« À quand une Barbie transgenre ? », demande Robert Ménard… mais elle existe déjà !

Barbie prend de nouvelles formes et de nouvelles couleurs. Robert Ménard, le maire de Béziers, semble redouter qu'un jour, elle ne devienne... Transgenre ! Clémence lui explique qu'elle existe déjà.

« À quand une Barbie transgenre ? », demande Robert Ménard… mais elle existe déjà !

L’arrivée récentes de trois nouveaux modèles de Barbie a été saluée : enfin, la poupée mythique se diversifie. De nouvelles couleurs de peaux, parce que la planète n’est pas monochrome, et de nouvelles morphologies, parce qu’il était temps d’élargir ces proportions totalement irréalistes.

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La conception d’une Barbie réaliste est au coeur du film Tiens-toi droite, de Katia Lewkowicz.

Robert Ménard demande « à quand une Barbie transgenre ? »

Robert Ménard est le maire de Béziers. Il n’est pas au Front National, mais il a été élu avec le soutien de ce parti, celui de Debout la République (le parti de Nicolas Dupont-Aignan), et du Mouvement Pour la France (le parti souverainiste de Philippe de Villiers).

Il fait régulièrement parler de lui pour son absence totale de mesure et de décence, comme par exemple lorsqu’il avait annoncé vouloir ficher les élèves de sa commune en fonction de leurs prénoms « d’origine musulmane ».

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Cette fois-ci, c’est par un tweet que le maire de Béziers a commenté les nouvelles Barbies. D’abord une noire, une grosse, et bientôt une trans, dites donc ! Alors peut-être qu’il gèle en enfer, et que l’invisibilité des personnes trans préoccupe hautement l’élu local. N’excluons aucune hypothèse, même s’il paraît plus probable qu’il s’agit ici d’un tweet de désapprobation.

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Vous savez quoi, M. Ménard ? Des Barbies transgenres, il en existe déjà, plein ! Mais si ça vous défrise, pour vous éviter d’en mettre une par inadvertance dans les mains des petites têtes blondes qui vous sont chères, je vais vous expliquer comment les reconnaître…

À quoi reconnaît-on une personne trans ?

Une femme trans, ce n’est pas un homme barbu avec des cheveux longs. Enfin, ça PEUT être une personne que vous prendriez pour un homme, mais qui aurait des attributs « féminins » visibles : maquillage, bijoux, cheveux longs… Pour autant, vous ne pouvez pas déduire que cette personne est trans : vous n’en savez tout simplement rien.

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Par exemple, Conchita Wurst est un drag, pas une femme trans, comme Tom Neuwirth l’explique dans la biographie de son alter-ego fictionnelle. Il y a des femmes à barbe, et des hommes sans poils. C’est compliqué, je sais…

Abandonnez donc l’idée de « deviner » le genre d’une personne en fonction de ses apparats « féminins » ou « masculins », vu que les hommes et les femmes peuvent avoir les cheveux longs et courts, et que les hommes aussi peuvent se maquiller, même si cette tendance est encore émergente.

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Le vernis pour hommes existe déjà, et quoi de surprenant vu l’appétit de l’industrie pour le marketing genré ? Après le dentifrice, les yaourt et les stick à lèvres, on ne sait plus ce qu’ils vont encore pouvoir nous inventer.

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Être transgenre, ça se voit ?

Le genre n’est pas une expression biologique, c’est une construction sociale

Eh ben non, pas forcément, désolée de vous décevoir, M. Ménard. Vous avez très certainement croisé la route de bien des personnes trans, intersexes, queer et non binaires, sans vous en rendre compte. Mince alors ! Comment est-ce possible ?

C’est que le genre n’est pas une expression biologique, c’est une construction sociale. Et elle n’est pas binaire ! Donc non seulement le genre d’une personne ne se lit pas sur son visage, mais en plus, on ne peut pas le deviner par élimination.

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La poupée n’est qu’une représentation, que l’enfant habille ensuite de ses propres projections

Et c’est important que vous compreniez ça, M. Ménard, parce que c’est ce qui me permet d’affirmer qu’il y a déjà des Barbie transgenres en circulation. La poupée n’est qu’une représentation, que l’enfant habille ensuite de ses propres projections. On lui donne un prénom, un métier, une histoire. Et comme il y a des enfants trans, il y a très certainement plein de Barbie trans, qui ont été assignées « Stacy » à la sortie de l’usine, mais ont été renommées, libérées de leur assignation de fabrication par leurs nouvelles et nouveaux propriétaires !

Les enfants sont bien moins rétifs à différence de l’autre que vous, M. Ménard. Ils acceptent assez facilement que le monde soit beaucoup plus complexe qu’ils ne l’imaginent. Je me demande quand et pourquoi certain•e•s d’entre nous perdent cette capacité d’acceptation de la différence en grandissant.

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Mais revenons à nos Barbies, et au mystère de leur genre. Je fais mine de ne pas comprendre où vous vouliez en venir en parlant de « Barbie transgenre », M. Ménard : vous faisiez une confusion entre genre et sexe, il me semble.

Et les organes sexuels, alors ?

