Bill Cosby sera jugé à nouveau avant la fin de l’année

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Le procès de Bill Cosby, accusé de viol et d'agression sexuelle par plusieurs dizaines de femmes, a été annulé faute d'unanimité côté jury. Il sera à nouveau jugé.

Bill Cosby sera jugé à nouveau avant la fin de l’année

— Mise à jour du 7 juillet 2017

Le procès de Bill Cosby a été annulé faute d’accord entre les juré•es (lire plus bas), mais le procureur avait directement annoncé vouloir le juger à nouveau.

On sait à présent que Bill Cosby sera de retour au tribunal le 6 novembre 2017, moins de six mois après cette annulation.

Bill Cosby ne fera pas de conférences sur les agressions sexuelles

— Mise à jour du 28 juin 2017

Bill Cosby réfute les déclarations de ses porte-parole, qui avaient déclaré qu’il compte commencer dès l’été 2017 une tournée de conférences autour des accusations d’agression sexuelle (lire ci-dessous).

« La propagande qui circule en ce moment et prétend que je vais faire une tournée sur les agressions sexuelles est fausse. »

C’est bête, on lui avait fait un résumé.

Bill Cosby est libre, pour le moment

— Le 23 juin 2017

Bill Cosby a récemment fait face à la justice pour trois chefs d’accusation :

  • Avoir pénétré sexuellement Andrea Constand sans son consentement
  • Avoir agressé sexuellement Andrea Constand alors qu’elle était inconsciente
  • Avoir agressé sexuellement Andrea Constand en utilisant des drogues l’empêchant de consentir.

Ce 17 juin 2017, le procès de Bill Cosby a été annulé faute d’unanimité dans le jury, après plus de 50 heures de délibération.

Le procureur a demandé un nouveau procès, et le juge souhaite qu’il se tienne rapidement — sous 120 jours, au lieu des 365 habituels.

Bill Cosby risque jusqu’à 10 ans de prison pour chaque chef d’accusation, donc 30 ans au total si la sentence maximale est prononcée pour les trois volets du procès.

Le porte-parole de Bill Cosby a annoncé que l’acteur envisageait une tournée de conférences autour du thème Comment ne pas être accusé d’agression sexuelle.

Oui, vous avez bien lu.

Bill Cosby accusé de viol : le rappel des faits

Le procès de Bill Cosby le mettait face à Andrea Constand. Elle l’a accusé de l’avoir, en janvier 2004, fait prendre des Qualuudes — de la drogue — l’ayant rendue inconsciente, et de l’avoir pénétrée sans son consentement.

Mais ce sont plus de 50 femmes qui ont accusé Bill Cosby de viol, d’agression sexuelle (parfois sur mineure), d’usage de drogues pour faciliter l’agression sexuelle et/ou de harcèlement sexuel.

35 d’entre elles se sont exprimées à visage découvert.

Andrea Constand avait porté plainte en 2006, mais le procureur avait jugé les preuves insuffisantes pour un procès au pénal. L’affaire avait débouché sur un règlement à l’amiable.

En 2015, les dépositions faites par Cosby à la justice dans le cadre de cette affaire au civil ont été rendues publiques par un juge et reprises dans le New York Times.

Il admettait notamment avoir acquis des Qualuudes dans les années 70 et s’en être servi pendant plusieurs décennies, y compris dans le cadre de relations sexuelles extraconjugales. Ce qui peut corroborer les propos d’Andrea Constand.

Ces déclarations ont motivé le procureur Kevin Steele à passer au pénal les plaintes d’Andrea Constand au vu de ces nouvelles preuves. Il a déclaré :

« Le métier d’un procureur est de suivre les preuves là où elles mènent, lorsqu’elles font surface.

Au vu de ces preuves, nous sommes aujourd’hui en mesure d’essayer de faire en sorte que justice soit faite, pour le bien de la victime. »

C’est dans ce procès que le jury a été incapable d’atteindre l’unanimité, et ce pour chacun des trois chefs d’accusation. Vous pouvez retrouver un résumé complet sur Le Monde ainsi qu’un focus sur l’annulation du procès.

