Ó Patria Amada Brasil : le Brésil par une Franco-Brésilienne

Pondu par Thaïs M. le 2 décembre 2012     

Thaïs est Franco-Brésilienne, et aujourd’hui elle vous fait découvrir son pays maternel, qu’elle adore !

Certains naissent avec un don pour la peinture, d’autres avec le quotient intellectuel d’Einstein. Moi, j’ai eu l’incroyable chance de naître avec une double nationalité.

Une mère brésilienne, un père français et une rencontre dans les airs

Ma mère, jeune Brésilienne aux longs cheveux bruns et bouclés, avait quitté sa terre natale après de multiples emprunts et beaucoup d’effort pour réussir à réunir les fonds afin de vivre et travailler à Londres. Mon père, jeune homme d’affaires du nord de la France, parcourait le monde entre réunions et rendez-vous avez des clients étrangers. Un jour, ils se sont retrouvés dans le même avion – un vol Rome/Paris – et mon futur père a aidé ma future mère à hisser sa valise dans le compartiment à bagages.

Quelques années plus tard, je suis née. Et s’il y a bien une chose dont je suis fière, c’est d’avoir en moi un peu de la France et un peu du Brésil, deux cultures si différentes et incroyables que j’aime profondément.

En ces temps où l’on entend de plus en plus parler du Brésil (Coupe du Monde de football, Jeux Olympiques…), je vais essayer, en tant que Franco-brésilienne ayant passé tous ses étés là-bas depuis ses vingt années d’existence, de vous dresser un portrait authentique de ce pays fascinant.

Au Brésil, la famille, c’est sacré

Ma mère est issue d’une famille de dix enfants qui ont chacun eu plusieurs enfants. Autant vous dire que ça fait du monde et que la famille a une très (très, très, très) grande importance. Je suis moi-même extrêmement proche de mes cousins avec qui je garde contact tout au long de l’année et qui comptent parmi les personnes les plus importantes dans ma vie.

Là bas, le dimanche c’est sacré. Tout le monde se réunit autour d’un énorme déjeuner, on voit défiler les oncles et les tantes, les frères et les sœurs, les cousins et les cousines, les parrains et les marraines… Chaque année je découvre un nouveau membre de la famille, une nouvelle grand-tante ou un cousin éloigné. Cette importance donnée à la famille est l’un des aspects que j’apprécie le plus au Brésil et qui me manque beaucoup en France.

Ó Patria Amada Brasil : le Brésil par une Franco Brésilienne flag

Le Brésil est un immense pays à la population très métissée. Mais une chose est sûre : du Nord au Sud, c’est un peuple très chaleureux et accueillant. Une illustration toute simple : l’été dernier, nous avons été hébergés chez une vieille cousine éloignée de ma grand-mère, inconnue jusqu’alors, qui nous a accueillis dans son petit appartement de 60m² à Rio, portant le nombre de personnes à dormir là-bas à 9. Notre charmante hôtesse a trouvé un endroit pour dormir à tout le monde et sa fille a pris deux jours de congé au travail pour nous accompagner lors de nos visites.

Là-bas, c’est un plaisir d’aider, une joie d’accueillir et un bonheur de partager. Les Brésiliens ont l’esprit de fête et ce quel que soit leur âge ! Parfois j’ai même l’impression d’être plus sérieuse que mes oncles alors que je suis la première à sauter sur l’occasion lorsqu’il s’agit de s’amuser.

Entre diversité, métissage et racisme

À côté de cela, il y a bien entendu des aspects un peu moins reluisants, comme partout. Il y a deux ans j’ai même été choquée par le comportement de certains Brésiliens. Je me souviens qu’en classe de Terminale, mon professeur de géographie nous avait affirmé que, malgré la diversité du peuple brésilien, le racisme n’existait quasiment pas. J’ai eu la désagréable surprise de découvrir que c’était totalement faux.

Tout d’abord, il existe un réel racisme anti-noirs. Il est très difficile pour eux d’accéder à des postes importants et le chemin pour combattre les préjugés est encore long. Mais, j’ai été encore plus surprise de constater qu’il existe également un racisme envers certaines régions du Brésil.

