Le « revenge porn » est désormais puni par la loi française !

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Le « revenge porn », c'est le fait de partager des photos sexualisées d'une personne sans son consentement, généralement après une rupture. Une pratique inexcusable, désormais punie par la loi française.

Le « revenge porn » est désormais puni par la loi française !

— Image extraite du trailer de Revenge Porn

Mise à jour du 28 septembre 2016 — Le Sénat a définitivement adopté la loi pour une République Numérique, qui contient un amendement concernant la pénalisation du « revenge porn ». Jusqu’alors, cette pratique était punie au même titre que toute atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui, d’un an de prison et 45 000€ d’amende.

Désormais, si ce délit porte sur « des paroles ou des images présentant un caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé », la peine encourue sera portée à deux ans d’emprisonnement et 60 000€ d’amende.

— Article initialement publié le 19 février 2016

Le « revenge porn », c’est quoi ?

Qu’est-ce que le « revenge porn » ? Il se définit par le partage public et non consenti de photos intimes. On parle de « revenge » car cet acte correspond à une forme de « vengeance », souvent après une rupture (mais aussi, parfois, sans raison). Les cas de figures les plus courants sont :

  • Un•e ex petit•e ami•e est en possession de photos, prises avec votre consentement, dans le cadre de votre ancienne relation intime
  • Votre ex obtient des photos intimes de vous sans votre consentement, à votre insu ou non
  • Votre ex fabrique des photos intimes de vous (montages, trucages, etc.)

Il ou elle décide alors de les poster publiquement, sur les réseaux sociaux ou sur des sites dédiés, souvent accompagnés de vos informations personnelles : nom, prénom, âge, profession, adresses et numéro de téléphone, vos comptes sur les réseaux sociaux, etc.

Variante : votre ex se fait passer pour vous sur Internet (en créant des faux comptes) pour proposer vos services… en tant qu’escorte ou prostitué•e.

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Ce site n’est pas un site de « revenge porn », mais il est suffisamment chelou pour illustrer ce que cette démarche de « vengeance » a de complètement intolérable (et je ne parle pas du fait que le menu est en police Comic Sans).

Quelle que soit la manière dont la relation s’est terminée, vous n’avez pas un « droit de vengeance »

« Se venger » de son ex, mais pourquoi ? Que vous doit la personne qui a décidé de mettre fin à votre relation commune ? Du respect, oui, c’est la base. Mais quoi d’autre ? Une explication ne serait pas de trop, mais vous n’êtes pas en droit de l’exiger, et certainement, certainement pas en droit d’exercer une quelconque « vengeance » à l’encontre de la personne qui ne veut plus que vous fassiez partie de sa vie.

Parfois, c’est dur d’accepter ça. Je n’ai pas dit que c’était facile. Et vous pouvez demander des explications. Vous ne pouvez pas exercer des représailles si vous n’obtenez pas satisfaction. Pour les besoins de cet article, j’ai cherché « revenge porn » dans Google. Les suggestions immédiatement proposées font frémir d’horreur. Mais dans quel but certaines personnes cherchent-elles à « se venger » de leur ex ?

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Le but ? Humilier la victime

Le but du « revenge porn » est, comme son nom l’indique, de « venger » l’ex éconduit•e. J’accorde au masculin et au féminin, mais il faut tout de même souligner que l’écrasante majorité des victimes de « revenge porn » sont des femmes, et inversement pour les auteurs : ce sont principalement des hommes (pour plus de clarté, dans la suite de l’article, on parlera des victimes au féminin et des auteurs de « revenge porn » au masculin.

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Jennifer Lawrence a été victime d’un piratage : des photos d’elles destinées à son ex ont été publiées sur Internet, sans son consentement.

Cette distribution ne devrait pas surprendre celles et ceux qui sont déjà familiers avec les concepts de slut-shaming et de culture du viol. Si le concept de « se venger d’une rupture » en postant les photos nues ou sexualisées de votre partenaire vous semble totalement incompréhensible, voici « la logique » de cette manoeuvre expliquée.