Comment le procès de Bill Cosby a-t-il pu être annulé ?

Le jury populaire qui devait juger Bill Cosby était composé de 7 hommes et 5 femmes.

L’un•e des juré•es a anonymement déclaré à ABC News que 2 juré•es seulement empêchaient un verdict unanime. Selon ce•tte juré•e :

  • 10 personnes voulaient déclarer Cosby coupable de pénétration non consentie, contre 2 le considérant innocent
  • 10 personnes voulaient déclarer Cosby coupable d’avoir drogué Andrea Constand sans son consentement, contre 2 le considérant innocent
  • 11 personnes voulaient déclarer Cosby coupable de pénétration sur une personne inconsciente, contre 1 le considérant innocent

Les 2 personnes se seraient montrées inflexibles, ce qui a mené à une absence d’unanimité et donc à l’annulation du procès.

Cependant, un autre juré, lui aussi anonyme, contredit ces déclarations. Selon lui, le jury était dans une impasse, avec en général 7 personnes contre 5.

La culture du viol est aussi dans les jurys populaires

Le but du jury populaire, c’est que la justice soit rendue par le peuple. Par les pairs de la personne accusée.

Et le peuple est pétri de culture du viol, qui ne s’arrête pas à l’entrée du tribunal. Les juré•es peuvent avoir les mêmes biais, idées reçues et mythes sur le viol en tête que le reste de la population.

Le second juré ayant témoigné, celui qui parle de délibérations à 7 personnes contre 5, a ainsi remis en question la véracité des dires de la victime en commentant notamment sa tenue « qui découvrait son ventre ».

On vous a traduit en partie cette vidéo : si les victimes de vol étaient reçues comme les victimes de viol lorsqu’elles vont porter plainte

Il a également du mal à comprendre pourquoi Andrea Constand a mis un an à porter plainte :

« C’est dur pour moi de croire qu’on peut être attaquée et mettre un an à le signaler aux autorités. »

Enfin, il semble n’avoir pas compris tous les tenants et les aboutissants du procès puisque selon lui, « aucune nouvelle preuve n’a été mise en lumière par rapport à 2005 ».

Comme dit plus haut, ce sont les dépositions de Bill Cosby aux autorités en 2005 qui ont été rendues publiques en 2015 et considérées comme des preuves suffisantes pour ce nouveau procès, cette fois-ci au pénal.

On ne sait pas ce que ce juré a voté, mais il considère que les motivations de ce procès sont politiques et que la parole de la victime est sujette à question.

Bill Cosby veut apprendre aux hommes à éviter d’être accusés d’agression sexuelle

Le HuffPost relaie les propos des portes-paroles de Bill Cosby prononcés après l’annulation du procès.

« Ça va plus loin que Bill Cosby. Ce sujet peut toucher de nombreux jeunes, notamment de jeunes athlètes.

Ils doivent savoir ce qui peut leur arriver quand ils sont en soirée, quand ils font des choses qu’ils ne devraient pas faire. 

Les lois évoluent. Les délais de prescription pour les victimes d’agressions sexuelles sont allongés. Il faut éduquer les gens.

Un frôlement d’épaule… tout, au point où nous en sommes, peut être considéré comme une agression sexuelle. »

Selon Andrew Wyatt, porte-parole de l’accusé, ces conférences pourraient commencer dès juillet 2017.

Les porte-parole mentionnent les athlètes.

Je pense à Steubenville. En 2013, deux lycéens de 16 ans, stars de l’équipe de foot de leur lycée, ont été reconnus coupables de viol sur mineure. Sur CNN, une journaliste déplorait la déchéance de « ces deux jeunes hommes avec un avenir tellement prometteur ».

