« Transparent », la nouvelle série Amazon sur l’identité et ses mille visages

« Transparent », série proposée par Amazon, traite avec délicatesse, humour et émotions des identités : c'est notre coup de coeur de la saison.

« Transparent », la nouvelle série Amazon sur l’identité et ses mille visages

En février dernier, Amazon dévoilait des pilotes de séries aux styles, genres et influences fondamentalement différents. Juste les pilotes. Pourquoi tant de cruauté ? Parce que la firme se lançait dans le secteur de la diffusion de séries en streaming, et que l’avenir de ces programmes se jouait sur le nombre de vues et les réactions que les internautes allaient avoir.

La post-apocalyptique The After, les comédies Mozart in the Jungle et The Rebels, le thriller Bosch et Transparent étaient alors proposés.

Bon. C’est cette dernière qui m’a donné envie.

Transparent, c’est l’histoire de Mort, la soixantaine, père de trois enfants désormais bien grands, divorcé de son ex-femme, qui cherche à faire son coming-out en tant que femme à la chair de sa chair. Mort est en fait Maura, et entame enfin sa transition.

Jill Soloway, qui a été scénariste pour Six Feet Under, mais aussi productrice exécutive de United States of Tara, est à l’origine de cette nouvelle série vachement prometteuse dont la première saison a été dévoilée à la fin du mois de septembre dernier. Il y a trois ans, elle a vécu la même situation. Il paraît qu’il ne faut pour autant voir Transparent que comme une série semi-autobiographique. Bon. J’ai commencé à la regarder sans savoir l’histoire familiale de Jill, et ça n’a rien changé à l’opinion que je m’en faisais alors du coup, d’accord, aucun problème.

Toujours est-il qu’elle a choisi de s’inspirer de cet évènement pour écrire Transparent (mais comme elle l’affirme dans les interviews, le sujet des identités et du genre la passionnaient déjà avant), une série qui sent bon l’amour et l’esprit de famille.

Et c’est une série qu’on vous conseille de regarder, parce que c’était une vraie bonne surprise.

Une famille qui donne envie d’avoir une fratrie

Ce qui m’a marquée en premier dans la série, c’est un aspect qui m’échappe un peu : la notion de fratrie. Des séries familiales, sur Terre, il en existe plein. Étant fille unique, je suis vachement exigeante avec tout ce qui a trait aux relations frères/soeurs, frères/frères, soeurs/soeurs dans la pop-culture, parce que j’ai l’impression d’y apprendre des trucs que je ne connaîtrai jamais. C’est pas que j’en souffre, hein, mais c’est comme regarder un reportage sur des lionceaux apprivoisés alors que t’en as jamais eu chez toi : ça apprend l’inapprenable. C’est le Rendez-vous en terre inconnue de la mif.

Eh bien cette fratrie-là m’a donné envie d’en avoir une. Ils se vannent, ils sont complices, ils ne s’appellent pas tous les jours, ils sont simplement contents de se voir, même s’ils sont tellement différents qu’on pourrait croire qu’ils n’ont aucun lien de parenté. Y a un truc, un lien, une sorte de fatalité joyeuse qui les unit, et ça faisait longtemps que je n’avais pas été jalouse en regardant une série (je ne le suis normalement qu’en voyant des frères et soeurs déconner ensemble dans la vraie vie).

Des personnages qui se cherchent

Sur le papier, en lisant uniquement le synopsis, à brûle-pourpoint, sans réfléchir, on pourrait croire que c’est le personnage de Maura qui est le plus en difficulté avec son identité, puisqu’elle est en pleine transition, mais que dalle : elle est le personnage le plus au fait de qui elle est (et elle est géniale : je te défie de ne pas avoir envie de boire des coups avec elle au bout de deux épisodes grand max) !

Ça ne veut pas dire que son parcours n’est pas absolument passionnant (il l’est plus encore que ça), ça veut simplement dire que ses enfants galèrent — pour la simple raison qu’eux, et je ne me base ici que sur le premier épisode, n’ont pas encore su se trouver. Et qu’au début, le problème de Maura n’est pas d’accepter son identité (du moins à ce que j’ai cru comprendre), mais bel et bien de trouver le moyen de la révéler à sa descendance, trop occupée à être centrée sur ses propres problèmes pour écouter les autres.

[Spoiler de moment joli que tu as peut-être envie de découvrir toi-même sans avoir à t’y attendre] 

C’est ce que j’ai cru comprendre lors d’un dialogue entre Maura et sa fille aînée, qui vient de la surprendre dans des vêtements féminins pour la première fois :

— Tu vas te déguiser en femme tous les jours maintenant ?
— C’est toute ma vie que je me suis déguisée en homme. C’est qui je suis.

(J’ai un peu chouiné.)

[Fin du spoiler de moment joli que tu as peut-être envie de découvrir toi-même sans avoir à t’y attendre] 

Les trois enfants de Maura sont paumés, donc, mais ça ne les empêche pas d’être géniaux. On compte ainsi…

  • Sarah, mère de deux enfants, mariée à un homme, qui recroise la femme avec qui elle a vécu une grande histoire d’amour à l’université
  • Josh, qui réussit professionnellement, enchaîne les histoires sans lendemain et semble pas vraiment savoir si ça lui convient
  • Ali, ma préférée, la plus jeune, le « bébé » de son père, qui essaie de s’épanouir faute de/en attendant de trouver un travail, faute de/en attendant de savoir qui elle est.

transparent

Les acteurs sont incroyables

Globalement, la série est extrêmement bien jouée, portée par de vrais bons acteurs. Gaby Hoffman (que tu as peut-être déjà vu dans Obvious Child et/ou Girls) donne envie d’être sa meilleure pote, direct : elle est parfaite dans ce rôle de cette jeune adulte à crever de rire qui ne reste pas passive dans sa recherche du bonheur. Les amateurs et amatrices d’Arrested Development seront probablement jouasses de retrouver Jeffrey Tambor (qui jouait le patriarche Bluth et son frère), parfait de bout en bout dans le rôle de Maura. Les acteurs des deux autres personnages principaux, Amy Landecker et Jay Duplass, sont moins « connus », mais ça ne les empêche évidemment pas de les incarner à la perfection. En gros, ouais, j’ai eu envie d’alterner barbecue, grosse déconne et séances de câlins et confidences avec tout ce monde.

Mais oui, vraiment, on peut regretter qu’une des (la ?) premières séries à avoir pour personnage principal une personne transgenre n’ait pas une actrice transgenre pour jouer le rôle…

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Bon, et puis aussi (mais alors là c’est peut-être que moi) mais j’étais ravie de reconnaître dans Transparent Judith Light éïkéhéï la fantastique Angela Bower, mère célibataire et cadre dans la pub de Madame est servie, une de mes séries préférées de quand j’étais petite.

La bonne nouvelle, donc, c’est que Transparent est une série excellente, et qu’elle est reconduite pour une deuxième saison.

La mauvaise, c’est qu’elle n’est pas disponible de manière légale en France. Pour le moment. Il serait temps que quelques petits efforts soient faits, parce que Les Experts, sérieusement, ça va bien cinq minutes, mais il existe de la vraie bonne grosse qualité qui ne demande qu’à être mise en avant !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lilou1888
    Lilou1888, Le 8 novembre 2014 à 19h07

    C'est en effet une superbe série, du moins, pour les 2 premiers épisodes... En revanche, je suis la seule à avoir remarqué que l'actrice blonde qui joue le premier amour de la soeur ainée change au 2ème épisode?... o_O

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