Comme Anthéa, 9 ans, les enfants sont sur YouTube (et ce n’est pas grave)

Anthéa poste des vidéos sur YouTube à seulement 9 ans. Une initiative à encourager ou bien à réprimer ? Une problématique qui a fait débattre la rédaction, et qui devrait vous faire réagir également.

Comme Anthéa, 9 ans, les enfants sont sur YouTube (et ce n’est pas grave)

Anthéa a neuf ans, poste des vidéos sur YouTube et comptabilise déjà 130 000 abonné•e•s après un peine un mois sur la plate-forme. Quand j’avais neuf ans, avec mes copines on jouait à la Star Ac, parodiant les Jennifer, Elodie Frégé ou Georges Alain (je n’oublierai jamais l’épisode de la porte cassée).

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La différence entre Anthéa et moi-à-neuf-ans, c’est que les gens dont j’étais fan passaient à la télé ou dans les magazines, des médias inaccessibles à mon niveau. Internet restait assez peu utilisé sinon pour envoyer des « asv ? » sur Caramail (vous même vous savez). Anthéa a grandi avec l’ADSL comme norme et YouTube à portée de main — une plateforme où des stars semblent éclore en un claquement de doigts. De quoi donner envie de se lancer.

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Un tel buzz sur une fille si jeune, ça peut faire peur et ça fait débat. Son histoire ne regarde qu’elle et ses parents, les seuls à décider si elle a sa place ou non sur Internet, mais interroge sur la présence des enfants sur YouTube. Est-ce qu’ils y sont à leur place ? Comment réagir si un enfant de votre entourage souhaite s’y mettre ?

Une chose est certaine, les très jeunes n’ont pas attendu l’approbation de la société pour poster des vidéos sur YouTube.

Des risques surévalués

Est-ce qu’à neuf ans on se rend compte de tous les enjeux d’un telle exposition ? Si j’ai des doutes sur ce point, à partir du moment où c’est légal, c’est la prérogative des parents d’estimer les risques et d’autoriser ou non la présence de leur enfant sur le Web.

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Bien entendu, tout le monde sait que le Net est peuplé de haters et le fait de s’exposer sur YouTube peut être dangereux, quel que soit l’âge. Il n’y a qu’à voir les cas de bad buzz qui ont retenti il y a quelques années — je pense à Amandine du 38, jeune rappeuse adolescente moquée en 2009 par des millions d’internautes, par exemple.

Adèle ta chérie d’amour, 14 ans, a commencé sur YouTube il y a un an, et a aujourd’hui 155 000 abonné•e•s. Elle faisait justement partie de notre « panel » de youtubeuses invitées à discuter avec Mymy des commentaires négatifs. À propos des haters, elle tempère. 

« Les commentaires de haters ne m’ont jamais vraiment posé de problème car ce sont des commentaires non constructifs. Dans la vie, sans être une grosse brute, je suis du genre à ne pas me laisser faire.  Je me suis fait plein d’amis sur Internet… Et je me suis fait embêter. Des gens d’un autre collège sont venus me chercher dans mon collège pour me taper… Heureusement ils n’ont pas réussis à m’atteindre. »

C’est aux parents d’estimer si leur enfant a les épaules pour savoir gérer les commentaires négatifs (quitte à prendre la responsabilité de les modérer eux-mêmes). À eux aussi de filtrer ce qui passe ou non en termes de contenu.

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Adèle ta chérie d’amour

La vie est faite de risque et je suis d’avis qu’il faut parfois encourager les gens à en prendre : on n’apprend pas à faire du vélo sans tomber. Quel que soit son âge, une personne se prendra des commentaires négatifs si elle s’expose sur Internet. On dit que les enfants apprennent plus vite. Alors, ne vaut-il pas mieux apprendre à gérer les haters le plus tôt possible ? 

On ne pense souvent qu’aux risques, mais entreprendre aussi jeune peut permettre de vivre des expériences extraordinaires, comme l’explique Adèle :

« Ma vie a énormément changé. Je considère que j’ai deux vies : une à Nantes d’où je viens, avec la Adèle qui va au collège et fait ses devoirs, et l’autre à Paris, avec Adèle ta Chérie d’amour en tournage dans les vidéos d’autres youtubeurs ou bien qui rencontre des pros. »

Ce n’est pas aux gens qui s’exposent qu’il faut faire la guerre, mais plutôt aux commentaires de haters ! Ça me rappelle drôlement les débuts du débat sur le harcèlement de rue : on conseillait aux filles de s’habiller plus « correctement »… Au lieu d’apprendre aux garçons à ne pas harceler. D’ailleurs, en parlant de harcèlement, de nombreux témoignages prouvent bien qu’on n’a pas besoin de s’exposer sur Internet pour en subir à l’école.

big-harcelement-scolaire-parole-harceleuses

Amy, OrchestreuZ du forum madmoiZelle, est moins à l’aise avec cette évolution sociétale :

« Y a-t-il un intérêt pour Anthéa d’avoir une telle audience à son âge ? De nombreux enfants s’amusent à imiter les adultes, mais cela devient sérieux quand c’est posté sur Internet car ça sort du cercle privé. D’un coup, la personne est projetée dans le monde adulte. Une telle exposition et, de ce fait, une telle vague d’amour si jeune risque de la déconnecter de la réalité et de ce qu’elle est vraiment, d’autant plus si ne lui parviennent que les messages positifs…

Et si elle perd sa notoriété, le danger est qu’elle vive une descente aux enfers, comme de nombreux enfants stars. »

La vérité, c’est que personne ne peut prévoir le futur de ces enfants. Adèle prévoit de devenir comédienne, et YouTube peut l’aider !

