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Santé

Oui, le masque est chiant, et oui, on va continuer à le porter. Voici pourquoi.

Depuis ce 14 mars, le port du masque n’est plus obligatoire dans la plupart des lieux publics. On a demandé à des personnes (vulnérables ou non) pourquoi il était important de continuer à le porter quand même.

Cinémas, écoles, musées, restaurants : depuis ce lundi 14 mars au matin, le port du masque n’est plus obligatoire en intérieur dans la plupart des lieux accueillant du public.

Mais alors que certains parlent de soulagement, d’autres appellent à continuer à le porter, ce masque devenu omniprésent. Pour se protéger soi, pour protéger les autres, mais aussi pour lutter contre une gestion de la pandémie qui exclut les personnes considérées comme vulnérables et s’ancre dans un validisme structurel.

Alors oui, nous aussi, on en a marre de respirer dans un masque toute la journée. Mais dans la pratique, il y a plus de risques à ne pas le porter, ce masque, qu’à vivre avec. Militantes ou non, à risque ou pas, quatre personnes nous expliquent pourquoi le port du masque reste nécessaire.

Contre le Covid-19, les gestes individuels ne suffisent pas

Les termes de « personnes à risques » ou « personnes vulnérables », utilisés très souvent depuis le début de la pandémie, recouvrent un ensemble de réalités très différentes ayant pour point commun un risque élevé de contracter une forme grave du Covid-19.

La définition gouvernementale y inclut les personnes âgées de plus de 65 ans, les personnes immunodéprimées (environ 300 000 Françaises et Français), celles qui sont atteintes de maladies chroniques, et celles pour qui plusieurs de ces conditions se croisent.

Face à la pandémie, le site gouvernemental des solidarités et de la santé, dans sa documentation datée du 27 décembre 2021, leur recommandait entre autres les comportement suivants :

« En tant que personne “à risque de formes graves”, il vous est recommandé d’adopter une attitude prudente afin de limiter votre exposition au virus :

– Portez systématiquement un masque « grand public » à l’extérieur

– Favorisez les heures de faible affluence pour réaliser vos courses (ex : créneaux réservés aux populations à risques si disponibles)

– Préférez avoir recours à la livraison de vos courses / repas à domicile, si cela est possible

– Dans la mesure du possible, faites-vous aider par un proche / un voisin pouvant réaliser les courses à votre place et vous les déposer au domicile

En tant que personne “à risque de formes graves ” il vous est recommandé d’éviter au maximum les transports en commun.

Si vous êtes une personne à risque, il est vous est recommandé d’éviter au maximum le contact avec les enfants. Il n’est pas conseillé de recevoir vos petits-enfants à domicile. »

Un discours qui semble se décharger d’une gestion sanitaire collective de la pandémie, au profit de gestes individuels insuffisants pour être protecteurs. C’est ce que souligne Elisa Rojas, avocate et militante féministe et anti-validiste :

« Nous sommes face à une vision politique où toutes les existences n’ont pas la même valeur.

Plus de deux ans après le début de la pandémie, ce qui est clair, c’est qu’on est dans une société individualiste et égoïste dans laquelle les personnes à risque n’ont pas d’importance.

Cela nous montre le validisme structurel qui est à l’œuvre, et son acceptation par le plus grand nombre — comme si c’était totalement acceptable de considérer que les personnes qui sont déjà malades ou à risque ne méritent pas d’être protégées. »

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Cottonbro / Pexels

Pour les personnes à risque, il n’y a pas eu de relâchement du Covid-19

Aurélie a 38 ans et est atteinte de lymphopénie, une maladie qui affecte son système immunitaire. Elle et son conjoint Jonathan rejoignent le constat d’Elisa Rojas :

« On dit “c’est une maladie grave pour les personnes qui ont des comorbidités”, comme si on disait “ces gens vont mourir de toute façon”.  »

Avant la pandémie, la santé d’Aurélie était protégée par des antibiotiques et des antiviraux — inefficaces contre le Covid-19. Pour elle et pour son compagnon Jonathan, l’allègement successif des mesures sanitaires telles que l’obligation du masque ne représente pas un soulagement, mais plutôt l’aggravation d’une situation très dangereuse :

« Pour nous, le confinement ne s’est jamais arrêté. Et le pire commence aujourd’hui : avec les taux d’incidence actuels, la vie quotidienne n’est plus possible pour les personnes immunodéprimées…

La fin du masque obligatoire, c’est nous interdire, encore plus qu’avant, l’accès à tous les lieux publics. Même aller voter devient un risque. »

