Les jeunes et leur budget — Le Petit Reportage

Crise économique et budget étudiant ne font pas bon ménage. Comment la jeunesse se débrouille t-elle ?

Les jeunes et leur budget — Le Petit Reportage

Remplir son frigo, payer son loyer, renouveler sa carte de transport, avancer les frais médicaux, se prévoir un budget loisirs… Selon l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), vos dépenses mensuelles en tant qu’étudiant-e-s s’élèvent environ à 684,50 euros. Et encore, ce chiffre ne prend pas en compte le coût, parfois très onéreux, des études. Avec une moyenne de 582 euros de ressources mensuelles directes (parmi lesquelles on inclut les aides publiques, les versements par les parents et les salaires), vous êtes donc une majorité à devoir tenir vos comptes avec précision et auto-discipline. Pas facile.

Pas facile, surtout quand le coût de la vie est de plus en plus élevé. Mention spéciale pour les étudiants les moins bien financièrement lotis et obligés de vivre à Paris parce que leurs écoles s’y trouvent. Comme le notait le Nouvel Observateur en septembre de cette année, la rentrée étudiante s’est faite « sur fond de hausse du coût de la vie ».

« Pour la majorité des étudiants, c’est une rentrée plus difficile en matière de conditions de vie. La crise touche tout le monde, et les étudiants en particulier », explique Emmanuel Zemmour, président de l’UNEF.

Certains étudiants n’ont pas hésité à revenir vivre chez leurs parents. Syndrome Tanguy ? Pas exactement – la génération Y étant surtout contrainte de composer avec la crise (à ce propos, je vous suggère de (re)écouter le débat de midi de France Inter, édition du 10 juillet 2012, consacrée à « la génération Boomerang »). D’autres tentent de se rabattre sur les locations les moins chères de la capitale :

« J’habite une chambre de bonne dans le Xe arrondissement, et même si je cohabite avec quelques cafards et que pour aller pisser, je suis obligé de me rendre au fond du couloir de mon palier, mon loyer a augmenté de 7 euros sur cette dernière année. », explique François, agacé mais pas moins rieur. « Je crois qu’il vaut mieux prendre ça avec humour : quand je vais chez des potes qui ont la chance de vivre dans des apparts plus cools près de Bastille, je m’amuse à leur signaler que leurs habitations ont moins de cachet que la mienne. »

Le constat est sans appel : les logements sont de plus en plus chers puisque les propriétaires conscients du flux de demandes spéculent sans vergogne. Axelle, étudiante en information-communication qui a témoigné sur Le Plus, raconte :

« Les loyers des studios, à Paris, ne sont presque jamais en-dessous de 500 euros. Une de mes amies a visité de nombreux studios insalubres à des prix vraiment déraisonnables, pour finalement trouver un studio de 19m² à peu près correct pour 580 euros par mois. Mes parents peuvent m’aider, mais ils ne pourraient pas payer mon loyer en intégralité, car j’ai un frère et une sœur qui font également leurs études. Du coup, avec mon petit boulot et ma bourse, j’aurais tout juste eu de quoi payer mon loyer. Mais je n’aurais eu presque rien pour manger à côté. Le choix a été vite fait : je suis restée chez mes parents. »

En passe de devenir un grand marronnier de la presse nationale, le sujet du budget étudiant en décrépitude affole les pouvoirs publics. Car qu’est-ce qu’un gouvernement État-providentiel s’il n’arrive à offrir les meilleures conditions de vie à ses futur-e-s adultes ? En région parisienne, pour certains étudiants, le logement « peut atteindre 50% de leur budget », a concédé à l’AFP la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso. « Le seul moyen de réduire cette spéculation, c’est de construire », estime t-elle.

Ici et là, on agite les chiffres : 34% des étudiants renoncent à se soigner et 19 % n’ont pas les moyens de souscrire à une complémentaire santé. L’entrée dans le monde du travail ne constitue pas non plus l’heureux bout du tunnel puisque les jeunes diplômé-e-s (et parfois sur-diplômé-e-s) peinent de plus en plus à s’insérer sur le marché, crise économique oblige. Lucille, jeune journaliste fraîchement diplômée, raconte :

« En mars dernier, j’ai eu des problèmes de toux. Ça m’emmerdait tellement de payer une note chez le médecin que je me suis auto-médicamentée. Tu parles. Ma toux grasse s’est presque transformée en pneumonie, et j’ai fini par tellement tousser que je me suis déplacé une côte. »

Évidemment, François Hollande a fait de la jeunesse sa priorité numéro 1 lors de la campagne présidentielle. Aujourd’hui élu, le nouvel hôte de l’Elysée met-il en application ses promesses ? En matière de santé, pas tout de suite en tout cas. Le gouvernement demande à la jeunesse d’attendre encore un peu. Récemment, à l’occasion des débats sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2013, l’Assemblée Nationale a rejeté les amendements prévoyant une exonération de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA) pour les ressortissants du régime étudiant de Sécurité Sociale après avis défavorable du gouvernement. En d’autres termes, les étudiants ne seront pas exonérés de la taxe sur les mutuelles. Pas tout de suite, en tout cas.