Je pense à Brock Turner. 20 ans. Reconnu coupable en 2016 de viol sur une étudiante. 6 mois de prison, pour éviter « un impact sévère » sur l’avenir de cet athlète brillant, promis aux Jeux Olympiques, section natation. Sorti au bout de 3 mois.

Je me dis que quand un athlète viole une femme, aux États-Unis, ce n’est décidément pas lui la victime dans l’affaire.

Bill Cosby, bien loin du « frôlement d’épaule »

Je suis scandalisée par cette porte-parole de Bill Cosby qui parle d’un « frôlement d’épaule » mal interprété, quand on voit les dizaines de témoignages accusant l’acteur de faits bien plus graves.

Janice Dickinson, 60, a model, was allegedly assaulted by Bill Cosby in 1982. Cosby invited then-28-year-old Dickinson to Lake Tahoe, saying he had a possible acting opportunity for her. They dined together, and he gave her a pill to take with a glass of wine. "I woke up the next morning, after the incident, with my entire life altered forever, knowing that Bill Cosby had raped me. There was no one there to protect me. I held this inside of my soul for years and years and years. It shouldn't happen to any person, man, woman, or child. The right thing to do is to tell my story, truthfully, the disgusting and humiliating details, blow by blow, that I can share and hopefully stop this man from ever, ever, ever doing it again." Tap the photo to hear Janice Dickinson tell her story, and watch her video interview at nymag.com/cosby-women. 📷: Amanda Demme of @janicedickinson

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« Je me suis réveillée le lendemain […] et ma vie avait été changée à jamais par le fait que Bill Cosby m’avait violée. »

Une autre femme accuse Bill Cosby de l’avoir droguée puis d’avoir laissé un de ses amis la violer. Il l’aurait convaincue de prendre le cachet qu’il lui tenait en arguant :

« Je suis ton meilleur ami. Tu penses vraiment que je pourrais te faire du mal ? »

À lire aussi : J’ai porté plainte contre mon meilleur ami pour agression sexuelle

Cette femme, Joyce Emmons, ajoute :

« Je sais que les histoires sur ce qu’il a fait à d’autres femmes sont vraies, parce que s’il ne m’a pas respectée, moi, son amie, alors il était capable de faire à n’importe quelle personne dont il n’était pas aussi proche. »

Joyce Emmons, 70, was allegedly assaulted by Bill Cosby circa 1979. Emmons managed a comedy club and became friends with Cosby. They had known each other for about two-and-a-half years when Emmons and her friend went out to a club with Cosby and one of his friends. “I had a terrible headache, and I said, ‘Bill, do you have some Tylenol? I have a mother of a headache.’ And he said to me, ‘I have something stronger.’ And I said, ‘You know I don’t do drugs.’ He said, ‘You’re one of my best friends. Would I hurt you?’ And I believed him. All I remember is taking the pill; I don’t remember going to bed. But I do remember waking up in a fog and opening my eyes, and I had no clothes on, and there was Bill’s friend totally naked in bed with me. I said, ‘What the F did you give me?’ He said, ‘Oh, you had a bad headache, you were in so much pain. I gave you a quaalude.’ I was hurt with Bill more than angry at his friend. Bill let him take advantage of me. That kills me. That’s why I know the stories of what he did to the other women are true, because if he didn’t have the respect for me, who was really a close friend, then he could do that to anybody he didn’t know very well.” Tap the photo to hear Joyce Emmons tell her story, and watch her video interview at nymag.com/cosby-women.

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Comment ne pas être accusé d’agression sexuelle ?

La personne pour laquelle vous éprouvez du désir est-elle en état de consentir ? (Donc pas endormie, fiévreuse, droguée, ivre et tout autre état pouvant perturber sa clarté d’esprit ?)

La personne pour laquelle vous éprouvez du désir vous a-t-elle fait part de son consentement ?

  • De façon verbale (« J’ai envie de toi », « Je veux faire tel acte », « Oui, tu peux faire tel acte ») ?
  • De façon non-verbale (en initiant le mouvement, en réagissant avec enthousiasme, en vous encourageant) ?

