Un collègue m’a insultée car je ne porte plus de soutien-gorge

Une professeure documentaliste de collège a été insultée par mail par un de ces collègues parce qu'elle ne porte plus de soutien-gorge. Nous sommes en 2018.

Un collègue m’a insultée car je ne porte plus de soutien-gorge

J’ai reçu de ma mère et de ma grand-mère mes premiers soutien gorge pour l’anniversaire de mes 11 ans.

Cadeau qui je précise m’a été offert en repas de famille et que j’ai déballé en communauté comme un rite de passage à l’âge adolescent.

J’ai eu mes règles à 10 ans et donc mes boobs commençaient effectivement à bien pointer le bout de leur nez.

Ce que je trouve marquant dans ce souvenir avec le recul de mes 26 ans, c’est que ma mère et ma grand-mère me l’ont enfilé le jour même en m’expliquant que sinon en vieillissant « mes seins pendraient comme des gants de toilettes ».

Très pédagogique me dis-je moi qui suis maintenant professeure documentaliste en collège…

Je ne porte plus de soutif

Comme une bonne majorité de femmes, tout du moins en France et dans d’autres pays, j’ai porté un soutif sous mes loques sans trop y réfléchir et par habitude parce que me disais-je il est normal d’en porter, c’est comme ça pour toutes les femmes.

J’en portais toujours un chez moi donc l’idée de m’affranchir de ce sous-vêtement ne m’est pas venue au départ avec l’idée de confort que cela apporte.

Ma première fois sans soutif dans l’espace public est tout simplement dû à un oubli dont la cause ne me revient plus (j’étais sobre en pleine journée et c’était l’été pour ceux et celles qui se poseraient des questions).

Je me souviens que je devais aller chercher un document à la fac de ma ville et que j’essayais de me cacher les seins avec les bras croisés après m’être aperçu du malencontreux oubli en marchant dans la rue.

Je précise que j’avais 24 ans. Si j’assumais davantage mon corps qu’à mes 19 ans, j’avais malgré tout l’impression d’exposer littéralement mes seins aux yeux du monde et que j’allais m’attirer des regards appuyés ou une remarque par quelqu’un.

Et en fait, rien, nada.

La tendance « sans soutien-gorge »

Je me suis dit : puisque je l’ai fait une fois pourquoi ne pas recommencer ? Il fait chaud et c’est la saison des débardeurs fines bretelles.

C’est moins contraignant. On a tous connu les marques du soutif sous les seins, les bretelles que l’on resserrent et qui retombent, la prise de tête pour que ce sous-vêtement ne se voit pas trop sous un vêtement…

Je me rappelle de mon moniteur d’auto-école qui souriait en coin lorsque pour une énième fois mes bretelles mal serrées me retombaient au milieu des bras lorsque je conduisais…

Je n’ai donc pas arrêté de porter un soutien gorge par conviction mais cela en est devenue une par la suite.

J’ai commencé il y a un peu plus d’un an à lire des articles sur le « no bra » (sans soutien-gorge en français ndlr.) et j’ai pu apprendre que la communauté scientifique n’était pas unanime quant à la nécessité absolue de porter un soutien-gorge pour prévenir l’affaissement de la poitrine.

Bien au contraire, les ligaments de Cooper situés sous les seins servent, entre autres, à lutter contre la pesanteur en les maintenant.

Nos boobs deviendraient ainsi plus paresseux, et par extension moins fermes, en étant soutenus par le soutif à la place de ces ligaments.

À lire aussi : Comment bien choisir son soutien-gorge ?

Porter ou ne plus porter un soutien-gorge : telle est la question…

En écrivant sur les ligaments de Cooper, je ne tiens pas à ce que l’on pense que je suis en train de faire l’apologie du non-port du soutien-gorge à toutes les femmes.

Chaque femme devrait pouvoir choisir en fonction de ce qui lui convient le mieux : confort physique selon la taille de sa poitrine, confort tout court selon la tenue, l’envie ou ne pas en porter du tout..

Je fais du 85B donc comparé à celles qui font deux ou trois tailles de plus que moi, le ressenti physique n’est pas le même.

