Les déclics féministes de Josefina, jeune étudiante argentine

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Esther a rencontré Josefina à Buenos Aires. Elles ont parlé de féminisme, de leurs déclics, et ça a été l'occasion de dresser beaucoup de parallèles entre l'Argentine et la France.

Les déclics féministes de Josefina, jeune étudiante argentine
madmoiZelle en Argentine

Esther est partie recueillir les témoignages des jeunes femmes de plusieurs pays, à travers le monde, avec une attention particulière portée aux droits sexuels et reproductifs : liberté sexuelle, contraception, avortement.

Elle a déjà rendu compte de ses rencontres avec des Sénégalaises, puis avec des libanaises, elle a aussi suivi les débats sur l’avortement en Irlande et sa quatrième étape l’a menée en Argentine !

Tu peux suivre au jour le jour ses pérégrinations sur les comptes Instagram @madmoizelledotcom et @meunieresther, avant de les retrouver ici bientôt !

Josefina m’a donné rendez-vous dans un café, tout près de son école. Je ne vous cache pas qu’elle me fait une fière chandelle en m’offrant de discuter en anglais, car même si je peux me débrouiller en espagnol, c’est nettement moins fluide.

L’anglais, tout le monde ne le parle pas à Buenos Aires, loin de là, mais elle est en école de traduction et d’interprétation alors forcément, ça aide.

Josefina n’est pas née dans la capitale, elle a grandi dans la campagne non loin de là, mais elle y fait ses études et elle est professeure en parallèle.

« J’ai de la chance, comparé à mes amies je fais un job que j’aime. »

Tout le monde travaille et étudie à la fois ici, mais elle a trouvé une place dans son emploi du temps pour moi.

« Je ne sais pas pourquoi j’ai fini par choisir des études de langues. J’aimais trop de choses différentes, de l’architecture à la biologie. »

C’est sans doute sa curiosité pour d’autres cultures qui l’a convaincue d’emprunter cette voix.

Retrouver sa liberté

Au fur et à mesure de notre discussion, je me rends compte qu’elle a des aspirations qu’elle qualifie de « différentes » de celles de la majorité des gens de sa classe d’âge.

« Ici, beaucoup de gens cherchent un travail, veulent une maison et se marier. Mais je me sens tellement loin de ça !

Je suis partie en Allemagne en février pour un échange. Ça a été une révélation sur la liberté dont j’avais besoin.

J’ai rompu avec mon copain car je me suis aperçue que je ne l’aimais plus, ou pas. J’ai envie de continuer à voyager et je crois que ça m’a fait remettre en question le standard de la relation exclusive aussi. »

De là, s’est engagée une discussion sur beaucoup de prises de conscience qu’a eu Josefina ces dernières années.

« Je ne sais pas, je m’étais toujours dit que c’était normal mais finalement, comment peut-on attendre d’une seule personne qu’elle réponde à tous ses besoins ? En particulier quand on est très loin ? Et est-ce que le sexe et l’amour ne sont pas deux choses différentes ? »

Des prises de consciences féministes en cascade

Cette « révélation » au sujet du couple et des standards qui vont avec a suivi l’éveil féministe de Josefina.

« Aujourd’hui ce n’est pas difficile pour moi de dire que je suis féministe mais ça l’a été longtemps face à ma famille. Ils ne prennent pas cette lutte au sérieux, ils pensent que j’exagèrent.

Ce que j’entends beaucoup c’est que le vrai féminisme, c’était celui « d’antan », qu’aujourd’hui nous n’avons plus de vraies raisons de nous battre. »

Mais depuis qu’elle a commencé ses études, grâce à des professeurs qui lui ont fait faire beaucoup d’analyses de textes critiques et féministes, elle a en réalité trouvé de nombreuses raisons de se battre.

« Il y a tellement de choses qu’on a acceptées pendant longtemps, alors qu’on ne devrait pas avoir à les subir.

