#LevonsLomerta : l’assourdissant silence des hommes sur le harcèlement sexuel

Dix-sept anciennes ministres ont publié une tribune contre l'impunité du harcèlement sexuel : « nous ne nous tairons plus ». Chez Libération, Johan Hufnagel aussi brise un silence assourdissant : celui des hommes.

#LevonsLomerta : l’assourdissant silence des hommes sur le harcèlement sexuel

« L’impunité, c’est fini ». Dix-sept anciennes ministres de gauche à droite l’ont écrit dans une tribune publiée dimanche 15 mai dans le JDD, en réaction à « l’affaire Baupin » :

« Nous ne nous tairons plus »

« Ce que nous racontons est arrivé à certaines d’entre nous ou certaines de nos paires, mais là n’est pas la question. Cela arrive tous les jours à des femmes dans les transports, dans les rues, dans les entreprises, dans les facultés. Cela suffit. L’impunité, c’est fini.

Nous ne nous tairons plus. Nous dénoncerons systématiquement toutes les remarques sexistes, les gestes déplacés, les comportements inappropriés. Nous encourageons toutes les victimes de harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles à parler et à porter plainte. »

La publication de ce texte a eu pour conséquence de… déchaîner des réactions sexistes sur les réseaux sociaux, évidemment, tristement, ai-je envie d’ajouter. Ce tweet de Cécile Duflot est très représentatif de la teneur des commentaires que l’on peut lire sous les articles qui dénoncent le problème.

Et oui très chers Internautes, on peut être harcelée même si on ne correspond pas aux canons de beautés tels que définis par la société, c’est bien ce qu’on se tue à expliquer : il suffit d’être une femme, dans un espace public quelconque (« hors de sa cuisine » diront les fins plaisantins, et ils ne réaliseront/comprendront probablement pas la troublante vérité que contient cette remarque ironique).

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La « blague du moment » qui ne fait pas rire Sophia Aram

Mais il n’y a pas qu’en 140 caractères que les commentaires peuvent vous filer la nausée : dans les couloirs de l’Assemblée, « faire une Baupin » semble être devenu « la blague du moment ». Parce que c’est visiblement trop demander à certains députés de prendre au sérieux des agressions qui affectent une femme sur cinq dans l’univers professionnel.

Sophia Aram, avec son talent habituel, a trouvé les mots incisifs à souhait pour dénoncer l’irresponsable légèreté de ces réactions, profondément affligeantes :

« Je ne sais pas ce qui m’accable le plus :

— que 95% des femmes qui ont porté plainte pour harcèlement sexuel doivent quitter leur travail dans l’année qui suit,
— que chaque année, 216 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles, de la part de leur ancien ou actuel partenaire intime,
— que chaque année en moyenne, on estime que 84 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de viol ou de tentative de viol,
— OU : les réactions à l’affaire — l’enquête menée par France Inter et Mediapart au sujet de l’affaire dite « Baupin ». […]

Depuis « l’affaire Baupin », certains députés s’amusent à faire des blagues ! Du genre : « toi on va t’envoyer Baupin ! », ou bien « c’est bon, ça va, c’est pas comme si c’était vraiment un viol », des « ben j’sais pas si j’peux te dire bonjour, on sait jamais maintenant ! », quand d’autres se demandent s’ils peuvent encore prendre l’ascenseur avec une femme ».

À lire aussi : Sophia Aram tacle les opposants au droit à l’avortement libre et gratuit

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…Où sont les hommes ?

Dans le flot des insultes et des contre-insultes (soupirs), il est une voix qu’on n’a pas encore entendue ces derniers jours, depuis le début des témoignages autour de l’affaire Baupin. Où sont les hommes politiques ? Les ministres ? Manuel Valls ? François Hollande ? Les leaders syndicaux ?

Qu’en pensent-ils ? J’ai peur de le demander…

« une affaire privée »…

Johan Hufnagel, directeur des éditions de Libé, a également pris la plume ce weekend, pour dénoncer ce silence assourdissant… et s’inclure dans le problème, avec la volonté de faire désormais partie de la solution :

« Ne faisons plus semblant de ne pas savoir »

« La prise de conscience avance. Mais, vous n’avez rien remarqué ? Où sont les responsables de partis ?

