J’ai testé pour vous… sortir avec un prof

Cette madmoiZelle sort avec un prof de sa fac, et ça a drôlement compliqué sa vie. La jalousie et la mauvaise foi des autres étudiants se sont déchaînées et ont rendu ses études et sa relation doublement complexes.

J’ai testé pour vous… sortir avec un prof

Article initialement publié le 8 juin 2014

Je suis une fille discrète, timide et effacée. Mais je suis aussi quelqu’un qui a toujours été plus à l’aise avec les personnes plus âgées que moi. J’aime notamment beaucoup parler avec mes profs. Cela ne m’avait jamais posé de problème particulier, jusqu’à ce que je finisse par sortir avec un prof de ma fac. Je n’avais même pas cours avec lui, mais cela a provoqué un véritable raz-de-marée…

Du rêve…

Tout a commencé il y a trois ans. J’étais en première année de licence, un peu paumée, et je n’avais rien trouvé de mieux à faire après chaque TD que de sortir fumer avec ma chargée de TD.

Un jour lors de cette pause cigarette hebdomadaire, un de ses collègues arriva. Il enseignait une option de langues, que je suivais, mais sans être dans son cours. C’était le genre de type normal, pas franchement le preux chevalier en collants sur son cheval blanc à tresses. La conversation s’engagea sur la pluie et le beau temps — ou plutôt la neige, l’hiver ayant été rude cette année-là. Et puis chacun reprit sa route pour vaquer à ses occupations.

Ce rituel se répéta chaque semaine jusqu’à la fin du semestre. Quand celui-ci prit fin, je passais mes journées dans mon donjon : j’ai nommé la BU. Je tombais souvent sur ce chargé de TD. Souvent, la conversation s’engageait. On passa rapidement du poli « Bonjour » à des discussions bien plus amusantes.

De fil en aiguille arriva ce qui devait arriver : un baiser qui dérape, et on se retrouve à être la nouvelle source de ragots de sa fac.

… à la réalité

C’était la fin de l’année : nous avons vécu notre été cachés. Puis la rentrée est arrivée. Je redoublais ma première année, mais j’avais pris soin de ne pas me retrouver dans un de ses cours.

Nous avions décidé de ne pas nous cacher, sans toutefois nous ramoner les amygdales au milieu de la cour. Lui vivait chez ses parents, et moi j’allais emménager dans un foyer étudiant proche de ma fac. Pour avoir de l’intimité, la solution était donc de se retrouver chez moi. Sauf que chez moi, impossible de ne pas être repérés…

Le jour de mon emménagement, il est venu m’aider à m’installer. Certains de ses étudiants logeaient au même étage que moi ; c’est là que tout a commencé. Certaines filles un peu fières, avec lesquelles je ne m’entendais déjà pas très bien, m’ont encore plus détestée ; il faut dire qu’il n’est pas très tendre en cours. J’en ai entendu de belles, comme le fait que cela me permettait d’« approfondir ma LV2 »…

À peu près tout le monde était au courant de la situation. Un prof, supérieur hiérarchique de mon copain, m’a même dit une fois : « Vous n’êtes pas les premiers, vous ne serez pas les derniers. Ne commettez pas d’erreurs et personne ne viendra vous reprocher quoi que ce soit. Ce n’est pas interdit par le règlement, mais on sait tous que moralement parlant c’est discutable ».

C’est vrai que rien ne nous l’interdisait, mais j’avais un peu peur que cela ne nous retombe dessus. Je devenais presque parano, à faire attention à tout ce que je faisais, à tout ce que je disais, alors que je n’ai jamais bénéficié d’aucun traitement de faveur.

Au fond, sortir avec un prof, cela doit être un peu comme être la fille de l’instit’. On a une espèce de « rôle » à tenir. Le moindre écart est sanctionné.

La fac, ce pugilat

C’est au deuxième semestre que les ennuis ont franchement commencé. Des amis à moi l’ont eu en cours. Ça a commencé lors d’une soirée, par une bête allusion à la mauvaise note que mon copain avait mis à l’un d’entre eux. Quand je sortais avec des potes, j’entendais souvent : « Tu sais pas quelle note j’ai eu en colle ? », ou encore « Tu pourrais lui demander de me réexpliquer ça ou ça ? ». C’était à répétition, et souvent au moment où j’avais envie de mettre la fac de côté — parce que bon en soirée, après quelques verres, l’université n’est plus vraiment mon centre d’intérêt.

Quand je suis en train de battre des records en plein karaoké sur Girls just wanna have fun après plusieurs verres de rosé pamp’ et une partie de bière-pong, votre note de dissertation, je m’en bats les rotules ! Le pire, ce sont les voyeurs qui demandent à connaitre de la vie privée de leurs profs. Une fois il y en a même un qui m’a piqué mon téléphone en soirée pour choper le numéro d’une amie chargée de TD.

Rentre chez toi.

