Clémence Bodoc devient la nouvelle rédactrice en chef de madmoiZelle

Oyez oyez, chères lectrices et chers lecteurs, voici une annonce de la plus haute importance ! Prenez place !

Clémence Bodoc devient la nouvelle rédactrice en chef de madmoiZelle

Le 1er octobre prochain, madmoiZelle aura 11 ans. Dix années que j’assure la rédaction en chef de ce magazine. De fait, je n’ai jamais été dans le public ciblé de madmoiZelle, et avec le recul, je me dis que ça a peut-être contribué au succès de mad aujourd’hui. En n’étant jamais impliqué, je n’avais aucune tentation de me dire « la lectrice madmoiZelle, c’est moi » : j’allais au plus simple, je n’écoutais que les lectrices.

Mais ça fait quelques années que je sens qu’il est plus que temps de rendre madmoiZelle à une équipe de madmoiZelles, menée par une madmoiZelle.

Jusque-là, c’était plutôt difficile, notamment pour des raisons financières, mais la création de la régie il y a bientôt deux ans a changé la donne et m’a offert la possibilité « d’investir » dans ce poste.

J’ai rencontré Clém en 2010, après qu’elle m’a envoyé des articles que j’avais trouvés finement écrits. Elle faisait de l’audit dans un immense groupe et elle portait des tailleurs. J’ai senti assez vite qu’elle était à contre-emploi, mais qu’elle avait suffisamment de force pour soulever des montagnes.

Vous connaissez peut-être la suite de l’histoire si vous suivez ses articles sur le milieu de l’entreprise. On a gardé le contact, de loin. Quelques années plus tard, elle m’appelle pour m’annoncer qu’elle est au bout du rouleau. Burn-out complet. Je lui propose, si elle le souhaite, de rebondir chez mad, de retrouver un espace de liberté et d’expression.

Petit à petit, elle a appris le métier, progressé, pris en confiance et a énormément contribué à faire de mad ce que le magazine est devenu aujourd’hui. Il était donc tout naturel pour moi de lui offrir ce poste, MAIS il y avait un mais : Clémence partait pour deux mois en Indonésie, seule, avec un seul sac à dos, pour notamment passer son brevet de monitrice de plongée. Un voyage dont elle disait elle-même qu’elle n’était pas vraiment sûre « de revenir ».

On s’était donc dit un truc : prends le temps de réfléchir, reviens si tu souhaites revenir, ne brusque pas les choses. Mi-juillet, je suis en vacances depuis quelques jours, tôt le matin, j’allume mon tél, je vois un mail de Clémence « Lettre de motivation – Rédactrice en chef ». Je vous en copie-colle un long extrait ici :

Wesh

On est dimanche 17 juillet, le 10ème jour de mon grand voyage, et ça y est, j’ai déjà réfléchi, j’ai déjà décidé de « mon plan » pour les 4 prochaines années. Je sais pas quand est-ce que tu recevras ce mail, parce que je sais pas si je vais réussir à l’envoyer en 3G, et je sais pas non plus quand tu le liras, puisque j’imagine que tu es déconnecté pendant tes vacances. (NDFab : j’ai menti) […]

Je suis partie de Paris avec cette question en tête : de quoi j’ai envie ? — et cette corollaire : et pour combien de temps ? Parce que s’il existait un univers parallèle dans lequel je pourrais travailler pour madmoiZelle et plonger en même temps, je n’aurais pas de questions, que des réponses. Mais cet univers n’existe pas, même pas dans mon esprit, puisque ce n’est même pas une question de géographie : je crois que je serais incapable de partager mon temps entre deux passions. L’une finirait forcément par l’emporter sur l’autre.

J’ai pas eu à réfléchir très longtemps, pour trouver la réponse à mes questions : je rentre à Paris le 6 septembre, je reste chez madmoiZelle, j’ai envie de rester. Et j’en suis pas arrivée là parce que j’ai l’oreille flinguée. Il s’est passé d’autres choses, pendant ce voyage, avant cette petite frustration.

Déjà, dans ce voyage, tout est beaucoup plus facile et naturel que ce à quoi je m’attendais. « How surprising » t’entends-je soupirer à 18 000 km et 6h de décalage horaire d’ici. Oui hein, mais pour moi, c’est quand même une surprise. Déjà ça me fait plaisir, de toujours réussir à me surprendre moi-même, à presque 30 piges, et surtout, cette expérience vient de me téléporter à une année-lumière de ma zone de confort, et WOW : c’est comme si je découvrais un nouveau terrain de jeu.

Assumer la responsabilité éditoriale de madmoiZelle et manager la #DreamTeam (le nom officiel de mon équipe, mais comme pour les handballeurs, je me réserve le droit de trouver un surnom propre à chaque nouvelle génération), ça me fait flipper.

