Ces chansons au message plus fort qu’il n’y paraît

Parce que la musique ne sert pas qu'à se changer les idées et à danser, certaines chansons nous ouvrent les yeux sur des problèmes de société ou des conflits que l'on ignorait jusque-là.

Ces chansons au message plus fort qu’il n’y paraît

Élevée aux Rolling Stones et à Téléphone, j’ai toujours été très sensible à la musique et j’essaye d’écouter de tout, de faire des découvertes de genres, d’artistes, d’albums. Je porte aussi beaucoup d’attention aux paroles, que j’écoute des chansons en français ou en anglais (bon, pour l’afrikaner je manque encore un peu de pratique).

J’ai souvent découvert après coup que certaines chansons sont bien plus profondes qu’il n’y paraissait et que derrière une mélodie pop peut se cacher un message, une dénonciation, des considérations sur un problème de société.

À lire aussi : La chanson française engagée, sa petite histoire et ses combats

Luka, de Suzanne Vega

Cette chanson sortie en 1987 a été un tube international, gagnant les Grammy Awards de la « Meilleure Chanson de l’Année », « Album de l’Année » et « Chanteuse Pop de l’Année ». Je l’entends résonner dans la voiture de ma mère depuis à peu près toujours et j’adore cette mélodie pop, la voix de Suzanne Vega, le rythme… Jusqu’au jour où ma mère me lâche, face à mes yeux ébahis de gamine de 8 ans qui ne comprend pas l’anglais : « Mais tu sais que ça parle d’une femme battue ? ».

Alors en vérité, il s’agit d’un enfant battu mais oui, Luka est bien la voix d’une victime de violences domestiques. Les paroles relèvent avec justesse et retenue le tabou autour de ces violences. En effet, l’enfant refuse de parler des marques sur son corps et les met sur le compte de sa maladresse, face à un voisin qui apparemment ne veut que son bien et s’inquiète de le voir aussi marqué.

« Oui, je vais bien, je crois
Je suis encore rentré dans une porte
Si on me demande c’est ce que je répondrai
Et ça ne regarde personne de toute façon […]

Ils ne frappent que jusqu’aux larmes
Et après tu ne demandes plus ton reste
Tu ne poses plus de questions »

À lire aussi : Les violences envers les enfants, une effrayante banalité dénoncée par l’UNICEF

Mean, de Taylor Swift

Je suis une fan éternelle de Taylor Swift : depuis sa période country à son succès grâce à Shake it Offje l’ai toujours aimée et je la suivrai jusqu’au bout du monde. Bien qu’elle ait passé la majorité de sa carrière à parler de ses histoires de coeur, Miss Swift a aussi mis sa country au service de jolis messages, comme celui véhiculé dans Mean.

Elle y raconte le harcèlement scolaire, la cruauté des enfants et des adolescent•e•s, le cercle vicieux du harcelé qui devient harceleur et la façon dont elle (ou du moins la personne dont elle prend la voix) y met fin, en s’armant de confiance et de volonté.

« Je veux juste me sentir bien à nouveau
Je parie qu’on t’a fait souffrir
Quelqu’un t’a refroidi•e
Mais le cercle vicieux s’arrête maintenant
Parce que tu ne me feras pas suivre ce chemin […]

Un jour, je serai tellement fort•e que tu ne pourras plus m’atteindre
Et toi tu resteras éternellement méchant•e
Pourquoi être aussi méchant•e ? »

J’ai découvert cette chanson grâce à sa reprise dans Glee, série se déroulant dans un lycée où le harcèlement est presque constant et s’invite dans toutes les relations (amoureuses, amicales, scolaires) et pour toutes les raisons possibles et imaginables : le poids, l’orientation sexuelle, l’identité sexuelle, la place dans la hiérarchie sociale d’un lycée américain.

