôle d'un homme trans. Or c'est quasiment jamais fait...
- pour le cas de la non binarite (qui fait parti de la transidentité), vu qu'il n'y a pas vraiment de stéréotypes car tout dépend de la personne (certaines personnes non binaires font une transition médicale, d'autres non, etc). Pourquoi pas à la limite.
Ceci dit, il me paraît très important d'avoir des personnes trans embauchées comme consultantes par la production afin de mieux guider l'acteurice dans le rôle pour vraiment être crédible.
Parce que je maintiens que la rapport au corps est très particuliers, les émotions sont complexes qui nous traversent, voir son corps changer c'est pas si simple même si ça nous rend mieux dans nos têtes.
C'est très différent d'une orientation sexuelle par exemple. C'est une attirance (qu'elle soit romantique ou sexuelle ou les deux) et les couples/relations fonctionnent de la même façon (enfin si on oublie le patriarcat bien sur). Ceci dit, avoir un.e consultant.e s'il y a des relations intimes, ça évite les males gazes sur les relations lesbiennes avec les clichés qu'on voit dans tous les films (les ciseaux par exemple...jpp de voir ça, comme si le sexe lesbien c'était que ça).
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