Petite discussion entre Bodoc #BanalisationDuSexisme

La banalisation du sexe est-elle un problème ? Dans une société sexiste, qui continue de faire peser sur les filles la responsabilité des agressions qu'elles subissent, oui. Dans l'absolu, non. Explications.

Petite discussion entre Bodoc #BanalisationDuSexisme

Le week-end dernier, Kevin Razy a publié une nouvelle « Petite discussion » sur sa page Facebook, à propos de « la banalisation du sexe ». Si vous ne l’avez pas encore vue (contrairement à déjà plus de 415 000 personnes !), c’est le moment d’aller y jeter un oeil, pour mieux comprendre ce qui va suivre !

#BanalisationDuSexisme !

Ce sketch nous a inspiré une réponse, à Marion et moi, que nous avons voulu amicale et constructive. Je vous laisse la découvrir ci-dessous !

Pour aller plus loin…

J’aime bien les « Petites Discussions entre Razy », que Kevin Razy poste régulièrement sur sa page Facebook. Je suis pas forcément d’accord avec tout, mais j’apprécie le principe d’un échange scénarisé sur un sujet de société. Je trouve intéressant de faire la synthèse des idées reçues qui circulent aux comptoirs des cafés et en marge des hashtags, et d’y répondre par une bonne tartine de bon sens.

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« Petite discussion » sur la banalisation du sexISME !

Le problème avec la « petite discussion » sur la banalisation du sexe, c’est que le fond du problème n’est pas abordé. Parmi les lieux communs évoqués, on retrouve ceux que l’on entend à longueur de temps dans la société, effectivement : ce lien présupposé entre les tenues, les comportements des femmes dans l’espace public, et leur sexualité.

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À lire aussi : Une photo de « jupe » lance une discussion sur le slutshaming

Or, cette association fallacieuse se retrouve malheureusement dans les discussions sur les agressions sexuelles. Qu’est-ce que la victime portait ? Comment est-ce qu’elle se comportait ?

Mais lorsque vous allez porter plainte parce qu’on vous a volé votre portefeuille dans le métro, on ne vous demande pas comment vous étiez habillé•e. Lorsqu’un enfant est victime d’un prédateur sexuel, on ne lui reproche pas de l’avoir « aguiché » en jouant dehors torse nu, en été.

On condamne les agresseurs, pas les victimes. Est-ce si difficile à appliquer aux femmes également ? Si l’on veut réellement préserver les enfants, les jeunes filles, c’est bien les comportements violents et irrespectueux à leur égard qu’il faut dénoncer, pas la manière dont elles dansent, s’habillent, jouissent de leur propre corps sans faire de mal à personne !

On avait déjà eu tout cette explication au moment de l’affaire du collège Montaigne, où l’on parlait d’interdire les smartphones pour empêcher les garçons de regarder du porno dessus. Alors qu’à l’origine de cette histoire, le problème était que ces garçons pratiquaient des attouchements sur certaines de leurs camarades de classe !

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Cette situation n’avait malheureusement rien d’exceptionnel, ainsi que le démontrent les centaines de témoignages reçus suite à la publication de notre article (ci-dessus). Pourquoi une telle passivité des filles face aux agressions ? Parce qu’on leur a appris à être sages, dociles, obéissantes, on leur a répété que c’était à elles de « faire attention ».

À lire aussi : Culture du viol, consentement et « zone grise »

Des idées reçues novices et tenaces

Le problème avec ces idées reçues, c’est qu’elles finissent par affecter très concrètement les droits et libertés des femmes. Elles amènent des victimes de viol à ne pas porter plainte, parce qu’elles s’imaginent davantage coupables que victimes.

Loin de trouver du réconfort dans la société, ces victimes se heurtent de plein front, en témoigne cette étude absolument terrifiantes sur les violences sexuelles en France :

« Cette étude m’apprend que si une victime de viol porte une tenue sexy (mini-jupe, décolleté), 27% des personnes trouvent que ça atténue la responsabilité du violeur ; pour 15% du panel, la victime est en partie responsable si elle a accepté de se rendre seule chez un inconnu »

La suite à lire en cliquant sur l’image ci-dessous

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Vous voulez de meilleurs exemples ?

Si « inversion des moeurs et des valeurs » dans la société il y a, elle serait plutôt dans l’attribution des responsabilités. À quel moment on commence à critiquer les tenues des adolescentes, et à trouver des circonstances atténuantes aux agresseurs ?

En fait, pour résumer : vous n’êtes pas obligé d’aimer le fait que votre cousine de 13 ans twerke en crop-top dans la cour du collège. Mais qu’est-ce qui serait le plus grave ? Qu’elle se comporte d’une manière que vous, personnellement, vous désapprouvez, ou que quelqu’un l’agresse ?

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Pour condamner les agressions sexuelles dans la société, il faut condamner les agresseurs, éduquer les garçons, et répéter jusqu’à l’usure que ce n’est jamais, jamais la faute de la victime.

Nicki Minaj et Rihanna ne sont pas les seules modèles de réussite disponibles pour la jeunesse, mais si on veut que nos soeurs, nos cousines et nos futures filles aient accès à d’autres inspirations, pas de problème, il faut juste faire de la place à l’écran pour d’autres représentations féminines, justement.

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Et ça commence par diversifier les rôles féminins dans les films, les séries, les sketchs, (dans la publicité aussi), arrêter de les cantonner à des rôles de « meuf de », chaudasse, pute, salope, pom pom girl sexy, n’importe quel rôle « sexy ». Le meilleur exemple à donner, c’est lutter contre tous ces stéréotypes dégradants pour les femmes. Mirion Malle explique très bien le problème du manque de représentation dans les oeuvres de fiction.

C’est pas grave d’avoir un avis négatif sur une danse ou un vêtement, mais c’est un problème d’élever cet avis au rang de ce que devraient ou ne devraient pas faire les femmes, les filles ; des injonctions pareilles, on s’en prend depuis la nuit des temps. Être féministe, c’est reconnaître à toutes les femmes les mêmes droits qu’aux hommes, à commencer par celui de faire ses propres choix.

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Le slut shaming est un avatar de la culture du viol, contre lequel nous pouvons tous et toutes très facilement lutter, chacun•e à notre échelle : en ne laissant pas se propager autour de nous des messages culpabilisants à l’égard des filles, qui jugent sévèrement la sexualité féminine.

On ne cessera de le répéter ici, mais messieurs, l’égalité entre les hommes et les femmes ne se fera pas sans vous !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Morpheme
    Morpheme, Le 6 mars 2016 à 14h35

    Coco44
    ça m'étonnerait que les petites filles ne voient en eux que des vêtements de danse. à mon avis on se sert aussi des vêtements comme moyen de séduction,
    :eh:

    Je sais pas ce qui est le pire entre voir des enfants/des mineur.es comme sexuels ou bien leur attribuer des INTENTIONS sexuelles (basé sur les vêtements qui plus est) :fear:

    Coco44
    je trouve dangereux que les jeunes filles voient en des vêtements "qui montrent tout" le moyen d'affirmer leur féminité et de plaire. Voilà pourquoi je pense aussi qu'on devrait un peu mieux contrôler les vêtements qu'on voit à la télé et de ce fait dans beaucoup d'établissements scolaires etc.
    Donc ce qui est dangereux c'est ce qu'elles portent, pas la manière dont elles sont jugées/attaquées/agressées pour ?
    Que tu parles de "contrôler" ca fait froid dans le dos, mais genre :oo:

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