« Proches », une campagne contre le viol et pour sensibiliser l’entourage des victimes

Le Collectif féministe contre le viol lance une campagne pour rappeler que le violeur fait souvent partie de l'entourage de la victime, et pour souligner l'importance des proches dans la démarche de lutte contre le viol.

« Proches », une campagne contre le viol et pour sensibiliser l’entourage des victimes

Trente secondes suffisent parfois pour rappeler une réalité : contrairement à ce qu’on pourrait croire, la majorité des viols ne sont pas commis au fond d’un parking par un inconnu, mais bien souvent par quelqu’un que la victime connaît — son conjoint, un ami, un membre de sa famille. Le Collectif féministe contre le viol (CFCV) vient de lancer à ce sujet une nouvelle campagne vidéo, baptisée Proches, qui sera diffusée à la télévision et sur Internet à partir du 27 janvier 2015.

Dans cette très courte vidéo, un homme en costard, l’air jovial, entre dans une soirée, fait la bise à chacun et chacune. On apprend qu’il est l’ami d’untel, qu’il fait beaucoup rire unetelle, bref, il est aimé de tous, l’ambiance est à la fête, tout va bien. Jusqu’à ce qu’il arrive au niveau d’une dernière jeune femme, qui n’a pas tellement l’air d’apprécier d’être embrassée. Et pour cause : elle, il l’a violée.

Dans plus de 80% des cas, l’agresseur est un proche de la victime

Ce petit film veut en fait rappeler un chiffre terrifiant : en France, 8 femmes violées sur 10 connaissent leur agresseur. D’après le CFCV, dans 50% des cas, ce dernier est un membre de la famille de la victime ou fait partie de son entourage proche, et dans 34% des cas, il s’agit de son conjoint.

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Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes note aussi que 83% des femmes victimes d’un viol ou d’une tentative de viol entre 2010 et 2012 en France connaissaient leur agresseur :

  • dans 31% des cas, l’auteur des faits était connu de la victime mais ne vivait pas avec elle
  • dans 21% des cas, il habitait avec elle mais n’était pas son conjoint
  • dans 31% des cas, la victime et son agresseur vivaient sous le même toit et étaient conjoints

Un violeur est un Monsieur-tout-le-monde

Donc non, le violeur n’est pas un anonyme sorti de l’obscurité, ni un pervers fou qu’on peut repérer à dix kilomètres à la ronde. Comme le rappelle le CFCV, il n’existe pas de profil-type de l’agresseur :

« Les viols ne sont pas spécialement le fait de psychopathes, d’alcooliques, d’anormaux ou d’obsédés sexuels. Au contraire, ils sont souvent commis par des hommes parfaitement intégrés socialement, parfois même au-dessus de tout soupçon. »

Cette absence de profil rend plus difficile le fait d’accepter et de prendre conscience que quelqu’un de ton entourage, que tu estimes et apprécies, est peut-être un violeur. Le Tumblr Je connais un violeur, qui rassemble des témoignages de victimes de viol pour lutter contre cette idée de l’agresseur anonyme, résumait :

« Quand l’agresseur est un proche aux allures respectables, le doute s’installe. […] L’une des raisons pour lesquelles les victimes ne sont pas crues ou dénigrées réside dans l’image déformée que l’on a des violeurs : déséquilibrés, « à part », ils sont comme les monstres des films d’horreur : ils n’ont pas de visage. C’est ce tabou que nous voulons briser. Les violeurs ne sont pas « les autres ». De nombreuses victimes en ont connu personnellement. […] »

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Proches insiste donc là-dessus : cet homme que tu connais, avec qui tu te marres, ton meilleur pote peut-être, dont tu penses qu’il ne ferait pas de mal à un chaton, peut avoir violé quelqu’un. Perspective, je le sais bien, terrifiante.

La victime a besoin d’être écoutée et soutenue

Cette proximité rend l’idée d’un viol plus difficile à admettre et à dénoncer, et pourtant, il est absolument essentiel d’être à l’écoute de la victime et de ne pas nier ce qu’elle raconte. D’abord parce que l’agresseur compte sur cette supposée connivence entre lui et toi pour échapper aux conséquences de son acte, comme l’explique le CFCV:

« Il veut assurer son impunité en recrutant des alliés […] : C’est peut-être là le plus difficile car l’ensemble de notre système de référence est du côté des agresseurs, du côté des forts, du côté des puissants. Il faut résister à nos réflexes ancestraux : déni de la gravité des faits, recours au fatalisme, paresse à affronter les personnes dominatrices […] »