Car les vaccins réduisent, mais n’empêchent pas la circulation du virus. Alors, après les confinements, le couple a dû changer radicalement de mode de vie pour ne pas risquer la vie d’Aurélie :

« Notre vie d’avant était très rock’n’roll. On aimait faire la fête, on recevait beaucoup d’amis, on sortait souvent. Désormais, on en est privés : nous vivons en vase clos, principalement tous les deux. En fait, on vit dans une réalité parallèle de la population générale. »

Parmi les sacrifices que leur impose l’assouplissement des mesures sanitaires se trouve notamment leur vie de famille — Aurélie comme Jonathan ne peuvent presque plus voir leurs enfants. Ce dernier explique :

« Nous sommes une famille recomposée : Aurélie a un enfant et j’en ai deux dont nous avions jusqu’ici la garde alternée, une semaine sur deux.

Mais depuis septembre, pour que nos enfants puissent garder une vie “normale” (aller en cours, voir leurs amis…), nous avons dû faire le choix très douloureux de les laisser à temps plein à leurs autres parents. Ils sont vaccinés, mais la circulation du virus dans les écoles est telle que c’est très dangereux pour Aurélie.

Nous les voyons très peu, seulement quand le climat nous permet de les voir à l’extérieur. Et dans ces moments-là, il faut gérer la frustration de ne pas pouvoir les prendre dans nos bras, de ne pas être là pour partager leur quotidien.

C’est extrêmement difficile d’accepter de ne pas les voir grandir, sans savoir quand cette situation s’arrêtera.

Et encore, nous avons la possibilité de les laisser chez leur autre parent… Pour celles et ceux qui n’ont pas ce choix, les choses sont bien plus difficiles à gérer. »

La fin du masque obligatoire, une injustice criante

Pour Elisa Rojas, la fin de l’obligation du masque dans les lieux publics ne correspond pas à la réalité scientifique de la pandémie.

« Ce qui est triste et paradoxal, à ce stade, c’est qu’on a désormais des informations que nous n’avions pas au début de cette pandémie.

Il est documenté que le port du masque est véritablement efficace, notamment celui du FFP2 ; pourtant, plus on avance, et plus la situation devient risquée et dangereuse, surtout pour les personnes malades, handicapées, et/ou à risque.

Tout ne dépend que du comportement individuel de chacun, alors qu’il pourrait y avoir une vraie politique publique de santé protectrice de tout le monde. »

L’activiste rappelle que pour les personnes considérées comme les plus vulnérables, les conséquences de la fin du masque obligatoire sont lourdes, et créent des injustices.

« On assiste depuis le début à une précarisation des personnes à risques. Dans leurs emplois, dans leurs conditions de travail, nombre de personnes ont déjà été affectées par cette gestion du virus, et la fin de l’obligation du port du masque va la poursuivre et l’amplifier.

Même chose pour l’isolement : nous, on est dans l’expectative, la précaution, l’hypervigilance permanente depuis le début.

La liberté qu’on avait avant la pandémie — et qui déjà, à la base, était restreinte — on ne l’a jamais retrouvée. Depuis le début de l’assouplissement des restrictions, on doit faire la balance entre santé physique et mentale : l’isolement a un impact sur la santé mentale, ce qui fait qu’on est constamment en train de s’interroger sur ce qui est le pire, tomber malade et attraper le Covid, ou se protéger physiquement au risque d’altérer très gravement et durablement sa santé mentale ?

Et là, ça crée de l’injustice, parce qu’il y a des lieux que l’on aurait pu retrouver si on avait eu des mesures protectrices de tout le monde. Le masque, la ventilation et l’aération des espaces, autant de choses qui auraient pu être faites pour que les espaces soient moins dangereux.

À partir de ce 14 mars, s’il y a plus ni masques, ni pass, et aucune réflexion concernant l’aération, je ne vois pas comment des personnes à risques pourraient retrouver les restaurants par exemple. »

Cette précarisation, Jonathan et Aurélie l’anticipent. Si jusqu’ici, ils ont eu la possibilité de télétravailler, Jonathan doit pour sa part négocier tous les trois mois avec son employeur pour pouvoir éviter de se rendre sur son lieu de travail, qui accueille 1 200 personnes par jour.

« Dès aujourd’hui, mes collègues n’auront plus l’obligation de porter le masque, et mon lieu de travail n’est pas soumis au pass vaccinal. Dans ces conditions, et sans protocole sanitaire, le travail en présentiel m’est rendu impossible : si l’on me refuse le télétravail, c’est la question même de ma subsistance qui va devoir se poser. »

Protéger les autres, mais aussi se protéger soi-même du Covid

Il s’agirait de ne pas oublier l’évidence : il n’y a pas que pour les personnes à risques que le Covid est un danger.