La place des parents

Des polémistes n’hésiteront pas à s’exclamer « Mais où sont les parents ?! ». Mais interdire l’accès à YouTube ne me semble pas une solution adaptée.

Mymy, rédactrice en chef adjointe, raconte qu’ado, ses parents lui interdisaient d’avoir un copain… Surprise (NOPE), ça ne l’a pas empêchée d’en avoir ! Par contre elle a dû un peu plus se creuser les méninges pour le cacher et quand ça finissait mal, elle ne pouvait pas partager sa tristesse en famille. Double peine, en somme.

Interdire formellement YouTube c’est un peu comme interdire à Mymy-qui-a-13-ans d’avoir un copain. C’est prendre le risque que l’enfant cherche à se créer une chaîne dans le dos de ses parents. Un geste qui pourrait avoir des conséquences car si problème il y a, ils ne pourront pas se confier. Alors que faire ? Conseiller, sensibiliser ?

La vérité c’est que face aux enfants d’aujourd’hui, on est peut être déjà, du haut de notre vingtaine, des « vieilles connes ».

anthéa2Le youtubeur TotalementTomRéal à ses débuts (245 000 abonnés)

On peut bien évidemment se questionner sur l’objectif des parents autorisant leur enfant à s’exposer sur YouTube. Si c’est motivé par une envie de s’ouvrir socialement, il y a d’autres solutions. De plus, il est possible que les parents encouragent de manière tout à fait malsaine leur progéniture à se lancer, à l’image de ceux qui poussent leurs petites filles à faire des concours de beauté

Adèle nous parle de ses parents :

« Ils sont plutôt satisfait car j’ai de bonnes notes au collège. À partir du moment où j’applique leur conseils (que ce soit faire attention à ne pas poster n’importe quoi ou bien travailler à l’école), ils m’encouragent dans ma vie sur Internet.  

Je leur montre toujours mes vidéos avant de les poster, ils ne m’ont jamais interdit de mettre en ligne quoi que ce soit… Mais ils ont corrigé des fautes d’orthographe ! »

La qualité des vidéos

Quand j’étais petite, j’étais fan de Priscilla Betti. Pas parce que je trouvais qu’elle était fabuleusement douée ou belle, mais parce que je me reconnaissais en elle, car elle avait mon âge. Des enfants stars, il y en a toujours eu et il y en aura toujours.

Si, à nos yeux, voir un enfant raconter sa vie ou faire des sketchs sur la vie en école primaire semble dénué d’intérêt… La vérité c’est que le public, comme les jeunes youtubeurs, existe déjà. Un public sans doute composé de milliers d’autres enfants… Qui ont envie de suivre une Priscilla 2.0.

anthéa21HenGy (anciennement Henri Golant) à ses débuts (59 000 abonnés)

On peut se plaindre d’une qualité souvent médiocre d’écriture et de réalisation (souvent copiée/collée sur les grands youtubeurs), mais il n’y a rien de choquant à débuter avec ce genre de vidéos. Comme Kyan Khojandi et Navo l’avaient dit dans leur conférence sur la créativité, pour commencer à créer, « copier » les codes afin de les adopter peut aider avant de s’en libérer. C’est en pratiquant qu’on apprend. Un•e enfant qui commence à 10 ans à faire des vidéos se retrouve à 20 ans avec une décennie d’expérience. De quoi faire pâlir les pros !

En conclusion…

Si on peut penser à première vue qu’à neuf ans, la maturité n’est pas assez développée pour se rendre compte des conséquences d’un tel acte… La présence des enfants sur Internet n’est plus de la science-fiction et il me semble aujourd’hui primordial de savoir les accompagner sur ce média plutôt que de l’interdire.

Que l’on soit pour ou contre la présence des enfants sur YouTube, la jeune Anthéa nous a permis de nous questionner sur les limites que l’on devra poser à nos éventuels enfants au sujet de leur utilisation d’Internet. Après tout, à quel âge cela deviendrait-il « autorisé » de vloguer (tant que le contenu des vidéos est légal, bien sûr) ?

Et toi, quel est ton avis ? Penses-tu qu’un enfant de neuf ans peut avoir sa place sur YouTube ? Ou, au contraire, qu’il ne devrait même pas y avoir accès ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Pastèk
    Pastèk, Le 9 mai 2016 à 19h52

    J'a vu cette vidéo aujourd'hui et j'ai pensé que ce serait intéressant de la poster ici :)


    EDIT: Parce que en fait ici tout le monde parle de supervisation des parents et tout ça, mais c'est pas vraiment ça le gros problème...
    Le souci c'est quand cet "adulte supervisateur" se transforme en patron d'usine pour se faire des tonnes de fric en exploitant ses gosses! Le danger vient de là, merde!

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