La réforme du lycée pour la rentrée 2009

La prochaine fournée de lycéens déboulera dans un lycée en pleine mutation. C’est en tout cas le souhait de Xavier Darcos, Chef Sioux en charge de l’éducation au sein de la tribu. Pour lui, le mieux c’est de tout débrancher pour recommencer à zéro, en réformant depuis le nom des sections au contenu des programmes. […]

La réforme du lycée pour la rentrée 2009

La prochaine fournée de lycéens déboulera dans un lycée en pleine mutation. C’est en tout cas le souhait de Xavier Darcos, Chef Sioux en charge de l’éducation au sein de la tribu. Pour lui, le mieux c’est de tout débrancher pour recommencer à zéro, en réformant depuis le nom des sections au contenu des programmes. De la bagarre en perspective entre syndicats et gouvernement. Voyons ça de plus près…

Une réforme ? Mais dans quel but ?!

En France, le lycée n’a pas la cote : on reproche aux élèves issus du baccalauréat de ne pas être prêts pour l’autonomie de la fac, de manquer de curiosité, d’aller au plus facile. Si les têtes pensantes s’accordent sur ce point, les avis divergent rapidement quant à l’attitude à adopter pour colmater les brèches du lycée français malade…

Selon les principaux syndicats, une école publique exsangue ne peut pas dispenser un enseignement de qualité. Suppressions de postes, sureffectif dans les classes et manque de moyens sont les causes de tous les maux. La solution ? Pour redonner du crédit à l’Education Nationale, il faut faire simple : alléger les classes, embaucher du personnel et donner de la voix aux enseignants. Mais Xavier Darcos ne devait pas être là au moment où ces propositions ont été faites, car sa réforme prévue pour la rentrée 2009 comprend beaucoup de pistes, mais pas celles-là…

Pendant que Jean-Paul de Gaudemar, recteur de l’académie d’Aix-Marseille, mène les discussions sur la réforme, Xavier Darcos pense aux grands axes de sa réfonte du lycée. Ces grands changements, les voici :

LES FILIERES

Elles prennent un coup de jeune et se mettent à la poésie ! Finies les S, L, etc., place au lyrisme, avec des « filières à dominantes » : humanité et arts, sciences, sciences de la société et technologie.

VOLUME HORAIRE

Le ministre de l’Education prévoit d’alléger les emplois du temps hebdo de quelques heures. Nos voisins du nord le font, et leur taux de réussite est bon. Alors pourquoi s’inquiéter ? Le principal syndicat de professeurs (SNES FSU) voit en ce projet un subterfuge pour virer du monde en douce. Plus d’explications sur ces craintes avec la suite du programme.

CONTENU ET ORGANISATION

Les nouveaux lycéens pourraient évoluer dans un environnement de cours inédit : 60% de cours obligatoires et le reste à composer soi-même, selon ses aspirations. Le tronc commun serait composé en seconde des lettres, mathématiques, histoire/géographie, deux langues vivantes et du sport obligatoires, puis 25% de modules exploratoires à choisir, et 15% d’accompagnement (devoirs, etc.).
Le découpage des trimestres est aussi révisé : l’année sera désormais découpée en deux semestres. A l’issue du premier, l’élève devra affiner son orientation en choisissant les options qu’il souhaite poursuivre et celles qu’il veut découvrir.

Cette manière de découper les cours et le fait de laisser choisir l’étudiant donnent au lycée un air d’études supérieures, et en ce sens la réforme tente de palier un des problèmes de l’éducation. Mais les lycéens sont-ils déjà assez motivés et matures pour se prendre en main ? Voyons ce que reproche le SNES FSU à la réforme emmenée par Xavier Darcos.

madmoiZelle.com : Qu’est-ce qui vous paraît dangereux dans cette réforme ?
Roland Hubert : La réforme prévoit d’une part une réduction à 27 heures de l’horaire hebdomadaire par élève, et d’autre part une organisation des enseignements en « briques semestrielles » de 3 heures, choisies par les élèves eux-mêmes.
Ces deux projets peuvent sembler au premier abord offrir un assouplissement de l’emploi de temps et une plus grande liberté pour les lycéens et les lycéennes.
En réalité, ils conduisent d’une part à une réduction des enseignements et donc des savoirs, ce qui défavorise toujours les élèves issus de milieux socio-culturels défavorisés, et d’autre part au renvoi à l’individu de la construction de son parcours au détriment de la cohérence nécessaire à une formation efficace. Les séries (L, S, ES, etc.), que ce projet de réforme supprime, avaient au moins l’intérêt de garantir une cohérence des formations.
Sans compter que cette liberté profiterait aux familles et aux élèves les plus au courant du fonctionnement du système scolaire au détriment des autres. C’est un peu du « donner plus à ceux qui ont plus ».
Il existe donc un risque très important de creusement des inégalités.