Les gens n’ont pas des droits et devoirs mutuels en fonction de leur genre !

Si vous êtes un homme convaincu que les femmes vous doivent quoi que ce soit (leur virginité, leur fidélité, du sexe, un sandwich, ou autre), vous raisonnez dans le cadre d’une culture du viol. Non pas que vous légitimiez le fait de violer quelqu’un, mais vous estimez qu’une femme a des devoirs envers vous, en tant qu’homme. Et même si vous estimez que vous avez aussi des devoirs envers les femmes, ça ne change rien : c’est cette lecture divisée en deux genres qui vous amène à raisonner dans le cadre de la culture du viol.

À lire aussi : Quand est-ce qu’une femme vous doit du sexe ? 🤷‍♂️ 🤔

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Culture du viol et slut-shaming

Donc, concrètement : vous êtes un homme, trompé par sa copine. Vous rompez avec elle, mais ça ne suffit pas, parce que vous avez été trahi. Et c’est bien normal ! Ce qui ne l’est pas, en revanche, c’est de chercher à se venger de cette trahison en voulant humilier cette ex. Et accomplir cette tâche en utilisant la sexualité de cette personne, c’est verser dans la culture du viol et le slut-shaming :

  • Vous estimez que votre ex mérite d’être punie
  • Vous voulez la punir en l’humiliant
  • Vous voulez l’humilier en utilisant sa sexualité

Rendre publiques des photos qui n’avaient pas à l’être, et surtout pas sans le consentement de la personne en question, c’est une violation grave de son intimité. Le fait que les hommes qui pratiquent le « revenge porn » n’aient pas conscience de la gravité de cet acte est en soi symptomatique du problème de société qu’est la culture du viol !

Documentaire sur Scott Breitenstein, propriétaire de sites de « revenge porn ». Une bien belle enflure. Grâce au témoignage d’une victime de cette pratique, Scott a fini par bannir le « revenge porn » de ses sites — à lire sur Slate !

« Toutes des salopes »

La « punition » de la vengeance exercée par les ex éconduits est une forme violente de slut shaming : puisque la fille est partie, c’est qu’elle mérite — et va « se taper d’autres mecs ». L’ex la juge sur sa sexualité (réelle ou fantasmée), et compte utiliser ça pour jeter l’opprobre publique sur cette fille.

Les séducteurs sont des « Don Juan », et les femmes ? Des salopes…

Et ça marche, parce que dans la société, justement, l’opinion publique est encore extrêmement sévère à l’encontre de la sexualité féminine, par rapport à celle des hommes. Vous connaissez l’adage : un mec qui chope, c’est un beau gosse, une meuf qui chope, c’est une salope (ça rime, en plus).

Souvenez-vous de #SlaneGirl, en août 2013 : une jeune fille avait été photographiée en train de faire une fellation en public à un garçon. Pas la meilleure idée du monde (le faire en public), cela s’entend. Mais en aucun cas ce comportement n’aurait dû entraîner un déferlement d’insultes sur elle, et parallèlement, une avalanche de compliments pour lui.

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« Chapeau fluo », double-standard & slut-shaming, Château de Slane, août 2013.

Le « revenge porn » tape directement dans le slut-shaming encore très présent dans la société. Ce qui le rend encore plus difficile à combattre…

« Revenge porn » : comment lutter contre ?

Broadly est l’excellente chaîne YouTube de Vice News dédiée aux sujets féminins. Notons que « sujets féminins » ne signifie pas « stéréotypes sexistes » mais bien « qui concernent des femmes ». Il n’y est donc pas question de tutos cuisine-beauté-mode-jardinage, mais plutôt de portraits et de reportages autour des femmes et des thématiques qui les concernent.

