Les 50 ans du drame de la station Charonne, c’est aujourd’hui

Il y a 50 ans jour pour jour, un rassemblement pacifique prônant la paix en Algérie et dénonçant les attentats commis par l'OAS était réprimé par la police parisienne à la station de métro Charonne.

Le 8 février 1962, une marche pacifique organisée entre autres par la CGT, la CFTC et le PCF (parti communiste français) se terminait dans le sang à la station de métro de Charonne avec la mort de 9 manifestants. Si nous entendons énormément parler de ce tragique évènement aujourd’hui avec la commémoration de ses 50 ans, son contexte et son déroulement restent flous. Retour sur cette triste affaire.

Le contexte

En février 1962, la guerre d’Algérie est presque finie ; elle a commencé en 1954 et s’est terminée en mars 1962 avec le cessez-le-feu, conséquence directe des accords d’Evian et la proclamation d’indépendance du pays en juillet de la même année. Si elle se déroulait dans les départements français d’Algérie où se confrontaient des indépendantistes algériens dont le très connu Front de libération nationale (le FLN), la guerre d’Algérie a également touché la France dite métropolitaine.

En effet, en France, l’opinion publique était particulièrement divisée sur le sujet. Si certains étaient opposés à la poursuite de la guerre en Algérie, d’autres, comme l’Organisation de l’armée secrète, souhaitaient le maintien de l’Algérie Française. Si, au commencement du conflit, la plupart des français de métropole allait dans le sens de ces derniers, elle a progressivement basculé, privilégiant la paix même si cela impliquait de donner son indépendance à l’Algérie. La preuve la plus flagrante de ce changement d’opinion reste le référendum sur l’autodétermination qui recueillait en janvier 1961 75% de « oui ».

Début 1962, c’est cette même OAS qui commet bon nombre d’attentats. Malgré un renforcement policier, le 7 février 1962, les activistes réussissent à faire exploser dix charges dans la région parisienne aux domiciles de personnalités dont ceux de deux journalistes, de deux professeurs de droit, d’un sénateur communiste et du ministre de la Culture de l’époque, André Malraux. Ces attentats feront plusieurs blessés et choqueront l’opinion publique.

Le soir même, les syndicats CFTC, CGT, SGEN, FEN, UNEF et SNI organisent avec le PCF et le PSU (parti socialiste unifié) une manifestation pacifique pour protester « contre le fascisme » et contre les attentats perpétrés par l’OAS et intervenir en faveur de « la paix en Algérie ». Ce rassemblement est prévu pour le lendemain.

Déroulement de la manifestation

Tout irait parfaitement si le pays n’était pas en état dit d’urgence depuis le mois d’avril 1961 et la tentative de putsch d’Alger : cette manifestation est donc tout bonnement interdite par le gouvernement. Cependant, plus de 20 000 manifestants choisissent de braver cette interdiction et de se rendre sur place, divisés en plusieurs cortèges. C’est lorsqu’ils se dispersent que la police parisienne commence à charger à coups d’objets contondants. Dans la panique, un certain nombre d’entre eux se réfugient dans la station de métro Charonne où ils s’entassent et s’écrasent sur les grilles. Selon des témoins, certains policiers auraient lancé des projectiles (grilles d’aération ou de protection des arbres) sur la foule. Six personnes sont décédées dans la station, deux à l’extérieur et un individu a succombé à ses blessures à l’hôpital.

Quelques mois plus tôt, le 17 octobre 1961, une manifestation pacifique dénonçant l’instauration d’un couvre-feu ne concernant que les algériens avait été violemment réprimée par la police et avait déjà fait plus de 200 morts.

Aujourd’hui

De nos jours, comme le rapporte le journal Le Monde, une question est toujours en suspens : « Qui, du général Charles de Gaulle, de son premier ministre, Michel Debré, du ministre de l’intérieur, Roger Frey, ou du préfet de police, Maurice Papon, a ordonné la charge ? »

Quoiqu’il en soit, une manifestation a eu lieu aujourd’hui pour les 50 ans de ce tragique évènement. Elle a été organisée aujourd’hui par la CGT, Bertrand Delanoë et Pierre Laurent (secrétaire national du PCF) et s’est déroulée sur le lieu des évènements, au carrefour du boulevard Voltaire et de la rue de Charonne qui a été nommé il y a exactement cinq ans Place du 8-février-1962 en hommage aux 9 manifestants décédés.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Scarlette.
    Scarlette., Le 10 février 2012 à 12h54

    J'y habite aussi, et je n'étais pas forcément au courant avec exactitude avant que cette nuée de fleurs arrive, honte à moi.

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