Ma mère vient du Nordeste et je passe toutes mes vacances dans le Maranhão, un des États les plus pauvres du Brésil. Lors des dernières élections présidentielles en 2010, j’ai assisté sur Twitter à une explosion de propos racistes envers les habitants du Nordeste. Bien que l’ex-Président Lula ait fait énormément de bonnes choses pour le Brésil, tous les problèmes liés à la corruption ont terni l’image de son parti. Alors, quand Dilma Rousseff, « disciple » de Lula, a été élue, certains habitants des États les plus riches ont estimé que c’était la faute des Nordestinos. Ceux-ci se sont alors faits traiter d’idiots, de pauvres incultes, de misérables noirs qui voulaient continuer à se faire voler, etc…

Ó Patria Amada Brasil : le Brésil par une Franco Brésilienne racismebresil

« Faites une faveur à São Paulo, tuez un Nordestino en le noyant. »

Heureusement, les témoignages virulents critiquant toutes ces insultes ont été plus nombreux que les insultes elles-mêmes et certains Brésiliens aux propos racistes ont été sanctionnés. Ainsi, le racisme au Brésil est une réalité mais la mobilisation pour lutter contre ce phénomène méprisable ne cesse de s’accroître.

Divertissement, telenovelas et pression social

Un des aspects tout à fait particulier des Brésiliens est qu’ils sont très friands de divertissement (un peu comme les Américains). Le journal télévisé transmis sur la plus grande chaîne locale, la Globo, n’est qu’une énorme mise en scène relatant les derniers événements, plus ou moins importants, dans le but d’émouvoir les téléspectateurs avec parfois de simples faits divers.

Cette course à l’émotion se retrouve beaucoup dans les novelas, sitcoms extrêmement populaires et regardées par la grande majorité de la population. Les derniers épisodes d’une novela font souvent autant d’audience qu’un match important de la Seleção. Voici un extrait de la novela ayant fait le plus de succès cette année. Le personnage de Carminha a créé un véritable engouement dans tout le pays, notamment à cause de ses crises de folie.

Toute cette industrie du spectacle a créé chez certain-e-s Brésilien-ne-s l’envie de vivre suivant le modèle des novelas. Il est parfois très difficile d’avoir une vie privée car beaucoup se sentent obligés de juger ou donner leur avis. Dans la plupart des familles, il est très mal vu de dormir chez son copain. Généralement, les jeunes vivent chez leurs parents jusqu’au mariage et le sexe à la maison est souvent perçu comme une mauvaise chose, voire un manque de respect. Et c’est là que se trouve l’un des plus grands paradoxes du Brésil : on voit du sexe partout, on parle sexe, on respire le sexe et pourtant, quand cela nous concerne, il faut rester très discret sur le sujet.

Les jeunes ne font pas l’amour chez eux, ils vont dans les motels qui sont très répandus là-bas et où l’on peut trouver des suites thématiques en tous genres. Par exemple, le motel Le Baron de São Luis propose une suite « avion » :

Ó Patria Amada Brasil : le Brésil par une Franco Brésilienne lebarn

Si l’envie vous prend, vous pourrez toujours monter au septième ciel en restant bien au sol.

Les femmes portent les plus petits bikinis au monde mais jamais vous ne les verrez topless sur la plage. Si on couche avec quelqu’un sans être en couple avec cette personne, on se fait rapidement insulter par les mauvaises langues. Pourtant, j’ai rarement autant entendu parler d’infidélité qu’au Brésil, et ce quelque soit l’âge des personnes concernées.

La population brésilienne a de multiples facettes et je pourrais vous la décrire pendant des heures et des heures. Simplement, pour la comprendre et l’apprécier à sa juste valeur il faut plonger au cœur de la ferveur de la vie brésilienne.

Le Brésilien est fier, fier de sa culture, de ses combats, de son progrès, de ses richesses, de son pays. Le Brésilien est souvent optimiste, joyeux, décidé, festif et souriant. Le Brésilien sera surtout très heureux de vous accueillir, vous jeune Française avide de découvrir les richesses d’un pays aux mille couleurs, aux mille odeurs, aux mille sons.

À bientôt pour une nouvelle facette de la vie au Brésil !

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. Lae75Lae75

    Le 03 décembre 2012 à 17:07

    Posted by Donowitz
    Oh merci beaucoup pour ce papier !

    Je suis Française mais j'ai passé près de 4 mois l'an dernier dans une famille brésilienne à Belo Horizonte et meu Deus, j'ai vécu tout ce que tu dis dans cet article et ça me rappelle énormément de souvenirs !

    J'ai jamais rencontré des gens aussi positifs, joyeux, comme tu le décris si bien dans le dernier paragraphe. C'est tellement ça.

    Par contre, le passage sur le racisme, je l'ai pas vécu comme ça. Dans la famille où j'étais, on me disait que le Brésil était un pays où le racisme n'était pas super présent ou en tout cas, peut-être beaucoup moins qu'en Europe (ou alors j'étais entourée de gens très ouverts d'esprit) et que de ce fait, ils avaient beaucoup de mal à comprendre le conflit syrien par exemple.
    Mais je ne savais même pas qu'il y avait un racisme inter-Brésilien en fait (peut-être comme en France avec les gens du Nord, je ne sais pas).