Jean-Christophe Cambadélis ? Jean-Luc Mélenchon ? Nicolas Sarkozy ? François Hollande ? N’avez-vous donc rien à dire, à répondre à vos collègues et anciennes ministres ?

Et où sont nos grands intellectuels et universitaires si prompts depuis quelques mois à signer des pétitions contre les discriminations faites aux femmes et pour la République une et indivisible ? Et que dit le Medef ? Et les grands patrons ?

Que disent les syndicats, dont le silence se fait d’autant plus assourdissant que les cas de harcèlement sont précisément les plus nombreux dans le monde du travail ? Laurent Berger ? Philippe Martinez ? N’avez-vous pas oublié que vous devez défendre tous les salarié.e.s ?

Et moi ? Est-ce que je vaux mieux que ces silencieux messieurs ? Non. […]

Ne faisons plus semblant de ne pas savoir. Et ne nous cherchons plus d’excuses pour ne pas voir et dire. »

Pas un mot ne manque à ce texte, que je ne peux que vous encourager à lire dans son intégralité, et à partager le plus largement possible.

On ne le répètera jamais assez, mais messieurs, l’égalité entre les femmes et les hommes ne se fera pas sans vous. Et la lutte contre le harcèlement sexuel n’a aucune chance de progresser sans votre engagement. Les hommes ne sont pas l’ennemi des femmes, mais vous êtes les alliés passifs du sexisme tant que vous ne décidez pas de le combattre activement.

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Bonus : comment répondre au sexisme ? Pas avec du sexisme, s’il vous plaît

Face à cette déferlante de commentaires sexistes, la tentation est grande de renvoyer les abrutis les ignorants dans leurs cordes. Répondre, c’est bien, répondre à des tweets profondément sexistes par encore plus de sexisme : non. C’est contre-productif. Alors je sais bien que quand Christine Boutin tweete ça :

Ça démange VRAIMENT de l’envoyer bouler avec, au hasard, des attaques sur son physique. Quand vous faites ça, sachez que vous faites pourtant exactement la même chose qu’elle : faire peser sur son genre et son apparence la responsabilité de ses propos et de ses actes.

Christine Boutin agit en son nom propre et pas en celui du genre féminin. Dans le doute, si vous n’avez pas la patience d’expliquer à la personne en quoi elle fait fausse route (ce qui est compréhensible à bien des égards), n’hésitez pas à soit ignorer son tweet, soit y répondre avec légèreté et pertinence. Les chats peuvent vous y aider.

En aucun cas vous ne devez retourner la violence sexiste contre ceux et celles qui la nient. C’est totalement contre-productif !

Mise à jour du 16 mai à 17h30 : Klaire fait Grr vous livre un parfait exemple de réponse pertinente et pédagogique. La saltimbanque des Internets a publié une vidéo adressée à Christine Boutin, dans laquelle elle explique très simplement en quoi l’ancienne ministre est complètement à côté de la plaque dans son tweet.

Dans le respect, sans insulte.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Laoragwen
    Laoragwen, Le 17 mai 2016 à 19h55

    @cerizz'
    ahah de rien XD

    et sinon ça ne m’étonne absolument pas si ça vient des parents :rolleyes: J'ai souvent aussi entendu des trucs horribles que ce soit sur le poids, la beauté du visage, les vêtements etc... que ce soit pendant ma scolarité ou celles des enfants de ma famille :erf:
    et je te crois pour le truc du poids : ma petite cousine en maternelle et école primaire, s'est souvent vu dire par des mères qu'elle devrait faire quelque chose concernant son poids ou sa taille :rolleyes: je vois pas bien ce qu'on peut faire contre notre taille :facepalm: (dans ma famille, on est tous grands et donc ayant l'air plus en chair que d'autres et on doit rien à personne :vex:XD)
    les parents sont vraiment bizarre des fois XD

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