Pierre Niney, Lambert Wilson et Audrey Tautou parlent de L’Odyssée, qui retrace la vie du commandant Cousteau

L’Odyssée retrace l’ascension et la chute du commandant Cousteau (Lambert Wilson) à travers sa relation avec son fils Philippe (Pierre Niney). Un biopic de qualité, qui n’est pas celui que vous croyez.

Par problème de génération ou désintérêt, je ne connaissais pas le travail du commandant Cousteau, seulement son nom. Si vous demandez à mes parents par contre, il vous diront que c’était un homme passionné, un aventurier qui n’avait peur de rien et qui a révolutionné notre vision de l’océan à travers ses films et ses émissions.

J’étais vraiment impatiente de découvrir l’homme en lui-même et j’ai aimé son portrait nuancé dressé dans L’Odyssée. Dans des décors magnifiques qui m’ont fait voyager, j’ai suivi sans décrocher le destin de cette famille extraordinaire, ses hauts… et ses bas.

La face « business » et médiatique de Jacques-Yves Cousteau

Jacques-Yves Cousteau était un homme ordinaire, fait de contrastes et de contradictions. Au début du film, il passe pour le héros, le bon père de famille et le mari aimant. Mais il tombe progressivement de son piédestal et l’on désenchante en même temps que son fils Philippe, on tique et on est carrément choqué par les actions qui s’enchaînent les unes après les autres.

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La légende au bonnet rouge n’était pas un saint : il était cruellement humain.

S’associer avec des entreprises pétrolières pour subventionner son expédition, capturer des animaux pour les filmer et vendre les images à la télévision, les nombreux déchets de la Calypso, tromper sa femme qui a tout donné pour lui et j’en passe. La légende au bonnet rouge n’était pas un saint : il était cruellement humain.

Les associations douteuses, la starification… Le commandant Cousteau s’est donné les moyens d’atteindre son rêve, et il a effectivement ouvert des voies jusqu’ici inexplorées. Il était un génie de la communication, voilà ce qu’on peut déduire du film. Mais il était aussi prêt à tout, pragmatique et cynique à la Machiavel.

La tentation est forte de juger sa morale et son éthique depuis la perspective et le recul de notre temps, mais le film évite cet écueil trop facile, explorant au contraire toute la complexité des dilemmes posés, à travers la relation entre Jean-Yves Cousteau et son fils Philippe.

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Une relation père-fils très complexe, au centre du film

En creusant un peu la vie du commandant et en rencontrant ses proches pour le film, Jérôme Salle s’est vite rendu compte d’une partie essentielle de son histoire qui devient même un des principaux points de L’Odyssée : sa relation avec ses fils, et surtout le cadet, Philippe.

Jean-Michel Cousteau est l’aîné, mais ne ressemble pas vraiment à son père. Il est moins aventureux et intrépide que Philippe Cousteau. Ce dernier est le fils prodige, le préféré.

Philippe admire Jean-Yves Cousteau, leur relation est passionnelle, ils se jalousent autant qu’ils s’aiment. Quand le fils commence à voir les actions et les choix de son père objectivement, la déception est dure, on la ressent à travers ses yeux. Il va très vite militer pour l’écologie et remettre en question son père, et par la même occasion tenter de se faire un nom à lui.

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Tout au long du film, Pierre Niney et Lambert Wilson jouent à merveille la complexité de cette relation très particulière et ses évolutions très constrastées, de l’admiration et l’amour en passant par la rivalité et la confrontation.

L’écologie et le message de L’Odyssée : « il est encore temps »

Salut c’est Clémence Bodoc, je m’incruste dans cette critique parce que moi aussi, j’ai adoré ce film. L’Odyssée n’est pas « juste » un biopic du commandant Cousteau. C’est l’histoire d’une conscience écologique en devenir.

Il y a finalement assez peu de plans contemplatifs, parce que c’est un film d’action au sens littéral : Jérôme Salle raconte l’histoire de pionniers, d’explorateurs, soumis aux pressions et aux contraintes sociales, médiatiques, personnelles aussi, et nous montrent comment ces deux hommes ordinaires et cruellement imparfaits sont devenus deux héros des temps modernes, des figures légendaires de la protection des océans.

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L’indescriptible beauté de la nature occupe une place grandissante, de décor à terrain de jeu, elle devient progressivement le centre de l’intrigue.

L’indescriptible beauté de la nature occupe une place grandissante, de décor à terrain de jeu, elle devient progressivement le centre de l’intrigue.

À travers ces plans sur les fonds marins, la banquise, les couchers de soleil, on passe d’une vision romantique du « bleu infini » à une conscience éveillée : ce monde hostile et inaccessible repose en réalité sur un équilibre fragile que l’homme aura tôt fait de perturber.

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Dans le film, Cousteau aura cette phrase reprise dans la bande-annonce, qui me file la chair de poule à chaque fois que je l’entends, car elle dit tout :

« Il y a plus de trente ans j’ai découvert un nouveau monde, et je voulais le conquérir, alors qu’en fait il fallait le protéger. »

Et la réponse que lui fait son fils Philippe, par la voix de Pierre Niney, est le message que je retiens de ces deux heures inspirantes :

« Mais il est encore temps. »

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L’Odyssée, un film militant ?

Peut-on dire alors que L’Odyssée est un film militant ? C’est la question que j’ai posé à son réalisateur, Jérôme Salle, lors d’une avant-première :

« Ce serait mentir de répondre que mon intention était de faire un film militant. Mon intention était de raconter une histoire. Aujourd’hui, je me rends bien compte que le film est plus que ça, et j’en suis fier s’il permet de participer à [la sensibilisation du public]. »

C’est sans doute pour cette raison que ça fonctionne aussi bien. En regardant L’Odyssée, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à cette phrase, entendue dans le film Demain : Rob Hopkins disait qu’on ne sait pas raconter les histoires de réussite écologique, on a mille films sur la fin du monde et les catastrophes, zéro sur les solutions.

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C’est l’histoire d’un combat qui dépasse des hommes, c’est l’histoire d’une évidence qui écrase les égos et dépasse les profits.

L’Odyssée n’est pas un hommage à mon sens, c’est un exemple, c’est l’histoire d’un combat qui dépasse des hommes, c’est l’histoire d’une évidence qui écrase les égos et dépasse les profits.

C’est une histoire essentielle parce qu’elle place le spectateur face aux réalités du monde d’hier, celles qu’il est de plus en plus difficiles d’ignorer dans le monde d’aujourd’hui.

Pierre Niney a rebondi sur ma question quelques instants plus tard, et il a eu cette phrase :

« Il faut arrêter de voir l’écologie comme un militantisme politique, mais la regarder pour ce qu’elle est, ou devrait être : une évidence. »

L’Odyssée, de Jérôme Salle avec Lambert Wilson, Audrey Tautou et Pierre Niney, sort en salles le 12 octobre.

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