Armée de son banjo, Taylor Swift signe donc une jolie chanson qui raconte la réalité du harcèlement, entre peine pour son harceleur qui n’a rien de mieux à faire et difficulté à se reconstruire soi-même. Dans le même genre, l’enfant des années 1990 que j’étais a été élevée à Beautiful de Christina Aguilera et se désespère de voir qu’Indochine a toujours besoin de sortir College Boy, vingt ans plus tard.

À lire aussi : Harcèlement scolaire : parole aux « harceleuses »

Je suis de celles, de Bénabar

Contrairement aux autres chansons de cet article, j’ai tout de suite compris de quoi cette chanson parlait, d’abord parce qu’elle est en français (j’ai beau être exceptionnellement douée en anglais, la langue de Molière ça percute plus vite quand même), ensuite parce que je l’ai découverte plus vieille, à une période où j’ai compris tout ce qu’elle impliquait. J’ai d’ailleurs redécouvert plus tard ce titre grâce à un très bel article publié ici même, plein de justesse et d’émotion. 

Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, cette chanson traite du slut-shaming, du mal que peuvent faire les ragots de lycée, les relations à sens unique et le jugement des autres. La victime de cet acharnement de la part de ces camarades contre son activité sexuelle jugée trop intense pour les autres raconte son histoire, son vécu, sa version des faits.

C’est juste, c’est fort et c’est exceptionnellement émouvant. Et en plus c’est chanté et écrit par un homme (ça paraîtra bête pour certain•e•s mais je trouve ça encore plus louable que si c’était un témoignage personnel de cette chère Nathalie). Avec de telles paroles, j’ai réalisé mon propre jugement contre certaines et à quel point il n’était pas de mon ressort ni du ressort de personne de juger la vie de quelqu’un d’autre.

« J’étais de celles
Qui ne disent jamais non
Les Marie couche-toi là
Dont on oublie le nom

Je n’étais pas de celles
À qui l’on fait la cour
Moi, j’étais de celles
Qui sont déjà d’accord

Et les autres filles
Perfides petites saintes
M’auraient tondu les cheveux
À une autre époque… »

À lire aussi : Je veux comprendre… le slut-shaming

Sunday Bloody Sunday, de U2

En 1972, l’Irlande du Nord est déchirée par une guerre civile entre protestants et catholiques. Le 30 janvier, la ville de Derry est le théâtre d’une tuerie survenue au cours d’une marche de l’Association nord-irlandaise pour les droits civiques. Treize hommes sont morts sur le coup, sous les balles d’un Régiment des Parachutistes du Royaume-Uni.

L’événement a profondément marqué l’Irlande et le monde entier, tant il était représentatif du climat général régnant en Irlande depuis des années et qui a duré encore longtemps après (la fin du conflit est datée entre 1997 et 2007 selon les différents spécialistes).

U2, groupe de rock irlandais, a sorti dix ans plus tard la chanson désormais historique Sunday Bloody Sunday, en hommage à ce 30 janvier 1972 appelé « Bloody Sunday », le dimanche sanglant. Part inhérente de l’identité irlandaise, cet évènement a particulièrement marqué Bono, le chanteur du groupe, qui avant de composer cette chanson était victime d’une période de dépression et d’un syndrome de la page blanche.

Au même titre que Zombie des Cranberries, cette chanson m’a renseignée et tout simplement appris l’existence du conflit nord-irlandais, dans la mesure où il est trop récent pour faire partie des programmes d’histoire et pas assez proche de nous pour qu’on en entende parler aux infos. Et rien que pour ça, je reprendrais les paroles d’Abba : « Thank you for the music ».

À lire aussi : Bloody Sunday : David Cameron est « profondément désolé »

Et vous, quelles chansons vous ont surprises par leur sens plus profond qu’il n’y paraît ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Nanouphanie
    Nanouphanie, Le 13 octobre 2016 à 3h09

    Phoenix - If I ever feel better

    Je pensais trop que le sujet était léger quand j'étais plus jeune et que je parlais pas anglais

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