Tout ce que deux ans de couple libre m’ont apporté


Depuis deux ans, Emma et son partenaire sont en couple libre : s'ils le souhaitent, ils peuvent avoir des rapports sexuels avec d'autres personnes. Elle nous raconte les questionnements qui les ont amenés à ce choix, leurs tâtonnements, et leur épanouissement.

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J’ai 31 ans, je suis en couple depuis 12 ans. Mon mec et moi nous sommes connus juste après avoir eu notre bac, et ça a tout de suite été l’amour fou : on a vécu une tonne d’aventures ensemble, on s’est construits, on a grandi… On a été très fusionnels, puis plus indépendants.

Évidemment, nous avons rencontré quelques difficultés au fil des années, et bien que nous ayons tenu bon et réussi à les surmonter, l’une d’elles a été particulièrement éprouvante.

Les flirts, et les envies de séduction

Il y a deux ans, j’ai découvert que mon mec flirtait avec une fille. Ça m’a mise en colère, ça m’a beaucoup angoissée, et pourtant je me suis sentie à la fois soulagée et coupable. Parce qu’il m’était arrivé, à moi aussi, de flirter avec d’autres personnes : j’ai toujours eu besoin de séduire. Pour me rassurer, mais aussi parce que j’aime le jeu de séduction, ça m’amuse. C’était agréable, ça me flattait l’égo, je passais un moment léger. Et en même temps, je culpabilisais toujours un peu…

Ces jeux de séduction innocents, de son côté comme du mien, n’avaient jamais débouché sur du concret. Pour autant, je les voyais comme un dysfonctionnement dans notre couple, mais après une jolie crise, j’ai réalisé que j’étais plus énervée et attristée par le fait qu’on ne se soit pas dit les choses plutôt que par ces actes en eux-mêmes. En gros, c’était surtout le mensonge qui me posait problème.

J’enviais secrètement les couples libres

J’avais déjà entendu parler des couples libres, c’est-à-dire non exclusifs. J’enviais secrètement ces gens qui avaient le droit d’aller voir ailleurs sans conséquences sur leur relation, tout en me disant que ça ne conviendrait jamais au fonctionnement du mien. Sans être spécialement jaloux, mon partenaire et moi avions une relation très fusionnelle, nous n’étions pas très indépendants l’un de l’autre… Avoir d’autres partenaires sexuels, ça ne semblait pas tellement faisable.

De manière plus pragmatique, je n’avais aucune idée de comment nous pourrions gérer ce type de relation, cela me paraissait très compliqué. Et surtout, je pensais que mon mec s’y opposerait complètement.

Nous avons commencé à envisager la question

Je me trompais : j’ai fini par comprendre que mon amoureux serait ouvert à la discussion. Alors, j’ai évoqué le sujet, et nous avons parlé de nos besoins, de nos différences, de nos frustrations — et après presque 10 ans de relation, sans avoir quasiment rien connu en matière amoureuse et sexuelle avant de nous rencontrer, nous en avions accumulé pas mal ! Différences de libido, routine, besoin de séduire, envie d’expérimenter…

De mon côté, je peux fantasmer sur des physiques très différents de celui de mon copain, ou sur des pratiques qui ne l’attirent pas. J’avais envie d’autres corps et d’autres façons de faire. Et puis, au bout de 10 ans, c’est difficile de se renouveler : j’avais l’impression qu’on faisait toujours la même chose au lit. Nos relations étaient satisfaisantes, mais manquaient un peu de piquant, de nouveauté. C’est parfois dur de maintenir sa libido dans ces conditions.

En exprimant tout ça, ouvrir notre couple et se laisser la possibilité d’avoir d’autres partenaires sexuels (mais pas amoureux), ça nous est apparu comme une solution intéressante.