Comme les témoignants et témoignantes le rappellent à plusieurs reprises, la pandémie est une situation collective. Les personnes considérées comme « en parfaite santé » ont elles aussi tout à gagner à se protéger.

Elles mentionnent notamment les cas de symptômes prolongés du Covid-19, ou « Covid long » — la Haute Autorité de Santé, sur la question, décrit la persistance de symptômes plusieurs semaines ou mois après les premières manifestations de la maladie chez 20% des patients après 5 semaines et 10% des patients après trois mois.

C’est ce qu’a vécu Barbara, rendue vulnérable par sa contamination alors qu’elle n’était pas « à risques » :

« Trois mois après mes premiers symptômes du Covid, ma forme générale et mes défenses immunitaires ont été affaiblies. Ma généraliste m’a clairement prévenue que je pouvais facilement attraper une nouvelle fois le Covid ou l’une des autres maladies qui traînent en ce moment. Pour respecter ses recommandations, je continue à porter un masque FFP2 en permanence.

Le relâchement de la vigilance, avec la fin du port du masque obligatoire, peut entraîner une re-contamination ; ça peut être particulièrement violent pour ma santé, car n’étant pas encore totalement remise, la maladie peut m’affaiblir encore plus. Même si le port du masque est contraignant, le garder dans les lieux clos reste important pour se protéger soi, et protéger les plus fragiles. »

#Ouiaumasque, un appel à la solidarité et à l’autodéfense sanitaire

Sur les réseaux sociaux, individus et collectifs appellent à continuer à porter le masque dans les lieux publics sous les #Ouiaumasque, mais aussi à l’autodéfense sanitaire. C’est le cas du collectif Zéro Covid Solidaire, dont font partie Aurélie et Jonathan. Ils expliquent :

« L’idée, ce n’est pas que tout le monde vive dans une ambiance anxiogène, mais plutôt de rester conscient des risques pour pouvoir continuer à se protéger collectivement.

La notion d’autodéfense sanitaire, c’est refuser une loi du plus fort dans laquelle ce sont ceux qui seront en bonne santé, ceux qui ont des conditions de travail moins exposées ou les moyens de ne pas travailler pourront vivre. Et ce, en limitant la circulation du virus au maximum, pour s’économiser du temps et laisser la science progresser ! Sur la question des vaccins, mais aussi des anticorps qui pourraient aider les personnes immunodéprimées.

Pour cela, nous pouvons nous appuyer sur les moyens scientifiquement prouvés d’atténuer cette propagation : l’aération, le renouvellement de l’air en espace clos le port de masques FFP2. »

Des gestes qui, appliqués collectivement, pourraient permettre de faire baisser la pression qui pèse sur les personnes les plus vulnérables, et qu’Aurélie et Jonathan subissent lourdement.

« On arrive pas à se projeter, on vit au jour le jour. On a une charge cognitive permanente : tout est calculé pour limiter les risques, on doit ingurgiter d’énormes quantité de données sanitaires en permanence pour essayer de faire des choix quotidiens, évaluer nos prises de risque. C’est pesant, émotionnellement.

Et sous nos fenêtres, on voit des gens en terrasse qui nous rappellent bien tout ce qu’on ne peut plus faire. »

En quelques mots comme en cent : faut-il continuer à porter le masque dans les lieux clos ? Sur ce sujet, la réponse d’Elisa Rojas est claire.

« Il faut garder le masque en intérieur, et dans toutes les situations que l’on sait à risque ! À défaut d’une politique globale, nous pouvons essayer de prôner l’autodéfense sanitaire : essayer de s’organiser, collectivement, pour adopter des mesures protectrices.

Il n’y a pas de question à se poser, si vous pouvez porter le masque, surtout un FFP2, faites-le. Pour les personnes à risque, mais surtout pour tout le monde : c’est de la logique ! »

Alors oui, nous aussi, on en a un peu marre du masque. Mais on va continuer à le porter (correctement) et on vous invite à faire de même !

À lire aussi : « Je l’ai sur le bout de la langue » : la pandémie nous fait perdre nos mots

Crédit photo : Ana Shvet / Pexels

Les Commentaires
204

Avatar de Mimi Pinkerton
21 mars 2022 à 20h40
Mimi Pinkerton
Comment ton observation subjective de non-spécialiste pourrait être plus fiable que le résultats de plusieurs études de chercheurs que ce soit en sciences dures ou sciences humaines unno: ?
Au vu de l'argumentation déjà présentée sur plusieurs pages d'un autre topic par la madz, a priori elle considère que c'est équivalent.
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Voir les 204 commentaires

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