J’ai testé pour vous… être scoute

Irène est scoute depuis qu'elle a 8 ans. Loin des préjugés qu'on peut avoir sur cette association, elle nous en apprend plus sur l'état d'esprit qui y règne !

J’ai testé pour vous… être scoute

Le scoutisme est un mouvement pour la jeunesse instauré par Baden Powell en 1907, un militaire anglais. Aujourd’hui on compte plus de 28 millions de scouts dans le monde, et en 2009 on trouvait 165600 scouts en France.

En France il existe plusieurs associations scoutes, différenciées par leur vision du scoutisme et leurs traditions (religieuses particulièrement).

Pour ma part, je fais partie de la plus grande organisation scoute en France, qui est les « Scouts et Guides de France ». Être scout veut dire : apprendre à vivre les valeurs de la Bible et suivre les conseils de ce gentil Jésus. Plus globalement c’est essayer d’être quelqu’un de bien. Spirituellement cela passe par des temps de réflexions adaptés à chaque âge, et concrètement par des actions : ramasser les ordures, passer une après-midi à jouer au scrabble et à faire de la musique dans une maison de retraite, prendre un thé avec des sans domicile fixe… Ainsi, on apprend à respecter la nature, respecter les autres, se respecter soi-même.

Comment suis-je devenue scoute ?

A l’âge de huit ans, j’ai dû arrêter la danse et la gym à cause de problèmes de genou. Je zonais donc avec ma génitrice aux forums des associations de ma petite ville pour trouver une autre activité. Je me souviendrai toujours de cette drôle de femme, coincée derrière son comptoir, avec sa chemise bleue pleine d’insignes, son foulard étrange et son grand sourire… Enfant timide, je me cachais dans les jupes de ma môman et laissais la gentille madame me montrer des photos de camps. Pour moi, toute petite dernière de la famille, pouvoir jouer avec d’autres enfants de mon âge le samedi après-midi était exceptionnel. Ma maman accepta sans hésiter. Sur le chemin du retour, elle m’avoua qu’elle avait été scoute de ses huit à vingt ans.

Pourquoi suis-je restée aux scouts ?

Enfant, j’étais plutôt renfermée sur moi-même. A l’école primaire, les grands se fichent des plus jeunes, la cour de récré leur appartient. Aux scouts, c’est une « grande » de dix ans qui m’a prise par la main, alors qu’elle ne me connaissait pas, et qui m’a intégrée aux jeux.

Ce que je ne suis pas

Je ne fais pas partie d’une secte, je ne porte pas de béret ni de grandes chaussettes blanches. Je ne remercie pas Jésus toutes les dix minutes, et on ne m’a jamais forcée à aller à la messe. Personnellement, je ne suis pas croyante. Mais la religion reste un élément clé du mouvement. On pousse les jeunes à croire et à respecter la religion. Quand j’étais petite, un de mes chefs m’a donné une solution pour accepter qu’on parle souvent de Dieu. Il m’a dit : « Si tu ne crois pas en Dieu, remplace-le dans ta tête par quelque chose auquel tu crois. La fonction principale de la religion dans le scoutisme est de nous aider à grandir. » Depuis, j’essaye de croire en la paix quand je suis perdue, même si ce n’est pas en fonction de Dieu.

On ne me prépare pas à rentrer dans l’armée, on ne m’attache pas aux arbres toute une nuit pour tester ma force d’esprit. Je ne sais pas construire de cabane. En revanche, j’allume un feu en moins d’une minute et vingt-trois secondes, je sais construire une table avec des perches et un bout de ficelle, et la fabrication d’une plaque de cuisson avec de la boue et du papier d’aluminium n’a aucun secret pour moi.

Je ne me considère pas comme une enfant de Mère Nature, je ne donne pas à manger aux sangliers et je ne communique pas avec les arbres. Cependant, j’essaye de protéger mon environnement en triant mes déchets, en ne restant pas cinq heures sous la douche… Comme vous quoi.

