Live now
Live now
Masquer
after-baiz-site-anti-ivg
Actu en France

AfterBaiz, le site anti-IVG déguisé qui cherche à vous baiser

04 août 2016
Afterbaiz.com est un nouveau site anti-IVG, bien maquillé sous une communication moderne. Derrière les artifices du jeunisme, c’est pourtant toujours la promotion des mêmes idées rétrogrades.

Publié initialement le 19 juillet 2016

Il y a peu, chez madmoiZelle, on est tombé•es sur le site afterbaiz.com. Et autant vous le dire tout de suite : ce qu’on y a découvert ne nous a pas réjoui du tout.

Un blog pour « réinformer » sur la sexualité

Le site se présente comme un blog qui s’adresse aux jeunes pour leur parler d’amour et de sexualité. On y trouve différentes rubriques consacrées aux sentiments, au plaisir, à la violence ou encore à la santé.

Sur un ton qui se veut décomplexé, avec des articles plus ou moins légers, les auteur•es « informent » – ou plutôt « réinforment », selon le terme qu’ils/elles utilisent – en explorant des thèmes tels que les règles, la contraception ou encore les sex friends.

after-baiz-coeur-brise

Un article apparemment inoffensif. 

Le premier problème qui peut mettre la puce à l’oreille du/de la lecteur•trice, c’est que ces articles sont vite culpabilisants.

Vous n’êtes pas heureux•ses ? Selon le magazine, c’est parce que vous privilégiez plans cul et sex friends aux relations longues et stables. D’ailleurs, vous ne rencontrerez pas l’amour sur les sites de rencontre. Quand au porno, il rend accro et va par la même occasion gâcher votre vie. C’est bizarre, je sens comme un relent réac…

À lire aussi : Je veux comprendre… le slut-shaming

Sous couvert d’éducation sexuelle, les idées rétrogrades transparaissent

Le véritable objet du site est de nous décourager d’avorter, à grand renfort d’arguments à sens unique.

Mais là où le bât blesse vraiment, c’est lorsqu’on jette un coup d’œil aux rubriques consacrées à la grossesse et à l’IVG. Rapport que le vrai but d’AfterBaiz, c’est de décourager les personnes envisageant un avortement.

after-baiz-enceinte

Un article NETTEMENT moins inoffensif. 

Le site fourmille de « témoignages » concernant la grossesse et l’avortement, mais je vous le donne dans le mille : ils vont tous dans le même sens.

Que ce soit pour promouvoir la maternité au sens large, à travers des clips tels que la pub Coca Cola Life, ou expliquer à quel point avorter est une mauvaise idée – la « preuve » : Patricia Kaas a regretté son avortement car elle n’a jamais pu avoir d’enfants par la suite – le message est toujours le même : vous portez la vie, et c’est si précieux qu’il ne faudrait tout de même pas penser à avorter.

Le meilleur exemple est la vidéo qu’on trouve dans leur rubrique « Avorter ou le garder », qui vise à donner des conseils aux jeunes filles qui découvriraient leur grossesse. Elle diffuse des propos qui portent souvent sur un élément précis :

« [L’importance de] faire un choix qui soit raisonnable et pour ton bien et pour le bien de la vie que tu portes… parce qu’il ne faut pas oublier qu’être enceinte, c’est attendre un bébé. »

Le ton est donné.

big-avortement-clandestin-colombie-temoignage

À l’origine d’AfterBaiz : Émile Duport, activiste anti-IVG

Émile Duport, à l’origine d’AfterBaiz, n’en est pas à son coup d’essai en matière de lutte contre l’IVG.

Pour en avoir le cœur net, je suis remontée jusqu’à l’initiateur du site Internet. Je n’ai eu qu’une demi-surprise en découvrant qu’il s’agissait d’Émile Duport. Ce communicant d’une trentaine d’année qui, selon La Croix, fait partie des « dix jeunes qui font bouger l’Église », n’en est pas à son coup d’essai en matière de lutte contre l’IVG.

La Life Parade, le mouvement anti-IVG créé en 2005, c’était déjà lui. On le retrouve aussi en tant que porte-parole du mouvement Les Survivants, ce groupe qui a refait surface début juin avec le slogan « Un sur cinq », estimant qu’un cinquième de la population française manque — sur la base du nombre d’avortements pratiqués chaque année dans le pays.

Et comme si ça ne suffisait pas, Émile Duport était aussi le directeur artistique de la Manif Pour Tous.

