Les hommes victimes de violences sexuelles ne sauraient pas les identifier

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Certains hommes sont victimes de violences sexuelles. Mais les stéréotypes de genre les empêchent souvent d'identifier ce qui leur est arrivé, de poser des mots dessus.

Vous le savez depuis un bout de temps : madmoiZelle, Mymy en tête, a pris à bras-le-corps les questions liées à la masculinité, avec la conviction que ces sujets sont bien liés aux préoccupations féministes.

Regarde cette vidéo pour en savoir plus !

Cette semaine, le sujet est épineux, brutal et douloureux : nous allons causer des garçons et hommes victimes d’agression sexuelle, de leurs vécus et ressentis.

Parlons des hommes victimes de violences sexuelles

Dans un papier fort fort intéressant à ce propos pour The Cut, la journaliste Peggy Orenstein partage d’entrée une crainte qu’elle n’est pas la seule à avoir.

Est-ce que mettre en lumière les agressions que subissent les garçons pourrait distraire « le public » des agressions que subissent les filles ?

La journaliste déroule le fil de sa pensée :

« Peut-être que c’est le contraire.

Après tout, l’idée que tous les garçons sont sexuellement insatiables, inaptes au refus, au regret, à la blessure renforce une idée rétrograde de la masculinité.

Pis encore, si un garçon est censé nier sa propre agression… comment peut-il ressentir de la compassion pour (ou même reconnaître) celle d’une fille ? »

En échangeant avec des garçons et jeunes hommes, Peggy Orenstein s’est aperçue que le sujet était particulièrement délicat – être « un homme » et être victime d’une agression sexuelle serait quasi incompatible…

Des recherches sociologiques sur les hommes victimes de violences sexuelles

La journaliste évoque une recherche sociologique menée par Jessie Ford.

La chercheuse a interrogé 80 étudiants et étudiantes hétéro (40 hommes, 40 femmes) et 35 autres non-hétéro à propos de leurs expériences sexuelles « non désirées ».

La première chose que Jessie Ford remarque, c’est que les femmes interrogées reportent un spectre « d’incidents » plus large (des insultes dans la rue jusqu’au viol).

Près de 20% des hommes participant à la démarche évoquent des expériences sexuelles lors desquelles ils ont été dans l’incapacité de donner (ou non) un consentement (par exemple parce qu’ils avaient bu trop d’alcool).

Comment les hommes perçoivent les violences sexuelles qu’ils ont subies

Pourtant, la plupart d’entre eux semble minimiser les expériences vécues… ou en rient — ce que l’on pourrait percevoir comme deux stratégies d’adaptation au stress.

À lire aussi : Un homme victime de viol s’exprime : « Je ne savais pas que ça pouvait arriver aux hommes »

D’autres encore expliquent qu’une petite voix intérieure leur dit qu’en tant qu’hommes, ils devraient toujours saisir une occasion d’avoir un rapport sexuel…

Ça en dit long sur la nocivité des stéréotypes de genre et la dangerosité de cet état d’esprit collectif, pour les hommes et pour les femmes : refuser une avance, ce serait ne pas « être normal », ou remettre en question sa sexualité.

Une minorité d’hommes victimes reconnaissent la violence vécue

Ces observations rejoignent les constats d’expériences précédentes.

Les chercheurs Widom et Morris (1997) ont noté que seuls 16% des hommes avec un historique d’abus sexuel dans leur jeunesse considèrent ces expériences comme des abus ou agressions.

À titre comparatif, 64% des femmes avec un historique d’abus sexuel dans leur jeunesse considèrent ces expériences effectivement comme des agressions…

Être un homme et être une victime, c’est incompatible ?

Finalement, l’ensemble des scientifiques qui étudient ce sujet font l’hypothèse que se reconnaître victime d’une agression sexuelle, quand on est un homme, pourrait « menacer » le sentiment de masculinité, l’identité masculine.

Pour le stéréotype, un homme, ce serait fort, capable de se battre, toujours partant pour une expérience sexuelle.

Et la difficulté de reconnaître que l’on a vécu une agression pourrait avoir des conséquences en chaîne : comment chercher (et trouver) l’aide, l’accompagnement, le soutien dont on a besoin si l’on ne considère pas avoir vécu une agression ?

En somme, nous avons tous et toutes le poids des stéréotypes de genre et des normes culturelles et sociétales sur les épaules.

Même si, bien sûr, le poids n’est pas le même pour les femmes et pour les hommes, les blessures qui ont découlent sont sans doute les deux faces d’une même problématique.

Commentaires
  • Olduvaï
    Olduvaï, Le 16 septembre 2018 à 16h08

    Ca ne m'étonne pas non plus. En plus du rapport à soi même (l'idée qu'en tant qu'homme, ça ne peut pas nous arriver et La remise en cause de sa propre masculinité ainsi autres raisons citées dans l'article), il y a aussi le fait que les récits sont encore moins bien reçues et entendues par l'entourage, qui participe souvent à cette minimisation et à ce sentiment général.

    J'ai connu des mecs violés dans leur adolescence par des hommes adultes, et quand ils ont le courage de raconter ça à leur famille, les réactions sont souvent de l'ordre de la moquerie teinté d'homophobie du type "aha, tu plais aux hommes".
    Hilarant, n'est-ce pas ? :|

    Y'a aussi un réel manque d'écoute de ses propres envies chez les filles comme chez les garçons je trouve.
    Dans mon adolescence on m'a beaucoup dit de ne pas commencer "avant d'être prête", mais je crois tout de même que ce n'est pas suffisant et que la pudibonderie qui entoure ces faux conseils empêche souvent d'être plus précis à propos de ce "être prêt" qui ne veut pas dire grand chose en lui même.

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