Nos premiers pas dans la relation libre

Nous étions (et sommes !) toujours très amoureux, alors notre peur principale, en prenant cette décision, était que l’un d’entre nous trouve mieux ailleurs et quitte l’autre. Nous avons donc établi quelques règles : pas de relation amoureuse, juste du sexe, pas nos potes, toujours se protéger, se tenir au courant… On a pas mal fait évoluer tout ça au fur à mesure, en fonction de nos ressentis et de nos difficultés. Parce que oui, il y en a eu.

Ouvrir son couple et se permettre de rencontrer de nouvelles personnes, c’est prendre le risque de s’emballer et de tomber amoureux. D’ailleurs, on a fait face tous les deux à ce qu’on appelle la new relationship energy : cette euphorie que l’on ressent au début d’une nouvelle relation, quand les hormones s’emballent un peu, qu’on manque de discernement, qu’on a du mal à canaliser son engouement.

Ça ne veut pas dire qu’on tombe amoureux et qu’on va tout quitter pour ça, mais c’était douloureux pour nous de voir l’autre ressentir ces papillons dans le ventre.

« Nous avons appris à faire avec nos attentes et nos peurs »

Au début, on s’est pas mal cherchés. On avait envie de plein de choses, mais on ne savait pas trop ce qui allait gêner ou blesser l’autre. Par exemple, après mon premier date, je suis rentrée chez moi et je suis allée me coucher à côté de mon amoureux.

C’était étrange, je ne savais pas comment me comporter ; j’étais dans une bulle, c’était un peu difficile de me détacher de ce que je venais de vivre. J’ai pensé que mon copain voudrait dormir tranquillement alors qu’en réalité, il avait besoin que je sois proche de lui physiquement, que je lui fasse un câlin, que je le rassure. Il a mal vécu ma distance alors que je pensais que c’était la meilleure façon de gérer l’après.

Nous avions tous les deux des peurs assez différentes. De mon côté, j’avais peur de voir mon copain tomber amoureux d’une autre, s’attacher au point que je n’aie plus d’importance à ses yeux. Il m’a beaucoup rassurée sur ce point-là, mais j’ai des insécurités fortes — même si j’y travaille. Maintenant, je sais lui dire quand ça ne va pas et pourquoi, j’exprime ce dont j’ai besoin pour être rassurée.

De son côté, il avait peur que je prenne plus de plaisir avec un autre, de ne pas être à la hauteur sexuellement. Alors que ce que je vis avec lui est incomparable, l’amour rend le sexe fondamentalement différent à mon sens. On en a beaucoup discuté, de ces attentes et de ces peurs, et on a appris à faire avec !  

L’apprentissage de la relation libre et la communication

Il y a eu de la jalousie, des déséquilibres, mais malgré les doutes, la peur de se perdre ou les difficultés à exprimer ce que nous ressentions, nous avons toujours essayé de beaucoup communiquer et d’être honnêtes.

La jalousie, la peur, la tristesse, la colère : toutes ces émotions expriment un besoin. Pour se comprendre, on a essayé de traduire ces émotions pour exprimer leur réelle signification. Ça pouvait être le besoin d’être rassuré, le besoin de prendre du temps pour nous deux, le besoin de ralentir un peu, le besoin de mieux comprendre ce que cherchait ou vivait l’autre…

Ça n’est pas toujours facile : parfois l’émotion est si forte que c’est dur d’aller creuser, d’en parler calmement. Dans ces cas-là, je préfère vivre mon émotion et qu’on se dise qu’on en parlera à tête reposée si on n’arrive pas à avoir une discussion apaisée tout de suite. Parfois on n’a pas envie de revenir dessus ou on ne trouve pas les bons mots…

Il n’y a pas de solution miracle, ça n’est pas facile de communiquer quand ce sont des sujets qui nous touchent en plein cœur ! Nous avons simplement fait de notre mieux en gardant en tête que l’objectif de départ était de nous sentir plus épanouis.

Ce que cette relation libre nous a apporté

Depuis, les règles ont sensiblement évolué : on se raconte beaucoup moins ce que l’on vit chacun de notre côté (c’est notre jardin secret, et en parler provoque chez nous plus de jalousie que de positif), on ne ramène personne chez nous (j’ai cédé sur ce point dans un premier temps, et j’ai très mal vécu de savoir qu’une autre fille avait été dans mon lit), on est aussi un peu plus souples, moins dans le contrôle qu’au début.

