Adèle Haenel parle de son #MeToo en vidéo

L'actrice Adèle Haenel dit elle aussi #MeToo : elle accuse Christophe Ruggia de harcèlement sexuel et d'attouchements sur sa personne, entre ses 12 et 15 ans.

Adèle Haenel parle de son #MeToo en vidéo
Adèle Haenel, son #MeToo en vidéo

Adèle Haenel a accusé, dans Médiapart, le réalisateur Christophe Ruggia de lui avoir fait subir harcèlement sexuel et attouchements alors qu’elle était mineure (lire ci-dessous).

Elle revient en vidéo sur ce moment #MeToo encore rare en France, dans un entretien puissant.

L’actrice rappelle notamment que si elle ose parler, c’est parce qu’elle a atteint un niveau de notoriété, et un statut social, qui lui permet de le faire.

Pour une voix qui s’élèvent, beaucoup restent inaudibles…

Note également que Christophe Ruggia a été radié de la Société des Réalisateurs de Film, qu’il a longtemps coprésidée.

Je me suis sentie si sale à l’époque, j’avais tellement honte, je ne pouvais en parler à personne, je pensais que c’était de ma faute.

Ces mots d’Adèle Haenel résonneront chez bien des victimes de violences sexuelles.

L’actrice dit elle aussi #MeToo (#MoiAussi), dans un article de Médiapart — qui a enquêté pendant 7 mois sur le sujet.

Christophe Ruggia, le réalisateur des Diables, le 1er film d’Adèle Haenel, l’aurait selon elle harcelée sexuellement et attouchée, alors qu’elle avait entre 12 et 15 ans.

Adèle Haenel dit elle aussi #MeToo

Je ne peux que te conseiller la lecture du dossier très complet consacré par Médiapart à cette affaire : #MeToo dans le cinéma: l’actrice Adèle Haenel brise un nouveau tabou.

L’actrice y parle de Christophe Ruggia, qui l’a coachée pour Les Diables et accompagnée autour du monde pour la tournée promotionnelle du film.

Elle y raconte ce qu’elle a vécu :

[…] l’actrice dénonce « l’emprise » importante du cinéaste lors du tournage du film Les Diables, puis un « harcèlement sexuel permanent », des « attouchements » répétés sur les « cuisses » et « le torse », des « baisers forcés dans le cou », qui auraient eu lieu dans l’appartement du réalisateur et lors de plusieurs festivals internationaux. […]

D’après son récit, le cinéaste « procédait toujours de la même façon » : « des Fingers au chocolat blanc et de l’Orangina » posés sur la petite table du salon, puis une conversation durant laquelle « il dérapait », avec des gestes qui « petit à petit, prenaient de plus en plus de place ».

Les souvenirs d’Adèle Haenel sont précis :

« Je m’asseyais toujours sur le canapé et lui en face dans le fauteuil, puis il venait sur le canapé, me collait, m’embrassait dans le cou, sentait mes cheveux, me caressait la cuisse en descendant vers mon sexe, commençait à passer sa main sous mon T-shirt vers la poitrine.

Il était excité, je le repoussais mais ça ne suffisait pas, il fallait toujours que je change de place. »

D’abord à l’autre extrémité du canapé, puis debout vers la fenêtre, « l’air de rien », ensuite assise sur le fauteuil.

Et « comme il me suivait, je finissais par m’asseoir sur le repose-pied qui était si petit qu’il ne pouvait pas venir près de moi », détaille-t-elle.

Pour l’actrice, il est clair qu’« il cherchait à avoir des relations sexuelles avec [elle] ».

Christophe Ruggia dément « avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d’attouchement sur cette jeune fille alors mineure ».

Adèle Haenel, le traumatisme des violences sexuelles à l’adolescence

En 2005, trois ans après Les Diables, Adèle Haenel coupe les ponts avec Christophe Ruggia. Mais ça ne veut pas dire que le traumatisme s’arrête là.

Culpabilité, honte, poids du secret pèsent sur les épaules de la jeune fille. Elle tombe en dépression, envisage le suicide, est terrorisée à l’idée de croiser le réalisateur.

Ses carnets personnels portent la trace de ces angoisses.

En 2006, l’adolescente, âgée de dix-sept ans, y relate le « bordel monstrueux dans [sa] tête », et dit avoir besoin d’écrire « pour [se] souvenir, pour clarifier les choses », car elle a « un peu de mal à [se] rappeler exactement ce qui s’est passé ».

Adèle Haenel et la peur de prendre la parole

Quand Adèle Haenel a dit adieu à Christophe Ruggia, pour elle, c’était limpide : elle arrêtait le cinéma. Malgré son amour du jeu, malgré sa passion pour cet art.

Heureusement, elle a été mise en contact avec Céline Sciamma (réalisatrice devenue sa compagne) pour La Naissance des pieuvres — un film de femmes, et une « renaissance », selon Médiapart.

Adèle Haenel a eu la chance et le droit d’avoir une carrière, de se bâtir une solide réputation, et ça l’a aidée à enfin prendre la parole, plus de 10 ans après les actes dont elle accuse Christophe Ruggia.

Dans ma situation actuelle – mon confort matériel, la certitude du travail, mon statut social –, je ne peux pas accepter le silence.

Et s’il faut que cela me colle à la peau toute ma vie, si ma carrière au cinéma doit s’arrêter après cela, tant pis.

L’actrice a choisi de ne pas saisir la justice, en laquelle elle a peu confiance.

Les adultes qui ont vu ce qui arrivait à Adèle Haenel, et n’ont rien dit

Comme ce témoignage implique une préadolescente et un homme majeur, c’est difficile de ne pas se poser la question… que faisaient les adultes ?

Les parents d’Adèle Haenel, mais aussi le reste de l’équipe du film, de la directrice de casting au chef opérateur en passant par le producteur.

Parmi les vingt membres de l’équipe du film sollicités, certains disent « ne pas avoir de souvenirs » de ce tournage ancien ou bien n’ont pas souhaité répondre à nos questions.

D’autres assurent n’avoir « rien remarqué ». […]

À l’inverse, beaucoup dépeignent un réalisateur à la fois « tout-puissant » et « infantile », « immature », « étouffant », « vampirisant », « accaparant », « invasif » avec les enfants, s’isolant dans une « bulle » avec eux.

Certaines ont tenté de sonner l’alarme. D’autres n’ont pas voulu intervenir. Le poids de l’omerta étouffe la victime comme les potentiels témoins.

C’est pour cela qu’Adèle Haenel prend la parole, même si elle ne porte pas plainte. Parce que, selon ses mots :

« Le silence n’a jamais été sans violence. Le silence est une immense violence, un bâillonnement. […]

Parler est une façon de dire qu’on survit. »

À lire aussi : Retour sur l’affaire Weinstein, le scandale qui a tout ébranlé

Mymy

Mymy

Mymy est la rédactrice en chef de madmoiZelle et gère la rubrique masculinité (dont fait partie son podcast, The Boys Club). Elle est aussi dans la Brigade du Kif du super podcast Laisse-Moi Kiffer. Elle aime : avoir des opinions, les gens respectueux, et les spätzle.

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Commentaires

missaaj

elle a une façon de parler très intéressante...
 

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