À 2h de Paris, pour un avortement, on risque la prison à vie

Par  |  | 7 Commentaires

C'est la journée mondiale du droit à l'IVG. À Belfast, en Irlande du Nord, les militant•es pro-choix se battent encore pour obtenir un accès légal et sûr à l'avortement.

À 2h de Paris, pour un avortement, on risque la prison à vie

Journée mondiale du droit à l’IVG

C’est la journée mondiale du droit à l’avortement. Alors que de nombreuses idées reçues circulent au sujet de cet acte médical, qu’un très grand nombre de pays continuent de l’interdire, poussant les femmes qui veulent y avoir recours à entrée dans l’illégalité, une mobilisation globale est prévue.

En Europe, une coalition de mouvements pro-choix s’est réunie autour du mot d’ordre « Avortement, les femmes décident » et de nombreuses manifestations sont prévues.

– Article initialement publié le 15 mars 2017

Ces derniers temps, nous sentons en France que notre droit à l’avortement est remis en cause par certains groupes et que nous devons rester extrêmement vigilant•es pour le défendre.

Ces attaques viennent de sites militants anti-choix, de certains parlementaires réticents sur la question…

Mais si nous continuons de nous battre pour protéger le droit à l’avortement ici, d’autres se battent encore pour l’obtenir, aussi près que de l’autre côté de la Manche.

En Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni, l’avortement est encore considéré comme un crime passible d’emprisonnement à vie.

Le Royaume Uni, dans l’Union Européenne, donc. L’Irlande du Nord, à 2 heures de Paris, donc.

Et si j’en parle aujourd’hui, c’est en raison d’événements survenus récemment.

Des perquisitions à la recherche de pilules abortives

En Irlande du Nord, lors de la journée internationale des droits des femmes, mercredi 8 mars 2017, plusieurs perquisitions ont été menées chez des femmes se revendiquant pro-choix, rapporte The Guardian.

La police était à la recherche de pilules abortives, qui sont en effet interdites en Irlande du Nord. Helen Crickard, qui a été perquisitionnée, a accepté de répondre à mes questions :

« Mes locaux ont été perquisitionnés lors de la journée internationale des droits des femmes, au moment où l’on participait à un rassemblement pro-choix. […]

[La police] aurait confisqué mon téléphone, mon ordinateur, des documents bancaires, des pilules abortives et instruments qui peuvent être utilisés pour un avortement.

Mais comme ils n’ont rien trouvé et que je n’étais pas là, ils n’ont rien pris, c’est pourquoi je pense pouvoir m’exprimer. »

Ces perquisitions ont eu lieu alors que les femmes nord-irlandaises militent jour après jour pour étendre l’accès à l’avortement, qui n’est pas soumis aux mêmes lois en Irlande du Nord que dans le reste du Royaume-Uni.

L’avortement au Royaume Uni

Au Royaume Uni (excepté en Irlande du Nord), l’avortement est régi par le « 1967 Abortion Act », selon lequel la pratique d’une IVG est légale avant 24 semaines sous la condition que deux médecins aient donné un avis positif et si la grossesse présente un risque pour la santé mentale ou physique de la femme enceinte.

À lire aussi : IVG : 92 sénateurs UMP affirment une position anti-choix [MAJ]

Ce texte est lui-même aujourd’hui remis en cause : comme le rapportait Refinery 29, pas plus tard que le 13 mars dernier, une parlementaire a tenu un discours pour demander à ce que la loi évolue en faveur de la liberté des femmes à disposer de leur corps :

« [La loi] est aujourd’hui dépassée, comparée à l’avancement de la médecine et au comportement du public. »


Diana Johnson voulait entre autre réagir au phénomène de plus en plus courant de la commande de pilules abortives en ligne pour recourir à l’avortement.

Sous la loi actuelle, c’est effectivement encore un crime car l’avortement est alors effectué sans l’accord de deux médecins. Les femmes y ayant recours n’ont pourtant pas forcément conscience qu’elles enfreignent la loi.