L’une des plus récentes publications porte précisément sur « le combat contre le revenge porn ». C’est en anglais.

Plusieurs victimes racontent comment elles ont découvert que leurs informations personnelles avaient été publiées sur Internet. Certaines ont été harcelées en ligne, harcelées et menacées physiquement. Aux États-Unis, 26 États seulement (sur 51) ont des lois contre le « revenge porn ». Dans les autres, obtenir la censure des photos volées s’avère être une lutte sans relâche.

Les moyens juridiques existants dans les autres fournissent des armes dans ce combat, mais leur efficacité reste limitée, car sur Internet, rien ne disparaît jamais vraiment. Le site endrevengeporn.org regroupe les ressources américaines d’information et de lutte contre ces délits humiliants et préjudiciables à la santé et à la sécurité des victimes.

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La loi française combat le « revenge porn »

La lutte contre le « revenge porn » arrive en France, mais il est difficile de s’en réjouir puisque la nécessité d’inscrire ce délit dans la loi est une réaction à sa prolifération dans la pratique.

Une nouvelle disposition, comprise dans la loi sur le numérique, a été adoptée à l’Assemblée Nationale, rapporte Le Monde :

« Le revenge porn est désormais passible de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende. »

Le « revenge porn » n’est plus, au regard de la loi française, une simple « atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui », aux termes de l’article L.226-1 du code Pénal. Le fait d’introduire une peine spécifique permet de reconnaître la gravité de ces actes, qui vont au-delà de la simple publication d’informations personnelles.

C’est grâce à l’action de Catherine Coutelle, la présidente de la délégation aux Droits des femmes à l’Assemblée Nationale, que l’on doit cette nouvelle mesure, soutenue également par Axelle Lemaire, Secrétaire d’État en charge du Numérique, selon NextInpact :

« La députée Catherine Coutelle s’est rapprochée du ministère de la Justice afin d’arriver en séance avec un texte punissant […]

« Nous savons que les phénomènes qui sont visés génèrent de grandes souffrances : 90 % des victimes sont des femmes, et certaines d’entre elles parlent même de viol virtuel » a souligné [Axelle Lemaire] »

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Clemence Bodoc

Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
  • 123pourquoi
    123pourquoi, Le 4 janvier 2018 à 7h48

    Un truc sur lequel je voudrais réagir niveau "explication", c'est que même si c'est difficile a vivre l'autre fait aussi ca pour limiter les dégâts parce que certaines raisons seraient assez ignoble et dur a vivre.... Exemples : "je pense pouvoir trouver mieux que toi" ; "j'ai peur que physiquement tu vieillisses mal" ; "quand je suis en ta présence je ressens de l'énervement" ; "tu m'aimes trop et ca me gonfle". Exemple un peu bateau lu ci et là sur le net mais je suis sûre qu'on peut en trouver des biens pires.

    Et le soucis de donner une raison c'est le risque de négociation. Tu reproches un truc l'autre, qui t'aime, te dira naturellement "je peux changer" sauf que... non, toi tu as déjà fait le deuil de la relation et c'est trop tard, mais l'autre n'est pas prêt a accepter cette réalité. Y'a une profonde dissonance entre deux personnes qui ne sont pas au même stade de la relation et qui entrave la communication. Plus le fait que quand on quite souvent c'est quon a atteint un point de saturation et qu'il est donc urgent que cela cesse, et donc que l'autre disparaisse, au moins pour un temps.

    Je pense que les explications doivent se demander plus tard, une fois le deuil presque fait, les emotions fortes passées. Une fois qu'on a accepté que c'est terminé et qu'on est prêt a recevoir plus sereinement les raisons sans être trop affecté.

    Quand je pense a mes histoires passées ppur certaine d'entres elles je suis bien incapable, même aujourd'hui, de fournir une raison. Je ne sais pas pourquoi mais je ressentais le besoin d'y mettre un terme. Suis-je la seule dans ce cas ?

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