Ça me fait flipper exactement de la même manière que mon départ en Indonésie me faisait flipper. Comme : je sens que je vais m’éclater, même si je sais pas DU TOUT comment ça va se passer, même si j’ai un plan en tête, mais pas trop parce qu’il faut que je reste souple, que je sache m’adapter, qu’il faut que je lâche prise sur plein de trucs parce que tout va pas se passer comme je le voudrais, ou alors il faut vraiment que je planifie sérieusement et rigoureusement les trucs que je veux voir se dérouler sans accroc.

Ouais ça me fout la trouille et ça me donne le vertige, mais ça me fait KIFFER rien que d’y penser, et je pense que je vais rencontrer des problèmes, que ce sera pas tous les jours une partie de plaisir, mais que je vais réussir à gérer quoi qu’il arrive, parce que j’ai déjà les armes pour ça.

Ma première arme, c’est mon état d’esprit. Je sais que je suis capable de trouver le positif et de tirer le positif de toutes les situations. C’est ma colonne vertébrale, un axe central de mon management collectif et individuel, de faire ressortir le positif et le meilleur de chacun•e, de chaque situation. Et de ne pas se laisser abattre, bien sûr.

Il aura fallu que je me retrouve embarquée dans le voyage le plus cher de ma vie, une croisière-plongée sur l’un des plus beaux sites du monde, avec une oreille en vrac, pour me rendre compte que je suis effectivement capable de continuer à kiffer. […]

Mais j’ai demandé de l’aide. Une autre passagère m’a filé des anti-inflammatoires, et j’ai envoyé un mail à un médecin-urgentiste devenu prof de plongée qui m’a formée au secourisme la semaine dernière.

Bon ça c’était la partie où j’avais besoin de me convaincre moi-même que je serais capable d’être rédac chef de mad, ce dont tu semblais déjà convaincu il me semble. Donc je passe plutôt au détail de pourquoi j’ai envie.

Je suis pas sûre de savoir l’expliquer, au fond. C’est même pas la « dette » que j’ai envers mad pour tout ce que le mag m’a apporté, c’est un truc « en positif », c’est l’envie de passer le flambeau à la prochaine génération, d’accroître l’audience et faire grandir le projet. C’est l’envie de toucher encore plus de monde, d’être encore plus drôle, pertinente, rassembleuse. Tout ce dont « mes millions de petites soeurs » ont cruellement besoin par les temps qui courent : un média qui leur parle, les rassure, les détende, les divertisse, les instruise…

Je voulais faire de la politique parce que je voulais « être utile ». C’est un truc qui m’obsède tellement que c’est comme ça que j’ai défini le travail dans mon roman du futur. Mais je n’ai jamais été aussi utile que depuis que je bosse chez madmoiZelle.

Et c’est pas juste une sensation, ni la satisfaction du travail bien fait, parce que souvent, je suis pas satisfaite : c’est Internet, ça va vite, faut aller vite, c’est jamais parfait, ça l’est rarement suffisamment à mon goût. Mais c’est le feedback, les messages, les commentaires, les IRL, tous ces gens qui nous disent ce que madmoiZelle a changé dans leurs vies.

Je pense à tous les gens qui se font insulter, détester dans leur taf, qui parfois, détestent leur taf, et moi je participe à un truc où les gens nous envoient des post-it en forme de coeur par la Poste pour nous dire « merci ». On est à ce point utile. C’est fou.

Je crois que madmoiZelle est le seul « endroit » où l’on convertit les mots en actes. C’est ce que je cherchais en politique, et c’est sur un site Internet que je l’ai trouvé, dans la production immatérielle par excellence ! C’est fou mais c’est vrai. C’est pas juste des mots qu’on publie en ligne, c’est des émotions qu’on transmet, des idées qu’on partage, des mouvements qu’on lance ou qu’on accompagne, des changements qu’on amène…

En 2012, on ne parlait pas de harcèlement de rue, en 2016 le Gouvernement déploie un plan d’action. Ça va encore plus vite à l’étranger mais même chez nous, ça bouge. En 2012, personne ne parlait de viol dans les médias, et il valait mieux pas, vu la façon dont ils en parlaient… En 2016, on n’a plus besoin de lever le petit doigt, la presse s’auto-reprend quand un titre confond séduction et agression.

Il y a encore quelques années, je t’aurais dit « je reste par devoir », parce que j’aurais l’impression de faire un abandon de poste, une trahison, en partant à un moment comme ça. Mais je ne suis plus dans cet état d’esprit.

