J’ai 19 ans, et j’ai encore un doudou. Pendant longtemps, j’ai eu honte de l’avoir dans mon lit. Surtout quand mon premier mec est venu dormir chez moi. Je me voyais mal lui dire « Excuse moi, chéri, mais c’est avec mon doudou que je dors. » Maintenant, je l’assume, et je l’adore.
Histoire du doudou
Comme tous les doudous, à la base ça devait pas être un doudou. C’était une couverture banale. C’est devenu ma couverture « dure dure » Une couverture bleue, avec un coin qui gratte. D’ailleurs, qui n’est jamais arrivé à l’école avec une petite croûte sur le bout du nez à force d’avoir frotté le doudou dessus ? Allez, avoue. En tout cas, moi ça m’arrivait régulièrement. Surtout à un âge où on est censé ne plus avoir de doudou… « Naaan, mais arrête, je me suis cognée la tête contre le mur » (Qui a dit que j’étais une mauvaise menteuse ?) Cette couverture a genre … 23 ans ? Et je l’ai sauvée d’un avenir de chiffon, grâce à tous mes caprices.

(Non, c'est pas le mien, c'ui-là)
Ce qui est horrible pour un doudou, c’est quand il est lavé et recousu. Quel est l’intérêt d’un doudou s’il sent pas la maison ? Et si le coin qui gratte ne gratte plus ? Et s’il est tout recousu au lieu d’être tout abîmé ? Il n’a plus aucun intérêt, on est d’accord. C’était horrible pour moi, surtout. Je perdais tous mes repères. Depuis que j’ai pleuré quand ma mère m’a ramené un doudou tout propre tout recousu, elle n’y a plus touché. « Garde le, ton truc qui pue » m’a-t-elle dit avec agressivité. « Bah oui », ai-je répondu, en fourrant mon pouce dans la bouche.
Lui et moi pour la vie
Je l’aime tellement que je lui en ai fait voir des vertes et des pas mûres. Je veux aller dehors ? J’amène mon doudou. Je veux promener le chat ? Je couche la bête de force dessus et la traîne dans tout l’appartement.
Je l’aime tellement, que je l’emmenais partout avec moi. Je dois dormir chez une copine ? Dans le sac. En colonie avec toute ma classe ? Je le mets dans mon sac. Je pars en voyage ? Dans le sac de voyage. Oui, mon doudou m’accompagne. Surtout dans l’avion. Comment je peux vaincre la peur de mourir sans mon doudou, sérieusement ?
Et puis un jour, j’ai arrêté de l’emmener partout avec moi. Tout le monde pense que c’est parce que j’ai grandi… Ca n’a rien à voir, et je vais tout t’avouer.
Il lui est arrivé une aventure… Terrible.
J’ai failli l’oublier dans un hôtel impersonnel dans un pays en dehors du continent européen. Aéroport en Egypte. 3h du matin. Flash de ma couverture soigneusement pliée sur une chaise dans ma chambre d’hôtel. En larme, je supplie ma mère de faire quelque chose pour moi. Grâce à mes faux cheveux roux et mes faux yeux verts, j’ai réussi à avoir le numéro d’un guide, qui m’a sauvé la vie. Et celle de mon doudou. En faisant le tour de l’hôtel pour le récupérer. Et depuis, je ne l’amène plus nulle part.

(C'ui-là, il est pas à moi )
Pourquoi le garder, finalement ?
C’est vrai. Pourquoi garder mon doudou s’il reste seulement dans mon lit ? C’est bien simple. Mon doudou me rappelle toute mon enfance. C’est un peu le truc qui signifie que j’ai pas tout à fait grandi, que je suis pas encore une femme. A partir du moment où je décide de bazarder le doudou, ça voudra dire que j’ai pris ma vie en main. Le bon point : je dors avec, mais je le prends que quand je suis très triste, sinon il traîne juste dans mon lit. Je suis pas encore une femme, mais plus tout à fait une enfant. Sans doudou, je me permettrais pas d’avoir peur de l’orage, d’une maison inconnue qui craque, de l’avenir, et de tous les trucs dont on a un peu peur.
Mais si, tu sais... ces peurs de petite fille, quoi.