Mon père par exemple me disait souvent de ne pas aller promener mon chien en jupe – c’était une jupe d’école ! – il considérait que c’était trop court.

Et beaucoup d’hommes me regardaient quand je rentrais de l’école en effet, mais pour moi ça faisait partie des inconvénients de la vie, je ne l’avais jamais analysé. »

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Elle peut citer des tas d’exemples de ces premières prises de conscience qui l’ont poussée à se qualifier aujourd’hui de féministe.

« Quand j’ai demandé à ce que mon premier copain vienne dormir à la maison, ma mère voulait absolument lui faire un lit séparé du mien, alors que mon frère dormait dans son lit avec sa copine. Et la seule raison était qu’il était un homme.

Ou bien mes profs qui m’ont parfois dit de me « comporter comme une femme », de « m’asseoir comme un femme », que je n’étais pas « assez femme ». »

Comme si c’était le plus important lorsqu’on est là pour apprendre.

Josefina, féministe depuis toujours ?

C’est donc en arrivant à l’université que Josefina a pu donner un nom au féminisme, mais elle avait déjà des idées qui y correspondaient au lycée, sans les avoir pour autant labellisées ainsi.

« Je n’ai par exemple jamais aimé l’esprit de compétition qui est imposée aux femmes. Le fait qu’on se critique beaucoup, qu’on se batte pour des mecs…

Quand j’ai pu mettre le mot « sororité » dessus, ça a été beaucoup plus facile à expliquer et à défendre ! Et ça fait du bien maintenant, de voir que de plus en plus de personnes s’approprient cette notion. »

Josefina se félicite d’avoir laissé derrière elle un grand nombre de stéréotypes.

« Même dans le langage, nous avons ces insultes différentes, les pires sont à destination des femmes qui assument et vivent leur sexualité ou bien des personnes LGBT+.

Nous avons ce mot, « puta », au féminin ça veut dire salope, pute. Mais « puto », on ne l’utilise pas pour un équivalent masculin : c’est une manière insultante de désigner un homme gay. »

Cela me rappelle tout à fait la dichotomie entre les significations de « salope » et de « salaud » en français.

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Faire progresser les idées féministes dans l’opinion publique

Elle se ravit des proportions qu’ont pris les luttes féministes ces dernières années dans son pays, et en particulier du mouvement qui s’est mis en place pour conquérir le droit à l’avortement.

« Avant on débattait du fait que ce soit bien ou mal, maintenant la question c’est « est-ce légal ou non ? ».

J’ai le sentiment de faire partie de quelque chose, qu’on ne me prend plus pour une folle comme c’était le cas il y a 2 ou 3 ans quand je disais que j’étais féministe.

Ma petite sœur qui pensait que je perdais la tête défend aujourd’hui la même cause que moi et je suis heureuse d’avoir pu ouvrir, en particulier dans notre famille, un certain nombre de portes qu’elle n’aura pas à pousser. »

J’ai adoré cette discussion avec elle, parce que je me suis retrouvée dans beaucoup de choses qu’elle décrivait. J’ai moi aussi eu le sentiment que le féminisme se démocratisait en France, en Europe, dans le monde en général ces dernières années.

L’une comme l’autre retrouvons désormais à nos côtés dans ce combat des gens qui il y a quelques années, nous catégorisaient « féministe relou ».

Continuer de défendre les droits des femmes, partout

Mais l’une comme l’autre aussi, nous pouvons nous féliciter des progrès accomplis tout en restant très conscientes que le chemin est encore long avant d’atteindre l’égalité.

« Tout le monde n’a pas eu ma chance de faire des études ici. En Argentine, il y a des gens dans certaines régions qui ne savent pas ce qu’est qu’un préservatif.

Et c’est pour ça que nous avons besoin du féminisme et de ces lois progressistes : pour que ces femmes, à qui il faut bien sûr donner accès à l’information, puissent avorter en attendant que tout le monde soit éduqué. »

Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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