    En revanche, je tuerais pour reboire du guarana là ! :cretin:


    Si tu es sur Paris, je sais ou acheter du Guarana ! Le jour ou je l'ai retrouvée j'étais au aaaanges! Moi c'est pour un bon pastel que je tuerais..
  2. EnliaEnlia

    Le 03 décembre 2012 à 18:02

    Haha punaise, je suis sciée ! La semaine dernière, je parlais du Brésil à une camarade de classe exactement de la même manière, les mêmes thèmes et tout (dans le même ordre, pour bien enfoncer le truc). Ma mère est aussi du Nordeste (de Fortaleza, tout comme celle de Lae75 !) et je retourne enfin voir ma famille cet été, au bout de 5 ans (je ne remercierai jamais assez Facebook).

    Ca me fait mais… SUPER plaisir d'avoir lu cet article. Et c'est tellement le destin (hihihoho) que je me suis inscrite sur Madmoizelle.com exprès pour pouvoir y répondre (et clamer que le Guarana caylebien, si vous avez des bons plans sur Nantes aussi, je prends) \o/
  3. MonilaMonila

    Le 03 décembre 2012 à 20:14

    Salut Thais ! Cet article m'a beaucoup touché, étant moi-même Franco-Brésilienne (maman brésilienne et papa français comme quoi )et ayant vécu une partie de ma vie entre Belém et Sao Paulo. Tout est tellement vrai, l'amour pour la famille, les novelas… Peut-être que j'aurais rajouté la gentillesse des vendeurs qui t'accueillent, tout sourire, avec un "Oi tudo bum?" et la cuisine aussi (churrascaria et puis les noix de cocos introuvables en France <3 ). Encore merci pour cette "plongée" dans ce pays que j'aime tant, je vais être nostalgique le reste de la soirée hahah, et oui tu as raison cette double nationalité est un superbe don ! Beijo xx
  4. AovènAovèn

    Le 03 décembre 2012 à 23:29

    Oh un article sur le Brésil :jv:

    Je trouve l'article vraiment intéressant, ce sont des aspects du Brésil dont on entend rarement parler en France. D'ailleurs, je ne connaissais rien à propos de ce que tu as abordé ici.

    Par contre j'ai entendu parler d'une homophobie très présente, c'est vrai?

    Je pars au Brésil de février à juillet prochain, j'ai hâte et en même temps un peu peur. J'espère que je retiendrai surtout ce qu'il y a de positif :)
  5. DonowitzDonowitz

    Le 04 décembre 2012 à 10:47

    Posted by Aovèn
    Oh un article sur le Brésil :jv:

    Je trouve l'article vraiment intéressant, ce sont des aspects du Brésil dont on entend rarement parler en France. D'ailleurs, je ne connaissais rien à propos de ce que tu as abordé ici.

    Par contre j'ai entendu parler d'une homophobie très présente, c'est vrai?

    Je pars au Brésil de février à juillet prochain, j'ai hâte et en même temps un peu peur. J'espère que je retiendrai surtout ce qu'il y a de positif :)


    J'ai pas trouvé ou alors, j'ai pas fait attention. Je sais que São Paulo est une ville très gay-friendly, presque autant que Rio.
    Par contre, je me souviens que dans la novela de l'an dernier, un des personnages travaillait dans une paillotte sur la plage, avec le drapeau arc-en-ciel accroché dessus, un des employés est gay et à un moment donné, il se fait péter la gueule, bien violemment.

    Néanmoins, aux infos, j'ai jamais entendu parler de crimes ou violences homophobes. C'est peut-être un truc que les médias cherchent à dissimuler.
  6. EnliaEnlia

    Le 04 décembre 2012 à 19:45

    Posted by Aovèn
    Par contre j'ai entendu parler d'une homophobie très présente, c'est vrai?


    Ayant malheureusement eu l'exemple de ce que pouvait donner l'homophobie dans ma famille au Brésil, subjectivement, je ne peux pas dire autre chose qu'un grand OUI. Notamment de la part des hommes hétérosexuels envers les hommes homosexuels. Ca ne s'est pas traduit pas de la violence physique (à moins que mon proche ait caché cela mais je ne crois pas) mais par un rejet assez virulent, du dédain et très certainement de la violence verbale de la part de pas mal de personnes.