Ce que je suis

Scoute toujours. En l’étant, je prends l’engagement de bien me comporter, et j’essaye de le faire dans ma vie de tous les jours, même si c’est difficile. Le scoutisme m’a accompagnée durant toute ma croissance. Adolescente, il m’a permis de me sentir mieux dans ma peau car personne n’a jamais jugé ce que j’étais, ou évalué mes capacités : j’avais juste à être moi-même. Alors aujourd’hui, en encadrant des plus jeunes, j’essaye de rendre la pareille.
Cependant, cela implique que ma boîte mail soit toujours envahie : jeux à préparer, coup de fil à passer, réunions multiples. Mes samedis après-midi sont souvent occupés par des réunions, il faut faire des sacrifices : « Café en ville avec ma copine que je n’ai pas vue depuis six mois, ou après-midi scoute ? Bon… Après-midi scoute »

Une jeune fille avant tout. Je ne me sens pas en décalage par rapport à mes amis non-scouts. Je sors, je fais la fête, je suis amoureuse. Avec mes copines scoutes, j’ai les mêmes sujets de conversation qu’avec les autres. Extrait de ce qu’on peut entendre dans une tente :

« – Tiens, passe moi ton Closer steuplait, que je m’abrutisse un peu.
– Ouais. Regarde les photos d’Angelina, elle a de la cellulite. Tu t’épiles comment, toi ?
– Bin à l’épilateur pourquoi ?
– Mais t’es une grande malade ! Pourquoi tu fais ça ?
– Euh bin, attends… Oh my god oh my god oh my gooood ! Regarde le texto qu’il vient de m’envoyer, j’réponds quoiiiii ?
– Lui réponds pas meuf, ça cultive le mystère. »

Je vis des instants magiques. Vivre en communauté m’a appris à m’ouvrir aux autres. Les plus beaux instants de ma vie se sont trouvés au coin d’un feu, à partager des pensées intimes et des rires (« Parfois, quand je m’ennuie, je m’épile le maillot en forme de cœur. Toi non? »).

J’ai souvent eu l’impression de mieux connaître les personnes qui sont aux scouts, comme si elles enlevaient leur masque et qu’elles se laissaient vivre, pour un temps au moins.
«Quoi ? Mais pourquoi t’as bouffé du Paic Citron ?
J’sais pas, mais maintenant quand je parle, je fais des bulles ! »

Aux scouts, c’est toujours l’éclate. Rien n’est laborieux : même faire la vaisselle est un moment de plaisir, parce qu’on est ensemble. Aux scouts, on se lâche. Les complexes n’existent plus, on ne se regarde pas le nombril toute la journée. On met la tête dans l’eau puis dans la farine, parce que c’est sale et qu’on s’en fout d’être sale.

Je compare parfois le scoutisme au sport, car on monte des projets entre amis avec un esprit d’équipe fort. C’est comme si on s’entraînait au match toute l’année pour réaliser la compétition à la fin. C’est comme cela que mes années scoutes m’ont permis de faire du vélo avec 200 personnes à deux heures du matin, de construire des radeaux avec des vielles palettes et de descendre l’Aveyron dessus, de passer quatre jours à vivre dans la nature avec 16000 autres scouts du monde entier, de camper dans la Croatie profonde et de découvrir une nouvelle culture : « Si vous entendez des coups de fusils à minuit, c’est normal c’est pour faire fuir les sangliers. Et si une cinquantaine de moutons passe en courant dans votre champ à onze heures du soir c’est aussi normal. Au fait, il y a des taupes, donc si vous sentez des trucs qui vous tapotent le dos dans la nuit, ne vous inquiétez pas. Bienvenue et bonne nuit ! » (dit dans un anglais-croate-allemand-italien douteux).

Pour conclure

Je n’essaye pas de dire que le scoutisme est un mouvement adapté à toutes les personnes, que c’est la meilleure chose du monde et qu’on va venir sauver la société de sa déchéance. Il a aussi des défauts et je ne suis pas d’accord avec tous les éléments. La pédagogie est en constante évolution, afin qu’elle soit adaptée à chaque génération, pour que les jeunes de notre société s’y reconnaissent.

Mais je suis convaincue que ce ne sont pas des lois ou des écrits qui régissent le scoutisme : je pense que chaque scout dans le monde est une pierre à l’édifice, et qu’il vit à travers eux. Le scoutisme est un engagement personnel. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de le vivre, chacun le fait comme il peut.

Cet été, avec quatre amies, je réalise l’accomplissement de mes années de scoutisme. On se retrouve en septembre avec l’histoire de mon projet.

>> Le site des Scouts et Guides de France

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Scarlett OH!
    Scarlett OH!, Le 23 juillet 2016 à 11h45

    Question 20 000 ans plus tard: ça fait quelques mois que l'idée de devenir cheftaine me trotte dans la tête (de ce qu'on m'a dit, on n'est pas obligé d'avoir été scout avant, ni d'avoir le bafa...) A la rentrée j'attaque aussi mon M1 et du coup je voulais savoir ce qu'il en était niveau temps d'engagement ? 10 heures par semaine, 2 heures? Que je me rende compte un peu (sachant que j'ai aussi un amoureux qui vit loin de moi et que je vois peu...). Merci les madz!

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