Cette relation libre nous a apporté énormément. Après deux ans de ce fonctionnement, nous avons trouvé un équilibre qui nous convient bien. Nous avons chacun une personne que nous voyons régulièrement (une fois tous les 15 jours à peu près), et nous ne nous considérons pas dans une relation polyamoureuse, bien que nous soyons tous les deux très attachés à ces personnes. Si nous en avons envie, nous pouvons aussi aller voir ailleurs, mais ce n’est simplement pas la dynamique actuelle.

De mon côté, j’ai pu expérimenter plein de choses sexuellement, connaître d’autres corps, d’autres façons de faire l’amour et de voir les relations. J’ai retrouvé une libido forte, j’ai confiance en moi et j’adore pouvoir séduire quand j’en ai envie. Et j’aime mon mec plus que jamais, parce qu’on communique mieux, parce que j’ai conscience que je l’aime très fort, parce qu’il nous permet de vivre toutes ces expériences.

Le bilan est très positif, je ne reviendrais en arrière pour rien au monde ! Nous avons appris à communiquer différemment, et nous nous comprenons plus que jamais. Je ne sais pas si nous resterons un couple libre toute notre vie : peut-être que nous redeviendrons exclusifs (j’en doute), peut-être que nous basculerons vers le polyamour à un moment, ou encore vers un autre type de relation… Quoi qu’il en soit, j’ai confiance en l’avenir, car cette relation nous a donné confiance en nous !

Emma partage ses expériences, sur Instagram et dans un livre

Emma l’explique : quand elle a voulu se mettre en couple libre, il a été difficile pour elle de trouver des informations sur le sujet.

« Le plus compliqué, c’était de n’avoir aucun modèle sur lequel se reposer : c’était difficile de savoir quelles questions se poser, quelles limites se poser, quelle légitimité on pouvait avoir à ressentir certaines choses ou d’autres.

J’ai cherché pas mal d’infos sur Internet et ailleurs, et j’en ai trouvé assez peu. Il y avait pas mal de ressources sur le polyamour, qui ne nous correspondait pas, quelques témoignages… Il me manquait des infos pratiques et pragmatiques ! »

Pour partager ses expériences, ses questionnements, et tout ce qui l’a traversée durant ces deux ans, Emma a créé un compte Instagram, et a écrit un livre que vous pouvez retrouver ici !

À lire aussi : Je suis en relation libre — Témoignage [Mise à jour]

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On a hâte de vous lire !
Aïda Djoupa

Aïda Djoupa


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Commentaires

greenapple

@Bree_ : la longévité que je mentionne est celle qui est louée socialement et qui est la base de toutes les "vraies" unions. "Jusqu'à ce que la mort nous sépare" qu'iels disent. C'est pas moi qui l'a inventé. ;) (surtout pas!!!)
Il ne faut pas oublier non plus les raisons structurelles qui peuvent garder des personnes ensembles pour des raisons de codépendance financière par exemple.

Dans mon cas, ce qui m'importe le plus, c'est la longévité d'une relation de manière saine et épanouissante pour les deux.

Pour les personnes qui comptent vraiment pour moi et pour qui je compte, j'ose espérer qu'on trouvera toujours le moyen de faire relation, quitte à faire évoluer le lien pour qu'il dure et continue à nous nourrir. Ça peut être de conserver une amitié avec un·e ex, ou alors de changer les contours d'une relation amoureuse, ou alors pour une amitié de recoller les morceaux (s'il en reste à recoller). Je n'ai pas non plus envie de perdre les personnes qui me sont chères, mais je n'ai pas envie de donner plus de centralité ou d'importance à l'une ou à l'autre, basé sur l'existence ou non de relations sexuelles ou de partager un foyer ou une progéniture.
 

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