Le froid et ma dépression saisonnière – Chroniques de l’Intranquillité

Cette semaine, le froid ayant engourdi sa carapace légendaire, Ophélie nous fait part de son petit point faible et analyse le pourquoi du comment.

Le froid et ma dépression saisonnière – Chroniques de l’Intranquillité

Au quotidien je suis susceptible sur de nombreux sujets et la meilleure façon de ne pas m’énerver continuellement est simplement d’éviter ce qui pourrait causer mon agacement.

Alors, j’esquive souvent les situations problématiques mais il y a quelque chose auquel je suis infiniment sensible, je n’en parle jamais, c’est mon talon d’achille.

Je peux tout surmonter dans la vie, je suis une super-héroïne moderne comme toutes les femmes tendent à l’être aujourd’hui mais au fond de moi, je sais que quelque chose d’incontrôlable me domine, une entité sur laquelle je ne peux avoir aucune emprise et qui me soumet à ses passions.

C’est peut-être cela qui m’agace autant, la suprématie totale que cette chose a sur moi. Alors je n’en parle pas trop, je fais comme si cela m’indifférait car je ne veux pas avoir l’air faible et trivial mais voilà, il faut que je l’admette aujourd’hui : chaque hiver, je suis la malheureuse victime d’une dépression hivernale qui m’attaque dès novembre lorsque le jour décline, et le reste de l’année je suis seulement obnubilée par les mouvements climatiques vicieux.

Comme dans chaque analyse, lorsqu’il est question de dépression, je vais tout d’abord vous parler de ma mère qui m’a transmis son obsession des phénomènes météorologiques.

Depuis ma plus tendre enfance, chaque début de soirée commençait par un inventaire précis de toutes les météos annoncées par toutes les chaînes télé, dieu merci à cette époque la TNT n’existait pas et nous ne captions que les six chaînes hertziennes.

Évelyne Dhéliat rules the world

Sinon nous sommes en droit d’imaginer que la soirée entière aurait pu être occupée par un consciencieux zapping sur toutes les chaînes du câble afin de se créer un barème météo personnel qui aurait regroupé les informations données par chaque média (les informations prises en compte sont celles qui s’accordent le mieux avec notre humeur).

À titre personnel, j’ai décidé de croire en un été permanent – hélas je suis
souvent déçue.

Heureusement, en ces temps moyenâgeux la télévision se suffisait à Evelyne Dhéliat et Catherine Laborde et nous survivions dans l’expectative d’une averse en pleine après-midi ensoleillée.

Les séquelles de cette éducation sont désormais ancrées en moi, j’ai horreur du froid, de la neige, du vent, de tout ce qui pourrait perturber mon climat intérieur.

Le frimas actuel nécessite donc bien une chronique, j’intranquillise à chaque pas dans le verglas, j’ai d’ailleurs un souvenir traumatique de classe de neige :

Une journée à tomber sur les fesses et à traîner dans une combinaison humide sous le regard sadique d’un moniteur impatienté. Je me souviens encore de l’attente fébrile devant les tire-fesses où l’on attendait pendant une demie-heure en file indienne pour le plaisir de slalomer entre deux Jean-Claude Dusse sur une piste dangereusement escarpée en environ trente-six secondes.

Les sports d’hiver me laissent de glace (c’était facile, je vous l’accorde). Je suis tout aussi hermétique face aux jeux hivernaux; les bonshommes de neige sont inquiétants sous leurs airs extatiques et leur vicieuse carotte plantée à la place du nez.

Je passerais sous silence les boules de neige reçues en pleine face, la buée dans les lunettes et la gadoue dans les bottes. Je déteste le froid et j’envisage d’arrêter de fumer à chaque cigarette sur mon balcon (je suis sûre qu’on acquière de la volonté par
la répétition; pour l’instant j’entraîne ma motivation).

Heureusement, j’ai remarqué que j’étais loin d’être seule dans mon hyper-sensibilité climatique. Il n’y a qu’à voir les gros titres des journaux télévisés (je les regarde, parfois, entre deux météos).

Duplex enneigés à la télé

On transforme les journalistes en Miss Météo et des duplex à Trifouillis-les-Oies sont organisés sur la poudreuse en bordure d’autoroute : un scoop est annoncé; des bouchons se forment en raison d’importantes chutes de neige en Février. L’incongruité de la nouvelle semble épater le pays tout entier.

Un dossier spécial Glagla est monté par chaque rédaction de France (mais pas de Navarre, la région vient de disparaître sous la neige, nous sommes sans nouvelles). Des mois qu’on retenait nos plaintes; en soldes nous n’avions acheté que des robes à fleurs et les vilains frimas nous font prendre d’assaut les lainages à -50%.

On ne l’avoue pas trop mais on compatit un peu plus aux victimes ukrainiennes du froid polaire que celles des massacres syriens. On ne l’avoue pas trop mais le réchauffement climatique de Nicolas Hulot, nous l’attendons de pied ferme sans y croire tout à fait.

On est un peu méchants mais ce n’est pas notre faute, c’est le vent qui rend fou, le froid qui engourdit nos sensibilités, la neige qui nous confine dans notre trois pièces mal isolé.

Hey, j’habite dans le Sud, une ville que l’on dit chaleureuse et le froid paralyse autant nos coeurs que notre organisation urbaine : il faut que ça cesse. Je sais que nous sommes nombreux à nous préoccuper de ce drame saisonnier et qu’ensemble nous nous battrons contre cet apocalypse précoce. En attendant, nous mangerons de la raclette, dans l’attente d’un merveilleux printemps.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Chaïka
    Chaïka, Le 6 février 2012 à 11h36

    Aruyn C'est vrai que le rapprochement froid -> dépression hivernale est assez vite fait, mais je pense effectivement qu'Ophélie a décidé de prendre de la distance par rapport à ça, parce qu'entre nous un article où elle aurait fait jouer les violons d'un bout à l'autre n'aurait pas été très marrant à lire.

    Mais faut avouer que cet hiver est particulièrement pourri. Si j'étais américaine, je lui ferais un procès.

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