Ne pas réagir, ce n’est pas consentir : si la personne est immobile, semi-consciente, incapable de bouger, elle ne consent pas.

À lire aussi : Mon viol, l’alcool, la fête, ce secret et moi

La personne pour laquelle vous éprouvez du désir est-elle à égalité avec vous ?

  • Avez-vous autorité sur elle (supériorité hiérarchique, relation enseignant•e/élève, capacité d’influer sa carrière et/ou sa vie personnelle) ?
  • A-t-elle la possibilité de refuser ou d’interrompre un acte sans se sentir en danger ?

Le consentement sexuel n’est pas négociable

Bill Cosby, accusé par plus de 50 femmes d’agression sexuelle et/ou de viol, a déclaré dans une de ses dépositions :

« Je pense être plutôt doué pour lire les gens et leurs émotions dans un contexte romantique, sexuel, bref vous appelez ça comme vous voulez. »

Pourtant, des dizaines de femmes l’accusent d’avoir abusé d’elles alors qu’elles n’étaient pas en mesure de consentir.

Chaque jour, des millions d’hommes et de femmes ont des relations sexuelles tout à fait consenties. Le consentement n’est pas un mystère, ni un contrat en trois exemplaires à parapher.

Le consentement est enthousiaste, communicatif, et au moindre doute, mieux vaut risquer de casser un peu l’ambiance en demandant si tout va bien que de risquer de violer quelqu’un.

Le besoin d’éducation à la sexualité et au consentement

La porte-parole de Bill Cosby a raison sur un point : il faut éduquer les gens. Mais pas à « savoir ce qui peut leur arriver quand ils sont en soirée, quand ils font des choses qu’ils ne devraient pas faire ».

Il faut éduquer les gens au consentement, au respect, à la réciprocité du désir, à la réalité du viol conjugal, de la sidération en cas d’agression sexuelle.

À lire aussi : Voici pourquoi les victimes de viol, parfois, ne se défendent pas

Pour que plus jamais un homme ayant admis avoir donné des drogues à des femmes avant d’avoir des relations sexuelles avec elles ne puisse envisager ne serait-ce qu’une seconde d’apprendre aux jeunes hommes « comment ne pas être accusé d’agression sexuelle ».

C’est à nous, en tant que société, d’agir, d’avoir cette discussion maintenant, pour ne pas laisser à un homme comme Bill Cosby la primeur de l’éducation au consentement.

La version québécoise du HuffingtonPost a publié un excellent article, La conversation que vous devez avoir avec votre fils à propos du violJe vous invite à le lire en intégralité, en voici un morceau d’introduction :

« Vous vous rappelez ce tête-à-tête avec votre fils ? […] ce moment de tendresse où vous lui avez administré ces notions de droit :

« Il peut très bien y avoir VIOL même si la femme ne se débat pas et même si tu ne la cloues pas au sol. Si son ébriété l’empêche d’exprimer son consentement, tel qu’il est défini par les textes de loi, ça ne veut PAS dire qu’on peut en profiter »

L’auteure de l’article sait que l’écrasante majorité des parents n’a pas eu ces conversations avec leur fils, et peuvent même s’en montrer heurtés.

Pourtant, aux filles, on dit de faire attention, de ne pas porter ceci ou cela, de ne pas sortir dans tel endroit, de ne pas rentrer seules.

À lire aussi : La culture du viol et le sexisme se portent (toujours) bien dans nos écoles

Nous avons une responsabilité collective à éduquer l’ensemble de la population au consentement. Pour que plus jamais on ne dise que la tenue d’une victime soit « suspecte ». Pour que plus jamais des agresseurs ne soient laissés libres.

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Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu’elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.


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Commentaires
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  • Khyra
    Khyra, Le 28 juin 2017 à 15h54

    On pourrait aussi lui montrer cette vidéo :

    :troll:

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