Le « no bra » ça dérange au travail

Je me souviens qu’en 2013, la présentatrice de TF1 Anne-Claire Coudray dont les tétons étaient visibles sous sa robe a dû s’excuser en public de son « choix malencontreux de tenue ».

Il y a trois semaines, j’ai reçu un mail sur la messagerie du collège où je travaille en région parisienne.

Il était écrit par un collègue prof et partagé à toute l’administration sauf aux autres enseignants.

L’objet du message était « Mécontent envers la documentaliste ».

En voici un extrait :

« De ce fait, PORTEZ UN SOUTIEN-GORGE, MADAME, quand vous venez au collège car je trouve INADMISSIBLE que des élèves de 6e, âgés entre 11 et 12 ans, viennent me dire qu’ils ont vu « vos tétés », ce sont leurs termes.

Je ne les ai pas crus au départ, j’ai hurlé vers eux en leur disant qu’ils devaient se préoccuper de d’autres choses dans la vie, comme leur leçon, et non regarder des seins, mais ceci m’a été confirmé par d’autres collègues ; j’ai été scandalisé, j’ai été apostrophé, voire tétanisé.

C’est HONTEUX et INADMISSIBLE dans un collège avec des élèves MINEURS. (sic) »

Vous l’avez compris, ce collègue et moi avions ce différend professionnel qui s’est réglé dans un mail groupé sans que celui-ci vienne me voir au préalable pour m’exprimer son mécontentement de vive voix.

Je crois que le pire c’est de voir écrit en ligne des commentaires sur ma manière de m’habiller pour m’enfoncer encore plus la tête sous l’eau professionnellement.

J’ai eu mal en voyant qu’un homme utilisait l’impératif pour me dire de porter un soutien-gorge.

Je n’ai pas décidé pour autant de l’écouter. Ma hiérarchie (un chef d’établissement et une proviseure adjointe) ont réagit en me disant que ce collègue posait depuis longtemps problème dans ses relations interprofessionnelles.

Cependant, ils ne se sont pas appesanti sur la question du non port de soutien-gorge.

J’ai ensuite déposé une main courante que j’ai transmise à mon chef d’établissement qui m’a répondu que c’était peut-être un peu exagéré, qu’il s’était juste emporté car ce collègue ne connait pas ses limites.

Et le fond du problème, le sexisme ?

Les seins sexualisés et érotisés

Après cet incident, je réalise de nouveau à quel point les gens ont encore du mal à admettre l’existence du sexisme et à en parler ou aider celles et ceux qui en sont victimes.

Je ne suis pas la première à en faire les frais mais ma situation est encore un exemple que notre société moderne érotise le corps des femmes, malgré elles.

Elle les contraint à faire attention à ce qu’elles portent pour convenir au regard des autres, au détriment de leur propre confort.

Je n’ai pas parlé de cet incident à beaucoup de monde par peur du jugement et aussi à cause d’un sentiment de honte que je n’arrive pas bien à expliquer en mots.

Pourtant je suis à la base engagé dans une association féministe et je milite pour que les femmes puissent avoir pleinement la liberté de disposer de leur corps.

Tout comme les vêtements ne sont pas dotés d’une intention sexuelle (cf. la jupe courte ou le haut décolleté) les tétons apparents ne sont pas dotés d’une volonté de séduire mon entourage sans parler des élèves…

Et ça, justement, il faut l’éduquer les jeunes générations pour que notre monde évolue et laisse aux femmes la pleine maîtrise de leur corps.

À lire aussi : Sans soutien-gorge chez ma docteure, j’ai été victime de slut-shaming

COMMENT AVOIR UN TEINT PARFAIT ?

JulietteGee


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Commentaires
  • MidoriNoHikari
    MidoriNoHikari, Le 31 octobre 2018 à 14h18

    Leyli
    A l'âge où tes hormones sont en ébullition, si t'as un prof qui est un peu beau gosse avec une chemise saillante
    Ou un avec une belle chute de reins adepte des jeans moulants.:hot: La difference c'est peut-etre que nous, meme deconcentrees, on matait discretement et penardes sans faire de commentaires...:lalala:

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