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Une victime de viol a besoin d’être écoutée et de se sentir comprise pour pouvoir s’exprimer, parler de son viol et le dénoncer, bref, pour s’en sortir. Le CCFV donne notamment quelques pistes pour ne pas se ranger malgré soi du côté du violeur :

  • ne pas laisser la victime s’isoler : la mettre en confiance, être disponible pour l’écouter et manifester son intérêt pour elle
  • sortir du cercle de la honte : bien insister sur le fait que la personne qui a subi un viol est victime, non pas coupable, et qu’elle n’est pour rien dans ce qui est arrivé

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  • éviter d’exprimer un jugement moral sur l’agresseur, mais plutôt s’appuyer sur la loi, pour désigner les faits comme un viol et aider à la prise de conscience. Tu peux pour cela te référer à l’article 222-23 du Code pénal qui définit le viol : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ».

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L’entourage peut encourager à porter plainte

Le soutien de l’entourage (donc le tien, si tu connais quelqu’un qui a subi un viol) n’est pas à négliger pour aider la victime moralement, mais aussi parce que bien souvent, celle-ci n’ose pas aller porter plainte « du fait de la peur, de la pression de l’entourage, etc. ; la véracité de leurs accusations est souvent mise en doute […] ».

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Selon le CFCV, 11 171 viols ont été constatés par procès-verbal en 2013, mais seulement 13% des victimes ont porté plainte pour viol ou tentative de viol, et ce chiffre inclut aussi les plaintes qui ont été retirées.

Il est d’autant plus important d’encourager les victimes à faire cette démarche que les viols sont encore trop peu sanctionnés pénalement: d’après l’Observatoire national des violences faites aux femmes, seul 1% des plaintes déposées en 2013 a conduit à une condamnation.

  • Plus d’informations auprès de Viols-Femmes-Informations, au 0800 05 95 95 : l’appel est gratuit et le service est ouvert du lundi au vendredi de 10 à 19 h.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Dame Andine cogite
    Dame Andine cogite, Le 25 janvier 2015 à 13h39

    Merci pour le partage de cette vidéo que je trouve très bien faite.

    Je voudrais aussi qu'on comprenne que bon nombre de victimes ne portent pas plainte (au lieu de participer à leur culpabilisation) : quand le viol a été obtenu par menace, surprise, abus de faiblesse, manipulation, en profitant du sommeil ou de l'état d'ébriété, ou que sais-je, qui ne laisse aucune trace, c'est la parole de la victime vs celle de l'agresseur, et donc concrètement, c'est une épreuve vraiment lourde, qui généralement, n'aboutit pas. (Notons qu'en plus la plainte peut se retourner contre la victime - accusée de diffamation par exemple...)
    Pour moi, la priorité, c'est de travailler sur les mentalités, diffuser avec force la nécessité absolue d'un consentement dans tout geste intime. Arrêter de diffuser dans les films, séries, etc. que contraindre quelqu'un pour un baiser - puisqu'au fond il/elle est d'accord - ou pour une relation sexuelle - puisque après il/elle kiffe quand même - c'est sexy : ça n'est pas sexy, c'est une agression sexuelle/un viol. C'est tellement répandu que ça en est banal.
    En tant que victime, j'ai déjà mis du temps à identifier le viol - càd que j'avais un sentiment de viol sans penser que c'en était réellement (pas de bagarre, pas de bleus... j'ai mieux compris quand j'ai découvert la réalité de l'état de sidération) -, je peux comprendre que certains parmi mes proches croient encore qu'il n'y a viol que quand il y contrainte physique. Mais du coup, il faut vraiment travailler là-dessus, parce que l'idée est encore profondément ancrée (chez les victimes, les agresseurs, les proches, la société...).

    Plus largement, je rejoins complètement aussi cette phrase que j'ai lue récemment sur le tumblr veille permanent féministe :
    "Sortons le consentement de la chambre. Je pense que l’une des raisons pour lesquelles on a tant de difficulté à trouver la limite du “ce n’est pas bien de forcer quelqu’un à des actes sexuels” est que par de nombreux aspects, forcer les gens à faire des choses est partie intégrante de notre culture de manière générale. Virez cette attitude merdique de votre vie. Si quelqu’un ne veut pas aller à une fête, essayer une nouvelle nourriture, se lever et danser, faire la conversation à table - c’est leur droit. Arrêtez les “allezzzz” et autres “juste cette fois !” et les amusements où vous forcez quelqu’un à se prêter au jeu. Acceptez que non signifie non - tout le temps."

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