Je reste par vocation, par ambition, parce que si mad a accompli tout ça pendant sa croissance, de quoi on sera capable dans les années à venir, avec une équipe aussi nombreuse, aussi diversifiée, avec de nouvelles plumes, de nouveaux talents ? Combien de vies on va changer, de meufs incroyables on fera émerger, combien de p’tites jeunes on aidera à réussir ?

J’ai plein de schémas de possibles qui me viennent en tête, pas trop précis, pour laisser toute la place à l’improvisation, pour ne pas se fermer des perspectives, ni risquer de se borner. Pour l’instant c’est flou, mais c’est ce flou excitant, l’ivresse de l’aventure avec la volonté d’être véritablement acteur du destin.

Désormais, je vois l’avenir un peu comme je voyage. Je pars avec un plan, mais je me laisse séduire par les rencontres, et pousser par les vents. Je prends un cap, et j’analyse ensuite le meilleur chemin pour le suivre, en fonction des moyens à ma disposition, et des opportunités qu’il faut chercher et provoquer, en permanence. […]

Il s’est passé un autre truc, pendant ce voyage — qui n’a duré que 10 jours pour le moment ! J’ai rencontré une fille qui a fait un tour du monde en solitaire. Partie avec 18kg sur dos, qu’elle a rapidement réduit à 9 (je savais qu’il fallait que je me limite à 9 !!! damnit !!!), elle s’est offert un an de voyage et de plongées à 25-27 000€.

Elle fait environ ma taille, environ mon poids, et c’est bien la première fois que je rencontre une backpackeuse en solitaire de mon gabarit. (Et de mon âge). On est déjà potes et oui, évidemment, j’ai déjà commencé l’itinéraire, la checklist et le découpage budgétaire de mon tour du monde, bien sûr ! HOW SURPRISING :D

Mais ça, c’est pour l’après mad. Je me donne 4 ans, à fond, à la tête de la rédac, pour écrire une nouvelle ère de cette incroyable épopée qui m’émeut autant qu’elle me fascine. Septembre 2016, septembre 2020… Il sera temps de penser à la suite. Ce sera peut-être une incroyable opportunité pro que je ne pourrais pas refuser. Ce sera peut-être de continuer l’aventure avec toi, sur un autre de tes projets… […]

Mais pas tout de suite, de toute façon. J’ai d’autres voyages à faire. Et le prochain que j’ai envie d’entreprendre, celui qui me tient le plus à coeur, qui me promet les plus belles aventures et les plus grands défis, les rencontres les plus enrichissantes, il commence à Paris.

J’ai envie d’écrire la suite avec toi. Avec Denis, avec Christelle, avec Lucie, avec Mymy, avec les prochaines… Plus je rencontre des gens, et plus j’apprécie la qualité de nos relations, chez mad.

Voilà ce que j’ai écrit d’une traite, sous la lune, hier soir. Là, on est lundi 18 juillet, je suis à l’abri du soleil (la meuf qui est en mer et qui ne peut aller ni dans l’eau, ni au soleil, haha), je suis suffisamment habituée à la houle maintenant pour pouvoir écrire.

Je me suis relue, j’ai corrigé trois coquilles mais pas changé une seule virgule. Je ne me surprends plus en me relisant le matin, parce que j’ai arrêté de boire. Ce sera pas comme le véganisme, je suis pas « dégoûtée » de l’alcool, mais j’en n’ai définitivement plus besoin, certainement pas pour accéder à mes émotions et les retranscrire.

Tu vois, tout ceci n’était pas l’inspiration d’une soirée exceptionnelle, désinhibée par l’alcool. C’est le fruit d’une conviction croissante au cours de ces dernières semaines, qui achève sa maturation sous les tropiques. Dans un endroit où rien, vraiment rien ne me donnerait envie de rentrer… Sauf à avoir cette envie déjà présente au fond de moi, et plus forte que celle de continuer ce voyage en solitaire.

Pour l’heure, j’ai pas envie de partir seule. J’ai envie de prendre le gouvernail et d’emmener avec moi tout un équipage dans une grande aventure !

C.

PS : Si c’est pas la meilleure lettre de motivation que t’as jamais lue, vazy prends quelqu’un d’autre. è_é

Voilà. Ce jeudi 8 septembre sera à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de cette petite entreprise : la rédac chef de madmoiZelle est une madmoiZelle. Et je suis un boss comblé.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mymy
    Mymy, Le 14 septembre 2016 à 11h48

    Fab
    J'ai plein de choses à faire sur d'autres domaines dans la boîte, je vais pas m'ennuyer ! :d
    Là il ouvre les enveloppes pour les stickers ça va déjà lui occuper l'automne/hiver je pense. :cretin:

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