Virginie Despentes met des mots sur la colère post-César 2020

Virginie Despentes, romancière féministe à la plume acérée, livre un texte salutaire après la colère provoquée par le César du meilleur réalisateur remis à Roman Polanski.

Virginie Despentes met des mots sur la colère post-César 2020


Roman Polanski, accusé de violences sexuelles par des dizaines de femmes et poursuivi aux États-Unis pour le viol de Samantha Gailey, 13 ans à l’époque des faits, sacré meilleur réalisateur aux César pour J’Accuse.

Le cri d’Adèle Haenel qui quitte subitement la salle :

« La honte. »

Tu n’as sûrement pas loupé cette actualité qui a tourné dans tous les médias ce week-end.

Les César 2020 indignent, et tant mieux

Je suis partagée entre la colère et la résignation que provoquent en moi ces événements, et une montée d’espoir quand je constate la fin de l’indifférence.

De l’espoir quand je vois l’indignation qui gronde, dans le cinéma, mais aussi dans les médias.

Une indignation sur laquelle Virginie Despentes a su mettre des mots.

La tribune puissante de Virginie Despentes sur les César 2020

L’autrice féministe connue entre autres pour King Kong Théorie, un roman coup-de-poing pour de nombreuses femmes, a publié ce 1er mars une tribune puissante, aux mots justes, à la colère juste aussi.

Son message ?

« Désormais on se lève et on se barre. »

Tu trouveras sa tribune complète sur le site de Libération.

« Cette leçon-là. Adèle je sais pas si je te male gaze ou si je te female gaze mais je te love gaze en boucle sur mon téléphone pour cette sortie-là. […]

Vous n’aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. »

Le cri de Virginie Despentes est cru, agressif. Un cri du cœur pour que cesse la loi du silence. Un hommage à Adèle Haenel, aussi, et à son action plus que nécessaire.

Pour que l’inaction cesse. Pour que l’on cesse de fermer les yeux sur les crimes des grands de ce monde. Qu’ils soient des réalisateurs talentueux ou pas.

Car c’est bien d’un double standard dont il s’agit, selon Virginie Despentes, qui assène :

« Si le violeur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quartier : police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale.

Mais si le violeur est un puissant : respect et solidarité. »

Note que je précise « selon Virginie Despentes » — malheureusement, beaucoup trop de violeurs sont acquittés ou jamais poursuivis, et ce, quelle que ce soit la classe sociale à laquelle ils appartiennent.

Ce n’est donc pas forcément une vérité générale qu’elle exprime ici.

Virginie Despentes en a également ras-le-bol de l’hypocrisie dans le monde du cinéma, du pointage du doigt des réseaux sociaux et des féministes, sans mettre en cause les « patrons », les géants de l’industrie :

« On accuse le politiquement correct et les réseaux sociaux, comme si cette omerta datait d’hier et que c’était la faute des féministes mais ça fait des décennies que ça se goupille comme ça : pendant les cérémonies de cinéma français, on ne blague jamais avec la susceptibilité des patrons. Alors tout le monde se tait, tout le monde sourit. […]

C’est toujours la loi du silence qui prévaut. C’est au respect de cette consigne qu’on sélectionne les employés. »

L’autrice dénonce enfin avec rage l’absurdité du concept de séparation de l’homme de l’artiste. Comment, en effet, séparer Polanski d’un film qui lui a été inspiré par son vécu ?

« Parce que vous pouvez nous la décliner sur tous les tons, votre imbécillité de séparation entre l’homme et l’artiste – toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le corps violé et le corps créateur.

On trimballe ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer comment je devrais m’y prendre pour laisser la fille violée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons. »

La tribune de Virginie Despentes résonne dans le cœur des femmes

Si la tribune de Virginie Despente a une telle force, c’est parce qu’elle est capable de parler au plus grand nombre. Pas seulement au monde du cinéma, mais à la société toute entière.

Parce que les violences sexuelles constituent un crime dont l’ampleur dépasse largement les paillettes des Césars.

Cette cérémonie au goût amer a le mérite de mettre sous le feu des projecteurs un malaise bien plus vaste, qui nous touche toutes et tous.

Cette cérémonie marque le triomphe éclatant de l’impunité dont bénéficient encore, malgré #MeToo, malgré la condamnation récente d’Harvey Weinstein, certaines pontes du cinéma.

Sauf que cette impunité dans le cinéma n’est, au final, qu’un symptôme d’une société où la culture du viol est bel et bien présente. Une réalité qui me met en colère, et qui en mettra sûrement d’autres en colère.

Ce sentiment de colère, Virginie Despentes l’exprime avec justesse dans sa tribune :

« Et je ne suis certainement pas la seule à avoir envie de chialer de rage et d’impuissance depuis votre belle démonstration de force, certainement pas la seule à me sentir salie par le spectacle de votre orgie d’impunité. »

Aïssa Maïga, malheureusement oubliée par Virginie Despentes

Loin de moi l’idée de nier la puissance et la portée de la tribune de Virginie Despentes, qui aura le mérite, j’espère, de résonner et de participer à la fin de la culture du viol dans le cinéma et dans la société toute entière.

Je profite néanmoins de cet article pour préciser que j’aurais aimé y voir figurer un hommage à l’actrice Aïssa Maïga (qui n’est pas citée, contrairement à Adèle Haenel) !

Celle à laquelle on doit, entre l’autre, l’initiative des #BlackCesars, a en effet livré un plaidoyer nécessaire pour plus de diversité au cinéma.

Aïssa Maïga s’est mise à compter le nombre d’actrices et d’acteurs noirs présents dans la salle, avant d’ajouter :

« J’ai toujours pu compter sur les doigts d’une main le nombre de non-blancs. »

Elle a également lancé un appel aux réalisateurs, réalisatrices, producteurs et productrices présentes pour leur demander d’inclure de la diversité dans leurs films.

Comme Adèle Haenel ou encore Leïla Slimani, Aïssa Maïga a été courageuse aux César, et elle a quitté la salle lorsque Polanski a été sacré meilleur réalisateur. Je profite donc de cet article pour rendre hommage à sa force !

La tribune de Virginie Despentes a beaucoup, beaucoup circulé depuis sa parution — preuve qu’elle a su toucher.

À moi, elle m’a permis de me sentir moins seule, et de mettre des mots sur mes émotions. Ça fait du bien, de savoir qu’on n’est pas seule face au patriarcat.

À lire aussi : Face aux César 2020, ma honte, ma colère, puis mon optimisme

Faustine M

Faustine M


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Commentaires

Sadala

Mais heureusement que Foresti et Haenel n'ont pas boycotté cette cérémonie !
Sérieux ça aurait avancé à quoi ? A être remplacée par des lèches bottes bien complaisantes avec le viol ? Il y en a déjà bien assez, merci bien.
 
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