After Baiz, un message anti-IVG planqué sous une bonne stratégie de com

La méthode qu’il utilise n’est pas nouvelle : c’est déjà celle que madmoiZelle avait dénoncée au sujet d’IVG.net, un site faussement informatif mais très très anti-IVG.

Leur stratégie consiste, encore une fois, à ne pas frontalement s’opposer à l’avortement mais à tenir un discours qui donne l’impression qu’on vous laisse le choix… tout en vous guidant insidieusement vers une seule solution : mener la grossesse à terme.

En ne présentant que les côtés positifs de la maternité, en ne parlant que des aspects négatifs de l’avortement, le site vise à modeler l’opinion de ses potentiel•les lecteur•trices.

Ce nouveau site anti-IVG s’adresse tout particulièrement aux jeunes et emprunte leurs codes, avec une doctrine anti-choix en prime.

La nouveauté ici, c’est la forme. Alors que les précédents sites tels qu’IVG.net avaient pris une apparence institutionnelle, celui-ci s’adresse tout particulièrement aux jeunes et emprunte leurs codes. Couleurs vives, ton décomplexé, réseaux sociaux : tout y est… avec l’idéologie nauséabonde anti-choix en prime.

Vers qui se tourner ?

C’est d’autant plus inquiétant que le public du site est effectivement jeune, donc potentiellement plus vulnérable et influençable.

Rappels de base donc : multipliez les sources d’informations ou, à défaut, renseignez-vous auprès d’un planning familial.

Comme les témoignages des lectrices de madmoiZelle l’ont montré, les conseiller•es de ces structures vous fourniront une information complète qui n’est pas biaisée, ni dans un sens ni dans l’autre. De même, le site du gouvernement fournit des renseignements fiables sur la question.

Et pour parler CORRECTEMENT de santé sexuelle et reproductive, direction l’interview de deux super sage-femmes, le guide du vagin et celui de la contraception ! Ajoutez à tout ça un abonnement aux chaînes YouTube de Martin Winckler et de Laci Green, ça sera un (très) bon début.

Les Commentaires
212

Avatar de Aesma
4 novembre 2017 à 23h58
Aesma
https://fr.wikipedia.org/wiki/Journée_mondiale_contre_l'homophobie_et_la_transphobie

17 mai 1990, d'où le 17 mai d'ailleurs.
0
Voir les 212 commentaires

Plus de contenus Actu en France

Société
nadine-shaabana-DRzYMtae-vA-unsplash

Violences psychologiques : de quoi parle-t-on vraiment ?

Actu en France
Mat Napo / unsplash

Patriarcal, violent, clivé : l’enquête Fractures Françaises révèle comment les Français perçoivent leur pays

Aïda Djoupa

04 oct 2022

2
Actu en France
eddy de pretto

Eddy de Pretto victime de cyberharcèlement : son procès s’est ouvert à Paris

Maya Boukella

04 oct 2022

1
Santé
Une femme atteinte de cancer dans une chambre. © Thirdman de la part de Pexels via Canva

La pollution de l’air augmente les risques de cancer du sein, selon une nouvelle étude

Anthony Vincent

04 oct 2022

Arts & Expos
Parisiennes citoyennes, l’exposition sur les luttes féministes à Paris

Cette expo retrace les luttes féministes à Paris de 1789 à 2000, et ça redonne de l’espoir pour demain

Anthony Vincent

02 oct 2022

2
Actualité mode
Deux femmes en train de déplier des vêtements pexels-polina-tankilevitch-5585849

Le gouvernement français envisage 5 mesures pour des vêtements plus durables et contre le gaspillage

Anthony Vincent

30 sep 2022

1
Actu en France
Charles Deluvio / Unsplash

Le premier rapport parlementaire sur le porno en France s’appelle l’enfer du décor, et ses constats sont glaçants

Aïda Djoupa

30 sep 2022

14
Actu en France
[Site web] Visuel horizontal Édito (28)

Dominique Boutonnat, patron du cinéma français, sera jugé pour agression sexuelle sur son filleul

Maya Boukella

30 sep 2022

Pop culture
Interview d’Elsa Miské, co-créatrice du jeu Moi c’est Madame

Lutter contre le sexisme dès l’adolescence, c’est la promesse du jeu de cartes Moi c’est Madame

Anthony Vincent

25 sep 2022

Actu en France
livres unplash

Fin de la quasi-gratuité des frais de livraison de livres : mauvaise nouvelle pour le marché du livre ?

Maya Boukella

23 sep 2022

27

La société s'écrit au féminin