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Société

Si un mec vous dit : « Toutes mes ex sont folles », c’est probablement lui le problème

Peut-être avez-vous déjà entendu un homme dire : « Mon ex était folle ». Si tel est le cas, outre le côté psychophobe de cette remarque, il n’est pas certain que l’ex en question ait été si cruelle, colérique ou « castratrice » que ce qu’il avancera. Pire, il se pourrait bien que derrière cette phrase d’apparence anodine se cache des violences psychologiques envers elle.

Hystérique, difficile, colérique, tyrannique, castratrice… Les femmes ont toujours été qualifiées de tout un tas d’adjectifs qui refléterait leur supposée folie. Bien sûr, certaines femmes, comme certains hommes, personnes non-binaires et trans sont atteintes de maladies mentales. Mais discréditer une femme en la qualifiant de folle est un processus sexiste extrêmement utilisé depuis toujours.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes alertent sur des « red flags », ces comportements à surveiller en rencards ou début de relation. Parmi eux, le fait qu’un homme dise que ses ex sont folles. Une phrase qui peut cacher des tromperies, de la manipulation, du gaslighting, une forme d’abus et de manipulation qui sert à faire douter la victime de sa mémoire et de sa perception de la réalité, et plus globalement des violences au sein du couple par celui qui la prononce. 

Sarah est restée cinq ans avec le père de ses enfants. Au début de la relation, il lui a parlé de son ex folle :

« Il m’avait dit que son ex était tyrannique, qu’au bout de cinq ans, il avait fait le choix de partir sans prévenir. Qu’elle ne l’aurait jamais laissé partir car c’était quelqu’un de colérique, dérangée… »

Si elle a eu du mal avec cette description, Sarah ne s’est pas plus « méfiée » car son ex semblait réellement affecté par cette précédente relation. Cinq ans plus tard, c’est elle qui est devenue « l’ex folle », après que son ex-compagnon soit parti sans rien dire, la laissant seule avec ses deux enfants. 

Léa* est elle aussi devenue « l’ex folle » de son ancien compagnon, après quatre ans d’une relation violente :

« Dire que j’étais folle a été pour lui la manière de faire taire les accusations de violences conjugales. Ça lui permettait de dire que je le mettais dans des colères noires, de me responsabiliser moi pour ces violences, explique-t-elle. Des personnes autour de lui ont eu connaissance des violences que je vivais et lui se justifiait en disant que j’étais toxique ». 

C’est en rompant l’isolement que Léa a réussi à se sortir de cette relation violente : « Quand on vit ça depuis longtemps, on ne se rend plus compte de ce qui est normal ». Plus tard, elle apprendra que l’ex après elle a été également qualifiée de folle…

Le mythe de la femme « malade d”amour » 

Dans son mémoire « I’m just a girl in love : une enquête sur le mythe de l’ex folle »*, Rose Patard a analysé plusieurs exemples d’ex folles dans les médias. Elle y pointe celui de Juana I de Castilla dite Jeanne la Folle. Si la légende raconte qu’elle avait un comportement amoureux « maniaque », la vérité est tout autre : au départ elle vit une belle histoire d’amour avec son mari Philip. Mais celui-ci la trompe et lorsqu’elle devient reine, il convainc ses proches qu’elle est démente ou “malade d’amour” pour accéder au trône à sa place. Elle restera enfermée dans un château pendant 47 ans. 

« Les hommes dans la vie de Juana ne sont pas tellement terrifiés par son amour “maniaque” ou son statut d’« ex-petite amie folle » mais par la possibilité qu’elle devienne reine », souligne Rose Patard. La chercheuse analyse l’effet du gaslighting commis par Philip auprès des proches de Juana : « Il a en effet été démontré que lorsque le gaslighting se produit dans une relation intime, il n’affecte pas que la victime mais influence également les personnes autour d’elle, comme les amis, la famille… La victime n’est donc pas la seule à se considérer comme « folle. »

La série Crazy Ex-Girlfriend s’attaque frontalement au mythe de l’ex folle. On y suit Rebecca Bunch, une avocate new-yorkaise, qui quitte tout pour rejoindre Josh Chan, un ancien amour de vacances recroisé quelques minutes dans la rue. Plusieurs procédés déconstruisent l’expression : le mot “folle” est qualifié de sexiste, l’histoire est racontée du point de vue de Rebecca Bunch, son trouble de la personnalité borderline n’est jamais utilisé contre elle dans la série et surtout elle finit par se choisir elle plutôt que l’amour. 

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Rebecca Bunch ( Rachel Bloom) et Josh Chan (Vincent Rodriguez III) dans la série Crazy Ex-Girlfriend. Crédit photo : FR_tmdb

« Crazy Ex-Girlfriend présente une critique féministe de l’amour romantique. En effet, Rebecca a été trompée en pensant que l’amour romantique est sa seule chance de bonheur », fait remarquer Rose Patard. Les caractéristiques que l’on attribue à « l’ex folle » sont nombreux : elle serait obsessionnelle, harcèlerait, traquerait son ex. Mais Rose Patard souligne tout de même qu’en 2020, « 19,9% des femmes ont été victimes de harcèlement ou de “stalking” en Angleterre et au Pays de Galles contre 9,6% des hommes ». 