L’Irlande du Nord, une exception au Royaume Uni

Mais cette loi, si elle est appliquée en Ecosse, en Angleterre et au Pays de Galle, ne l’est pas en Irlande du Nord. Helen Crickard, perquisitionnée le 8 mars, m’explique :

« Le « 1967 Act » n’est pas appliqué ici parce qu’il y avait trop d’opposition [à l’avortement] lorsque la loi est passée.

C’était probablement le seul sujet qui est parvenu à mobiliser tous les partis d’opposition à ce moment-là. Et j’ajoute que la vie politique était alors très ségréguée et dominée par les hommes. »

C’est donc encore le « 1861 Offences Against the Person Act » qui régit le droit à l’avortement et qui peut faire condamner une femme ayant recours à l’avortement à la prison à vie.

Si les médecins peuvent conseiller à leurs patientes les plus fortunées de se rendre en Angleterre, cela place les plus pauvres dans des situations d’extrême vulnérabilité, selon le planning familial.

En effet, elles doivent dès lors payer le voyage, puis payer les frais relatifs à l’avortement qui ne sont pas couverts par l’assurance maladie — alors même qu’ils sont couverts pour les femmes vivant dans les régions où le « 1967 Act » est appliqué.

Les femmes nord-irlandaises peuvent donc devoir débourser jusqu’à 2 000£ pour recourir à un avortement. Cela conduit donc certaines d’entre elles à commander des pilules abortives sur Internet, alors même que c’est illégal.

À lire aussi : Des pharmaciens refusent de délivrer des contraceptifs, en 2016 : une vidéo choquante de L’Autre JT

La pilule abortive, solution de secours menacée

Helen Crickard était l’une des organisatrices du rassemblement pro-choix qui s’est tenu le 8 mars. Et elle est persuadée que c’est pour cela qu’elle a été visée par la police :

« Je pense que cette perquisition m’a visée en tant que militante pro-choix, comme un moyen pour me faire taire et intimider les femmes. »

Pour elle, le gouvernement nord-irlandais ne souhaite pas toucher à cette loi, et cela lui convient que les femmes doivent sortir du territoire pour avoir recours à l’avortement :

« Je pense aussi que cette perquisition et les autres n’étaient pas juste un exercice de routine pour la police nationale. Quelqu’un a autorisé l’allocation de ressources à la recherche de pilules abortives.

C’est un véritable harcèlement à l’encontre des femmes, une manière de les criminaliser alors qu’elles sont déjà en situation de détresse. »

Helen Crickard est inquiète de l’effet que ces manœuvres pourraient avoir :

« Ces perquisitions vont mettre ces femmes dans une situation de détresse et les empêcher de commander ces pilules par peur d’être arrêtées.

Ça risque d’avoir des effets dévastateurs en forçant les femmes à avoir recours à des avortements clandestins. »

Et l’Europe dans tout ça ?

Là où cette histoire me choque d’autant plus, c’est que l’Irlande du Nord fait partie du Royaume-Uni, qui fait encore à ce jour partie de l’Union Européenne.

C’est aussi à ça que doit servir l’Europe : à protéger nos droits. Et précisément sur ce sujet, l’Union Européenne avait tenté de garantir le droit à l’avortement lors de l’adoption d’un texte sur l’égalité femme-homme il y a deux ans, en mars 2015.

Comme l’expliquait alors Les Inrocks, les parlementaires européens conservateurs avaient, à l’époque, voté contre l’amendement qui visait à garantir le droit à l’IVG dans l’Union Européenne.

Et parmi eux, figuraient les député•es issu•es des rangs du Front National. C’est notamment l’une des actions de Marine Le Pen qui lui valent le titre de pire candidate pour les droits des femmes, selon Les Glorieuses.

À lire aussi : Marine Le Pen, une femme politique qui fait mauvais genre

8 surprises choisies par la rédac
18.90€ + 4€ de livraison

Commentaires
  • Shadowsofthenight
    Shadowsofthenight, Le 17 juin 2017 à 18h35

    @Esther En Irlande, une jeune fille a subi un internement psychiatrique pour l'empêcher d'avorter. Une pétition est en cours.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!