Mais un jour ça a vraiment dégénéré. C’est parti d’un simple tweet qui était très virulent envers le corps enseignant et envers moi. Je n’en ai pas parlé, mais mon amie chargée de TD l’a su et en a parlé à mon copain. Et c’est totalement parti en vrille : ceux qui m’insultaient par derrière ont commencé à déballer ouvertement le fond de leur pensée, même ceux qui ne connaissaient rien aux faits. Je recevais énormément de critiques, de façon complètement décomplexée. C’est devenu un enfer, un monde rempli d’hypocrisie.

Une fille que je n’aimais pas trop, et qui le savait, avait eu des mauvaises notes dans le cours de mon copain ; elle m’a accusée de l’avoir influencé dans sa notation. Une autre qui avait eu une mauvaise note à un partiel qu’il avait corrigé un an auparavant est allée se plaindre de notre relation au doyen de la fac. Elle a accusé mon copain de falsifier ses notes. Heureusement le doyen ne l’a absolument pas prise au sérieux ; il y a toujours une double correction, un maître de conférence vérifie toujours les notes mises par les chargés de TD.

La réaction du doyen et des autres professeurs a rendu ces filles folles de rage. Il y avait deux camps à la fac. C’est allé trop loin, au point que j’ai eu peur de retourner en cours. J’avais l’impression que je payais un peu parce que j’avais eu l’audace de réaliser un fantasme que beaucoup ont : se taper un prof. Moi, la fille discrète, timide et effacée, j’avais osé.

Mon copain était en fin de thèse, je ne voulais donc pas le déranger avec ça. Mais je me sentais mal : on ne me voyait plus que comme « la copine du chargé de TD ». Je me sentais seule. J’avais de la chance : ses amis doctorants m’avaient intégrée à leur groupe. Mais il y avait toujours une barrière.

Et maintenant ?

Ces évènements se sont déroulés il y a maintenant plus d’un an. Les choses se sont un peu tassées, mais on me regarde toujours comme celle qui sort avec un prof. C’est assez horrible lorsque je passe dans l’amphi : je sens des regards, et que j’entends des remarques du genre « Elle sort avec un chargé de TD, tu trouves pas que ça fait un peu salope ? », « Elle, on sait comment elle a eu son semestre ! » et d’autres choses tout aussi agréables.

Le plus dur à vivre, c’est vraiment ce regard permanent, qui est épuisant. En plus, je discute souvent avec certains enseignants, ce qui fait qu’on me considère également comme une rapporteuse qui raconte tout aux profs.

Tout, dans cette situation, est compliqué. J’ai parfois le sentiment de ne pas avoir de coupure entre le prof et la personne « normale ». Parfois j’aimerais juste qu’une fois sortis de la fac, il ne me parle plus de cet endroit qui devient mon enfer tant je me sens mise à l’écart.

Ce que les autres prennent pour un avantage est en réalité un handicap. La vie de couple n’est déjà pas simple à la base, mais dans ce contexte-là, c’est une sacrée galère qui emporte tout sur son passage, à commencer par ma vie d’étudiante !

Au vu de la situation, j’ai l’impression que je ne peux pas le quitter sans que notre histoire ne soit débattue et commentée par toute la fac. Je me sens parfois prisonnière — de lui, de sa position, du fait que je dépende en partie de lui, et du fait qu’à cause de lui je me retrouve seule. Et j’ai l’impression que si je le quitte, je vais me retrouver exclue, loin des autres pour de bon. Il fait beaucoup pour moi, mais il me coupe aussi un peu de mon monde, de la fac et de mes amis notamment.

Tout ça me frustre beaucoup, et j’aimerais parfois réussir à évacuer ce que je ressens. Surtout lorsque j’entends que dans mon couple, c’est moi qui ai le beau rôle, puisque c’est moi l’étudiante et lui le prof.

Aujourd’hui, mon copain a fini sa thèse ; il cherche donc un poste de maître de conférence dans une autre université. Si c’est trop loin, je pense le rejoindre, mais j’essaierai de faire en sorte que cette situation ne s’ébruite pas pour pouvoir enfin réussir ma vie de couple tranquillement.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lanfear
    Lanfear, Le 3 juillet 2016 à 23h21

    @Ovna Du coup, my bad, je viens de faire des recherches.
    La situation de professeur n'interdit les relations sexuelles qu'avec des mineurs (mêmes consentants, et même ayant plus de 15 ans aka la majorité sexuelle). Par contre, si à un moment, l'étudiant.e ne se considère plus comme étant consentant.e, alors si dépôt de plainte il y a, la qualité de professeur (et donc ascendant (et donc de ce que j'ai cru comprendre, ça fonctionnerait avec boss/employé.e) devient une circonstance aggravante.

    Du coup, ça n'est pas interdit, mais très délicat quand même.
    (Informations confirmées par un pote qui a eu son Master de droit o/)

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