Derrière la phrase, des violences faites aux femmes

Faire passer son ex pour une folle est un mécanisme qui peut s’inscrire dans les violences conjugales, plus spécifiquement psychologiques. Ces dernières englobent « les violences verbales, la manipulation, l’isolement, le contrôle, le manque de liberté, faire croire à sa partenaire qu’elle est folle ou qu’elle n’a pas de valeur », détaille Sarah Bogelund Dokkedahl, chercheuse au centre national de psychotraumatologie du Danemark. 

En changeant la narration des événements, les auteurs de violences s’assurent que leurs proches, amis, famille, collègues seront « de leur côté ». C’est ce qu’a vécu Léa, mais aussi Hélène, qui a partagé 25 ans de sa vie avec un homme violent :

« Je suis partie en catimini en laissant tout derrière moi, explique-t-elle. J’ai coupé les ponts avec mon ex belle-famille mais je n’ai pas de doutes sur ce qu’il dit de moi. » 

Discréditer la victime est un processus aussi courant qu’efficace : « Si la victime est frustrée, qu’elle essaie de se défendre et qu’en plus elle souffre d’un syndrôme post-traumatique lié aux violences, les gens peuvent finir par penser qu’elle est difficile, que peut-être elle accuse son ex-conjoint mais que ce n’est pas vrai », prend pour exemple Sarah Bogelund Dokkedahl. 

D’autant plus que dans les violences psychologiques, les victimes sont déjà discréditées au quotidien. À cause de la manipulation et du gaslighting, les survivantes se remettent en question :

« On a l’impression d’être folle car à l’extérieur le discours n’a rien à voir avec les actes… j’étais son souffre douleur à la maison et son faire-valoir à l’extérieur, explique Hélène. Il disait aux gens qu’il avait une épouse formidable, il tenait des discours féministes, par exemple en disant que ça ne le dérangeait pas d’avoir une femme plus diplômée que lui, bien au contraire. À l’intérieur du foyer, c’était plutôt “Arrête de frimer”, “C’est moi qui t’ait faite”, il niait mes réussites… »

Les violences psychologiques s’installent dans le temps et perdurent souvent après la relation : « Quand on va raconter un événement, ça a l’air très banal mais parfois il y en a eu dix par jour. Cette répétition nous perturbe de façon très profonde et vient déranger notre jugement », indique Hélène. 

Instaurer la peur et la menace permet à l’auteur des violences d’asseoir sa domination, mais c’est très difficile à détecter car ce sont des comportements subtils : « À la fin, il suffit d’un soulèvement de sourcil ou que la voix change de ton pour que la victime ait peur de son agresseur et des conséquences qu’il pourrait y avoir », explique Sarah Bogelund Dokkedahl. 

En menant une étude dans des refuges pour femmes victimes de violences au Danemark, elle a découvert que les violences psychologiques avaient un impact encore plus important que les violences physiques et sexuelles (qui peuvent déjà provoquer des syndrômes post-traumatique) :

« Pour les violences psychologiques, les victimes ont souvent ce qu’on appelle un syndrôme post-traumatique complexe, explique-t-elle. Comme ce sont des violences qui durent en général plus longtemps et qui sont répétées, il y a plus de symptômes. » 

Ainsi, la personnalité de la victime peut changer, mais aussi l’image qu’elle a d’elle-même ou encore ses relations avec les autres. « Les victimes peuvent avoir du mal à réguler leurs émotions, elles peuvent par exemple être très en colère, très contrariées pour de petites choses, ou au contraire elles ne ressentent rien ». Autant de facteurs qui peuvent expliquer certains comportements qui semblent irrationnels ou démesurés de la part de ces ex qui seraient folles. Car comme l’a justement fait remarquer Natalie Portman en 2018 lors d’un discours :

« Si un mec vous dit que son ex était folle ou difficile, demandez-lui : « Qu’est-ce que tu lui as fait de mal ?” »

*I’m just a girl in love : une enquête sur le mythe de l’ex folle, dans le cadre du master genre, média et culture à l’université de Londres, Rose Patard. 

*Le prénom a été modifié.

À lire aussi : Mon ex m’a harcelée pendant deux ans, et la police vient tout juste de réagir

Violences conjugales : les ressources

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez est victime de violences conjugales, ou si vous voulez tout simplement vous informer davantage sur le sujet :

Les Commentaires
26

Avatar de hellopapimequepasa
28 mars 2022 à 18h18
hellopapimequepasa
en fait ça dépend des personnes oui y en a qui attire les gens mauvais (ou vont vers ce type de relation par ce qu'ils sont très mal et persuadé que c'est ce qu'ils méritent bref c'est très complexe) mais maon ex adelphe n'arretait pas de dire qu'iel faisait du tri (amicalement)et parlais souvent de relation amoureuse toxique et c'est le portrait type de la personne que sur les réseau militant on va croire direct (handi et queer) et au fur et a mesure du temps j'ai compris que les choses n'était pas si binaire(je ne dis pas que c'était iel le/la coupable et pas les autre mais le contraire est vrai aussi) .Oui il y a des violences systémique exercée a l'encontre des femmes,des queer,des handi mais ça veut pas dire que dans chaque cas la personne est blanche comme neige.l'article me gène parce qu'il fait une méga généralité (même si je comprend que les femmes veulent se prévenir de violence et préfère prévenir que guérir)bref le sujet est méga complexe (encore une fois).
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