Je présume, M. Ménard, que lorsque vous parlez de Barbie transgenre, vous pensez en réalité à une poupée qui aurait des caractères sexuels secondaires féminins (des seins, des hanches larges, des fesses rebondies), mais des caractères sexuels primaires masculins (un pénis et des testicules).

Alors si vous militez pour que Mattel fasse des poupées avec des organes génitaux réalistes, je vous appuie totalement ! C’est vraiment ridicule ces corps aux courbes exacerbées, mais avec « un sexe d’ange »… Et que dire de Ken et de son slip tout plat, ou à peine rebondi pour suggérer la présence du service trois-pièces ? Gênant ! Que l’on commence par donner à Barbie un vagin et à Ken un pénis, je suis d’accord !

Effectivement, si les poupées avaient des sexes réalistes, vous auriez un indice pour savoir si la Barbie est trans ou non. Un indice seulement : les organes génitaux, pas plus que l’apparence, ne déterminent pas le genre à 100%. Alors comment on fait pour savoir ?

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Vous ne pouvez pas savoir M. Ménard, désolée. La seule façon de savoir si une personne est trans ou non, c’est d’attendre qu’elle vous le dise. N’allez pas le lui demander non plus : cela ne vous regarde pas.

Si vous avez un doute sur le genre grammatical à utiliser pour lui parler, vous pouvez poser la question poliment. Par exemple :

– Excusez-moi, je ne connais pas votre prénom.
– C’est Dominique.
– Et c’est au masculin ou au féminin ?

Si vous la mégenrez, la personne vous reprendra peut-être. À vous de l’écouter et de respecter son choix de pronoms, c’est vraiment pas compliqué. Vous seriez offensant (et ridicule) à ne pas respecter ça. Imaginez un peu la scène :

– Quel est votre prénom ?
– Gilles.
– Non, désolé, pour moi, vous avez une tête de Michel.
– Mais je m’appelle Gilles.
– Vous êtes sûr ? Je pense que vous vous trompez. C’est évident que vous avez l’air d’un Michel. Je vais vous appeler Michel, c’est plus simple.
– Mais… Je m’appelle Gilles !
– Arrêtez Michel, ça suffit. Vous compliquez tout.

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« Vos papiers, s’il vous plaît »

Allez, j’arrête de vous torturer, M. Ménard. Vous savez comment on peut reconnaître une personne trans, en France ? Je vous préviens, ce n’est pas flatteur. J’ai honte, en réalité, que ce soit encore le cas dans notre pays : il suffit de leur demander un document d’identité. Car les personnes trans ne peuvent pas obtenir un changement d’état civil sur demande.

Ils et elles sont encore obligé•e•s d’apporter la preuve de leur transition, et de leur stérilisation. C’est extrêmement barbare. On parle quand même de subir tout un processus médical et chirurgical pour pouvoir obtenir une carte d’identité qui corresponde au prénom d’usage de la personne, pas à son prénom et à son genre d’assignation à la naissance. Ce dont témoignait Salomé, lors de la marche Existrans, en 2014 :

« À l’heure où nos voisins européens suppriment peu à peu l’obligation de stérilisation, en France, le changement d’état civil n’étant toujours pas encadré, nous sommes à la merci du bon vouloir du juge administratif, lequel demande généralement la preuve de notre stérilisation, […].

Que faire quand la loi, qui n’intègre pas la notion d’identité de genre, mais seulement le sexe ou l’orientation sexuelle, ne nous protège pas, par exemple, du refus de changement de prénom et de sexe d’un contrat de téléphonie ? Quand les diplômes ne peuvent pas être mis à jour pour protéger notre passé devant un employeur ? […]

Aujourd’hui, le compte n’y est pas pour les trans en France. Nos réclamons un changement d’état civil libre et gratuit, dépsychiatrisé et démédicalisé, et des droits. »

— Pour en savoir plus : Existrans, la marche pour les droits des personnes trans et intersexes.

Bon, là, je n’écris plus pour Robert Ménard, que j’ai perdu depuis le premier paragraphe, j’imagine. J’écris pour vous, mesdames et messieurs les élu•e•s de la République, qui désapprouvez fermement le tweet du maire de Béziers, parce que vous avez conscience de l’indécence profonde de ces propos.

Vous, qui avez le pouvoir législatif, donc celui de faire évoluer le cadre légal du changement d’état civil en France. Vous, qui avez le pouvoir de soulager toutes ces personnes dont le prénom et le genre figé dans leurs documents officiels ne correspondent pas à leur véritable identité.

Tant que les élu•es responsables et de bonne volonté que vous êtes permettront à cette injustice de perdurer, les personnes trans seront victimes de violences, qu’elles retournent parfois contre elles-mêmes.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Issabill
    Issabill, Le 1 février 2016 à 10h15

    Ce Ménard est affligeant de connerie, décidément... :mur:
    Quand j'étais gamine, j'avais plein de Barbies, mais il s'est passé du temps avant qu'on m'offre un Ken. Du coup, une de mes Barbie a changé de sexe, elle avait les cheveux courts et un pantalon, du coup j'avais décrété qu'elle était en fait un homme :rire:
    Et ouaip, M.Ménard, prends-toi ça dans la gueule, y a 20 ans je jouais avec une Barbie transgenre (et il s'en passait, des trucs, avec les autres barbies qui étaient, elles, cis et hétéro :cucul: ahaha)

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