Le monde de la vulgarisation scientifique sur YouTube est-il sexiste ?

Quand une youtubeuse décide après un énième commentaire misogyne de témoigner sur son expérience du sexisme, ça secoue. Dans un article, Florence Porcel revient sur son parcours et les polémiques du monde de la vulgarisation scientifique en ligne.

Le monde de la vulgarisation scientifique sur YouTube est-il sexiste ?

Le monde de la vulgarisation scientifique sur YouTube est-il sexiste ? C’est en tout cas ce que pense Florence Porcel qui officie sur cette plate-forme depuis des années. Dans un long article posté sur son blog hier, elle s’explique.

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Tout commence quand la youtubeuse décide de relayer sur Twitter le 29 mars un énième commentaire sexiste…

Des commentaires auxquels on ne s’habitue pas

De ses premiers commentaires sexistes au harcèlement qu’elle a subit, du sexisme ordinaire aux menaces de mort, Florence Porcel témoigne.

Sa première expérience sur YouTube date de 2009. À l’époque, elle poste un CV vidéo pour une recherche d’alternance et cela la confronte pour la première fois aux commentaires graveleux voire menaçants.

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Elle passe ensuite par plusieurs expériences. Entre autres, elle a décidé de raconter l’univers en 30 comptes sur Twitter et atterrit au Vinvinteur un magazine racontant la culture digitale sur France 5. En parallèle, elle commence sur YouTube une chaîne, La folle histoire de l’Univers. Elle ne s’y montre pas et commente en voix off.

Après avoir subit un harcèlement très violent suite à la diffusion d’un épisode du Vinvinteur traitant du sexisme dans le domaine du jeu vidéo elle se dit qu’elle a bien raison de ne pas s’être exposé plus que ça dans son projet sur YouTube. En 2014, elle décide de finalement sauter le pas de nouveau et se met en scène face caméra, de la même manière qu’un•e podcasteur•euse classique…

Bien sûr, les commentaires sexistes ont été là tout de suite – j’en ai d’ailleurs toujours eu sur « La folle histoire de l’Univers », mais c’était anecdotique puisque (c’est comme ça que je l’explique) je n’exposais pas mon image. Mais contrairement à ce que j’avais pu subir, c’était supportable. J’ai donc continué.

Hier, suite à la capture d’écran du commentaire misogyne, elle commentait :

Une qualité moindre… Ou une écoute qui ne se fait pas ?

Ce qui est le plus rageant quand on est victime d’un oppression est qu’une personne privilégiée nous dise que c’est dans notre tête.

Car les commentaires ne sont qu’un des symptômes du sexisme ambiant. Force est de constater qu’un nombre très restreint de youtubeuses scientifiques a du succès. La faute à leur nombre peu élevé ? À une qualité de vidéos moindre ? Ou bien au fait que les femmes sont moins écoutées ?

Florence fait la liste de ses défauts, elle admet un manque de moyens qui lui empêche une meilleure qualité de vidéo ou un manque d’identité visuelle, par exemple. Elle parle de son cas car c’est celui qu’elle connait le mieux mais cela ne l’empêche bien évidemment pas de regarder ce qui se passe ailleurs et de se dire qu’il y a un sérieux problème.

Il y a un problème de sexisme. C’est évident. (…)

C’est la société, c’est l’éducation, ce sont les stéréotypes qu’on a tous – moi la première – intégrés et contre lesquels il est difficile de lutter tellement ils sont ancrés en nous, c’est un millier de facteurs qui font que le sexisme est un élément qui nous freine. (…)

Je me suis rendue compte, moi-même, que quand je regarde une femme sur un écran, je regarde comment elle est présentée d’abord – alors que quand je regarde un homme, je commence par l’écouter, et ensuite je le regarde. C’est insidieux. C’est difficile à expliquer. C’est inconscient la plupart du temps. Mais c’est un fait.

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Les commentaires insultants, une plaie qui a du mal à cicatriser

Les commentaires, certain disent s’y habituer mais les mots peuvent faire mal des mois durant. Ceux qui les ont posté les ont sans doutes déjà oublié depuis longtemps et ils continuent à vibrer dans la tête de celles et ceux qui les ont reçus. Florence Porcel témoigne de son expérience.

Mais quand je mets mes tripes, six mois de mon temps et une énergie infinie à constituer un contenu comme La folle histoire de l’Exoconférence (…), et qu’on me dit que j’ai forcément couché avec chacun des intervenants pour pouvoir parvenir à ce résultat, je sais que je devrais supprimer et oublier. Mais c’est humiliant.

C’est profondément humiliant et c’est compliqué de vous parler de ce commentaire là, encore aujourd’hui, plusieurs mois après l’avoir reçu. Je le fais pour témoigner, pour dire que ces commentaires, même si on a l’habitude, même si on les subit au quotidien partout, ne sont jamais anodins et nous marquent. Et peuvent nous empêcher d’avancer, de continuer.

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Alors, comment agir ?

Sensibilisez vos proches à cette cause, c’est déjà la soutenir.

Ne laissez pas Internet aux mains des gens nauséabonds. La majorité des personnes ne commentent pas quand ils apprécient une vidéo ou un article… Pourtant, les messages encourageants font du bien ! S’il y a 100 commentaires positifs pour un seul commentaire sexiste, ce dernier aura beaucoup moins de poids que si le ratio est moindre.

Restons ensemble et soutenons nous !

Pour lire l’article en entier, cliquez ici

À lire aussi : Christiane Taubira critique les injures sexistes

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Assault
    Assault, Le 14 avril 2016 à 21h11

    Comme le dit @artemis-diane le monde de l'internet, et a fortiori de Youtube où tu t'exposes à la vue de tous, est impitoyable. Quoiqu'il arrive, tu seras jugé sur ton physique: moche, maigre, gros, parfois même si tu es beau. Les youtubeurs le savent cependant, et apprennent à ignorer certains commentaires (bien que ça puisse toujours faire mal). Le simple fait d'être une femme amène encore d'autres stéréotypes (et j'ai été désolée de voir que j'y pensais moi-même inconsciemment, comme le signale Florence Porcel: "quand je regarde une femme sur un écran, je regarde comment elle est présentée d’abord"), qui à mon avis peuvent faire que le spectateur s'arrête encore trop sur le genre de la youtubeuse.
    Mais c'est pour ça qu'il faut redoubler d'effort pour continuer le travail de youtuber, même en étant une femme. Après tout, les vidéos sur internet restent encore un des seuls médias libres à tous, où l'on n'est pas emprisonné par les carcans de la TV par exemple. Alors autant en profiter pour donner un maximum de visibilité aux femmes qui représentent plus de 50% de la population, avec un contenu pensé par elles.
    Comme le succès des vidéastes commence aussi par le bouche à oreille, j'ai fait un topic sur les femmes vidéastes sur le net http://forums.madmoizelle.com/sujet...itent-detre-plus-connues.112503/#post-7755057
    Je connais trop peu de chaînes youtube de vulgarisation scientifique, et qui plus est gérées par des femmes (à part SmartCat), mais ça me fait plaisir quand j'en vois.
    Donc je soutiens Florence Porcel dans son travail (qui semble considérable), et je lui souhaite de se battre -et autant que possible, se former une "carapace" contre les commentaires déplacés; il y a aussi une majorité silencieuse qui apprécie tes vidéos!

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