De façon générale, certains étudiants n’hésitent pas à cumuler petits jobs et études pour arrondir leurs fins de mois. Avec plus ou moins de succès – en témoigne le cas d’Amandine, dont la double-organisation a eu raison de sa L3 :

« Je suivais un double cursus à Lyon, ce qui me demandait déjà pas mal de temps. Quand je me suis mise à travailler en tant que serveuse à mi-temps, j’étais heureuse et me sentais bien organisée : j’ai pu demander moitié moins d’argent à mes parents. Puis, quand mon frère est entré en école de commerce, mes parents m’ont complètement coupé les vivres. J’ai discuté  alors avec mon boss, qui a accepté de me donner plus d’heures. Je rentrais chez moi lessivée, je manquais des cours, et même si on me donnait les polycopiés après coup, je n’ai pas réussi à rattraper tous les amphis. J’ai dû redoubler. Et je l’ai très mal vécu, d’autant plus que j’avais toujours été bonne élève. »

Mais les étudiants ne sont pas les seuls à faire les frais d’un faible budget mensuel. Alexandre, jeune diplômé d’une école d’attaché de presse depuis moins de 6 mois, raconte :

« C’est drôle comme quand tu cesses d’être étudiant, tu réalises qu’on arrête tout net de t’aider dès que tu as terminé tes études. J’avais droit à toutes les réductions du monde, maintenant je dois tout payer comme si je gagnais déjà ma vie. La RATP va bien saigner mon budget, cette année ! Et concernant la carte 12/25, y’a pas de quoi tant se réjouir que ça. La SNCF ne prolonge son offre que d’une année. Je connais des parents qui vont recevoir un peu moins souvent la visite de leur fils dès l’année prochaine… »

En effet, comme le note L’Expansion : « Le nom de cette nouvelle carte [est jugé] trompeur. De fait, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la carte 12-27 ne rallonge pas de deux ans la carte 12-25, mais seulement d’une année. Ainsi, la carte 12-25 était renouvelable jusqu’à la veille des 26 ans, et courait donc jusqu’à la veille des 27 ans. Or, cette nouvelle carte ne sera pas renouvelable jusqu’à la veille du 28ème anniversaire, mais du 27ème. En clair, les jeunes ne gagneront qu’un an par rapport à la précédente carte. »

Mais la crise n’a pas raison de tous vos projets, puisque vous êtes un certain nombre à essayer d’être débrouillards :

– Coucou, j’ai 2 ou 3 choses à revendre

 Virginie, étudiante en langues, livre ses petites astuces :

« J’ai arrêté d’acheter des fringues neuves tous les mois et j’écume maintenant les vide-greniers. Concernant mes repas, je m’astreins à une organisation méthodique : une liste de courses bien pensée, de façon à ne pas trop vite céder à la tentation du traiteur d’à côté. Pour le reste, j’économise assez pour m’accorder un budget loisirs, mais toujours en restant maligne : en vacances, je dors chez l’habitant grâce au CouchSurfing et si je dois prendre l’avion, j’achète toujours mes billets le plus tôt possible et ne voyage qu’avec les compagnies low-costs ».

Paniers AMAP pour des légumes plus frais et moins chers qu’au Franprix, iDbus (lancés par la SNCF) et Eurolines au lieu du train, LeBonCoin.fr au lieu des meubles tout neufs de chez Ikéa, vide-greniers pour revendre des objets inutiles et se faire un peu d’argent, Gibert Joseph pour acheter ses livres scolaires à moindre prix…  S’il y a bien une chose que la crise génère, c’est au moins un peu d’imagination chez les plus débrouillards – s’il fallait conclure sur une note positive.

— Merci à tous ces étudiants et jeunes diplômés que j’ai alpagués samedi soir dernier dans un bar à Ledru Rollin, et qui ont bien voulu discuter avec moi de leurs budgets. 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ephialtès.
    Ephialtès., Le 3 novembre 2012 à 11h34

    @Antigone. J'ai déjà entendu ça moi aussi mais je t'assure que dans certains cas la bourse est essentielle. Pour moi par exemple, je reçois 400€ de bourse par mois, enfin un peu moins (je crois que c'est le maximum) et en ce moment je ne l'utilise pas pour faire du shopping, crois-moi. J'ai 300€ de loyer à payer + les courses où j'arrive facilement à 150€ par mois + quelques petits extras à côté (boire un verre, etc..) et je n'ai aucune aide de mes parents ! Donc chaque mois je suis à découvert, ce qui fait que le découvert est pris sur ma bourse du mois suivant, c'est un cercle vicieux.. :erf:

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