    Le sujet est carrément tabou dans la famille, là-bas, en fait. L'homosexualité d'un des membres est quelque chose qui fait honte et qu'il faut cacher… Ca ne me paraît pas vraiment différent de ce qui se passe dans certaines familles en France, néanmoins :/
  7. Ya BishYa Bish

    Le 05 décembre 2012 à 16:11

    Merci beaucoup pour cet article ! :fleurs:
    Je n'ai aucun lien avec le Brésil mais ce pays me fascine depuis toujours. J'apprends d'ailleurs en ce moment le portugais dans le but d'y séjourner / étudier quelques temps et d'arrêter de découvrir le pays par le papier et les images mais plutôt d'y vivre des choses.
  8. AovènAovèn

    Le 05 décembre 2012 à 21:03

    Posted by Donowitz
    J'ai pas trouvé ou alors, j'ai pas fait attention. Je sais que São Paulo est une ville très gay-friendly, presque autant que Rio.
    Par contre, je me souviens que dans la novela de l'an dernier, un des personnages travaillait dans une paillotte sur la plage, avec le drapeau arc-en-ciel accroché dessus, un des employés est gay et à un moment donné, il se fait péter la gueule, bien violemment.

    Néanmoins, aux infos, j'ai jamais entendu parler de crimes ou violences homophobes. C'est peut-être un truc que les médias cherchent à dissimuler.


    Posted by Enlia
    Ayant malheureusement eu l'exemple de ce que pouvait donner l'homophobie dans ma famille au Brésil, subjectivement, je ne peux pas dire autre chose qu'un grand OUI. Notamment de la part des hommes hétérosexuels envers les hommes homosexuels. Ca ne s'est pas traduit pas de la violence physique (à moins que mon proche ait caché cela mais je ne crois pas) mais par un rejet assez virulent, du dédain et très certainement de la violence verbale de la part de pas mal de personnes.

    Le sujet est carrément tabou dans la famille, là-bas, en fait. L'homosexualité d'un des membres est quelque chose qui fait honte et qu'il faut cacher… Ca ne me paraît pas vraiment différent de ce qui se passe dans certaines familles en France, néanmoins :/


    Merci pour vos réponses les filles! Je me posais la question car j'ai un ami brésilien qui m'en a un peu parlé du coup je voulais en savoir un peu plus ;).
  9. silviahsilviah

    Le 19 février 2013 à 01:22

    Posté par monila
    Salut Thais ! Cet article m'a beaucoup touché, étant moi-même Franco-Brésilienne (maman brésilienne et papa français comme quoi )et ayant vécu une partie de ma vie entre Belém et Sao Paulo. Tout est tellement vrai, l'amour pour la famille, les novelas… Peut-être que j'aurais rajouté la gentillesse des vendeurs qui t'accueillent, tout sourire, avec un "Oi tudo bum?" et la cuisine aussi (churrascaria et puis les noix de cocos introuvables en France <3 ). Encore merci pour cette "plongée" dans ce pays que j'aime tant, je vais être nostalgique le reste de la soirée hahah, et oui tu as raison cette double nationalité est un superbe don ! Beijo xx


    Étant moi-même brésilienne du sud (Curitiba) je crois qu'il y a certaine choses qui ne sont pas toujours vrais. Les novelas ne sont pas si populaires, parce que même les plus pauvres ont accès à télévision fermée. La novela citée a fait un grand succès, mais entre un certaine classe social. En 10 ans les novelas ont changé leur focus pour mieux plaire ce qu'on appelle la classe C e D. La nouvelle classe C (on en parle beaucoup dans les journaux) ont déjà la télé par assinature… Franchement, c'est notre meilleur produit nacional, mais il y a presque un préjugé contre ceux qui aiment la novela dans le moyen academique, par example, ou dans un bureau un peu plus serieux. C'est un peu comme les parisien, tout le monde voit la télé, mais personne l'admet .

    (Pardon mon français de brésilienne)
  10. MorraMorra

    Le 09 juin 2013 à 16:17

    Ola! ça m'a fait plaisir de voir qu'il y avait un article d'une franco-brésilienne sur le Brésil. moi aussi je suis franco-brésilienne, et brésilienne du nordeste. de mère brésilienne, de père français.
    et je confirme, c'est un vrai atout d'avoir la double nationalité. au lieu d'être riche d'une culture, on est riche de DEUX cultures, et ça, je ne l'échangerais pour rien au monde.
    paraben Thaïs, seu artigo é bom, e pelomenos dà pra mostrar aos francêses que o Brasil nao é os preconceitos que eles tem, o Brésil é um paìs como outro, com os lados boms e os lados ruim. muito massa.

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