« La réforme ? Une supression d’emplois maquillée. »

madmoiZelle.com : 27h de cours, ça marche dans d’autres pays, pourquoi pas en France ?
Roland Hubert : Il faut d’abord préciser que pour le ministère, il ne s’agit pas de 27 heures de cours mais de 27 « heures encadrées », c’est-à-dire accompagnement compris, ce qui correspond à 24 heures de cours.
Comment savoir si ça marche vraiment ?
Il n’existe aucune évaluation internationale permettant de savoir ce qui se passe au lycée. En effet, l’enquête internationale PISA ne concerne que les élèves de 15 ans.
Et puis, on peut facilement imaginer que le simple fait d’être à 27 heures ne suffit pas à créer le succès. Regardez aujourd’hui la filière L : elle possède les horaires de cours les plus faibles et elle n’est pas pour autant plus attractive.

madmoiZelle.com : Pourquoi le ministre est-il si pressé ?
Roland Hubert : A l’entendre, ce serait pour répondre à une « urgence pédagogique » mais en réalité, son urgence est purement budgétaire. Il faut être clair : une heure de cours en moins pour tous les élèves de seconde c’est environ l’équivalent de 900 postes d’enseignant en moins !
Pour appliquer le dogme de la réduction massive du nombre de fonctionnaires, le gouvernement, et donc le ministre Darcos, ont besoin de boucler la réforme du lycée, y compris la question du baccalauréat, avant la fin du quinquennat.

madmoiZelle.com : Le lycée de demain aura-t-il encore quelque chose de semblable avec celui qu’on connaît aujourd’hui ?
Roland Hubert : La question reste ouverte. Il est difficile d’y répondre aujourd’hui.
Ce qui est certain c’est que la communauté éducative (les parents, les élèves et les enseignants) partage le constat de la nécessité de faire évoluer le lycée. On parle beaucoup du lycée finlandais comme un modèle. Pourquoi pas ? Mais alors inspirons-nous vraiment de la méthode utilisée par les gouvernements finlandais pour parvenir à un lycée en phase avec les spécificités culturelles, sociales, sociétales de la Finlande. Il serait absurde en effet de transplanter hors-sol un système pensé dans et pour un environnement spécifique.
Il faut surtout souligner que la réforme du lycée finlandais s’est faite dans un climat de dialogue et de concertation, dans la durée, sans a priori, avec les acteurs du système éducatif. Non pas à la hussarde en trois mois.

« Sans la volonté des enseignants, la réforme ne vaudra rien. »

madmoiZelle.com : Pourquoi vous retirer des négociations ? Ne craignez-vous pas que le gouvernement profite de cette voie libre ?
Roland Hubert :
Parce que nous étions finalement dans une absence de discussions : J.-P. de Gaudemar venait avec ses propositions – uniquement sous forme orale, jamais avec des traces écrites – et ne répondait pas à nos demandes de plus en plus pressantes d’étudier d’autres hypothèses.
Face à l’absence de réponses à nos questions et constatant notre opposition ferme aux principales hypothèses, nous ne pouvions plus continuer à rencontrer de Gaudemar dans ce cadre.
Ça ne veut pas dire que Xavier Darcos a les mains libres. Il sait qu’une réforme rejetée par les personnels (enseignants, NDLR) n’a aucun avenir dans sa mise en œuvre.

madmoiZelle.com : Qu’est-ce qui serait vraiment à réformer selon vous dans le fonctionnement des lycées actuels ?
Roland Hubert : Pour le SNES, il y a trois urgences :
Il faut lutter contre les difficultés en seconde, cette classe doit jouer pleinement son rôle de découverte et de détermination.
Il faut d’autre part donner plus de souplesse aux séries qui, au fil du temps et parfois aussi des suppressions d’options, sont devenues de plus en plus rigides.
Enfin, il importe de créer les conditions d’un meilleur encadrement pédagogique et d’un meilleur accompagnement des lycéens. Cela suppose de réfléchir à l’articulation entre les cours, les travaux interdisciplinaires, les TP, l’aide individualisée, etc.
Tout ça en visant deux objectifs majeurs : la relance de la démocratisation du système scolaire et la réussite de tous les élèves.

Selon toi, quelles réformes seraient bénéfiques au lycée français ?

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 38 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • AnonymousUser
    AnonymousUser, Le 17 décembre 2008 à 18h55

    choupette38;848649
    Douille : veut tu dire par là que les familles défavorisées sont presque "connes" pardonnez moi l'expression, parce que ce n'est pas le cas du tout.
    La réussite scolaire est déjà, toutes proportions gardées, en partie une affaire de codes qu'on connait ou qu'on ne connait pas. Le bagage culturel qu'on acquiert au lycée dépend en partie des options qu'on prend, tout comme au collège. Lorsqu'on est dans un collège où les parents informés savent que la "bonne" classe c'est la LV1 Allemand (c'était le cas dans mon collège dans le temps) les élèves qui sont en LV1 Allemand sont pour la plus grande partie issus de milieux aisés. Au lycée, il y a plus d'enfants qui font du latin et/ou du grec dans les milieux aisés que défavorisés. Dans les filières de fac, prépa ou autres, perçues comme "d'élite", la mixité sociale n'est plus ce qu'elle était au collège par exemple.. Les choix d'orientation, d'options, de matières facultatives, sont des clefs qui permettent d'ouvrir certaines portes. Mais le fait est qu'en général, plus tu viens d'un milieu aisé, plus tu es entouré de personnes qui ont conscience des codes, des clefs, et des choix à faire. Ce n'est pas une question d'intelligence, c'est une question d'information. Dans la plupart des établissements on n'informe pas de ces codes, on ne pousse pas les gens à faire telle LV1, à prendre telle option, et même au niveau de l'orientation supérieure c'est souvent assez désastreux. On n'est pas tous égaux face au système scolaire parce qu'on ne bénéficie pas tous de la même information. Il y a les happy few qui savent quels choix stratégiques faire pour assurer la meilleure orientation à leurs enfants, et les autres. C'est en ce sens que l'idée de matières facultatives, à choix, peut tout à fait creuser les inégalités je pense. Après cette idée a aussi de bons côtés, et elle fonctionne dans d'autres pays, mais c'est quand même vraiment à double tranchant.

Lire l'intégralité des 38 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)