Wonder Woman, Tornade… ce que les super-héroïnes disent de nos sociétés (et ce qu’elles en diront demain)


À l’occasion de la sortie du documentaire inédit Le Règne des super-héroïnes produit par Toonami, Madmoizelle s’est penché sur la représentation des super-héroïnes dans l’univers des comics : leur passé, leur présent et surtout leur avenir !

Wonder Woman, Tornade… ce que les super-héroïnes disent de nos sociétés (et ce qu’elles en diront demain)Roy Reyna / Pexels

Le 24 mai 2021

En partenariat avec Warnermedia (notre Manifeste)

On ne vous apprend rien : les super-héroïnes acquièrent enfin la place qu’elles méritent dans la pop culture, au même titre que leurs homologues masculins. Le chemin a été long, semé d’embûches, mais en 2021, il est temps de se poser la question : qu’est-ce que le futur nous réserve en matière de représentations ?

Les différentes étapes qui ont construit les super-héroïnes

Pendant un temps, les super-héroïnes étaient des variations féminines de personnages masculins déjà existants. Elles représentaient bien souvent une valeur assimilée à la gent féminine comme la bienveillance, l’empathie, la tempérance…

Leurs personnages ont ensuite pris de l’ampleur dans la narration. Leurs personnalités ont été plus travaillées, et les dessinateurs ont commencé à imaginer des femmes d’origines et d’âge divers. Le premier à avoir fondamentalement pris ce parti fut Chris Claremont, scénariste des X-Men, à la fin des années 1970 : il a fait de Tornade (Storm en V.O.), une héroïne afro-américaine, une femme puissante et surtout une leader. Une première dans l’univers des comics !

Mais Chris Claremont ne pouvait pas tout solutionner : pour que les personnages féminins prennent de l’ampleur et du corps, il fallait aussi qu’ils soient imaginés par des femmes. Le documentaire inédit Le Règne des super-héroïnes produit par Toonami revient également sur l’utilité des costumes, qui permettent l’identification ; on remarque de moins en moins de tenues sexualisées au fil des années, et ce n’est pas un hasard… Pour Trina Robbins, autrice et historienne de comics, il n’y a pas trente-six explications :

« Je pense que cela vient majoritairement du fait qu’il y a tellement plus de lectrices de comics aujourd’hui qu’à mon époque. Mais il y a également beaucoup plus de dessinatrices et d’autrices ; ces dernières viennent dépeindre ce qu’elles pensent les unes des autres. Nous sommes donc dans une nouvelle dynamique où la femme est enfin représentée par des femmes et non pas mise en avant par des hommes.

C’est pour cela que les comics sont bien meilleurs, ou plutôt plus justes aujourd’hui et touchent une nouvelle cible, notamment celle des femmes. »

Notons enfin l’importance des cartons au cinéma de Captain Marvel (2019) et Wonder Woman (2017) : pour Mélanie Boissonneau, docteure en études cinématographiques et audiovisuelles, la sortie de ces deux films marque un tournant.

« En 2004 et 2005, deux films narrant l’histoire de super-héroïnes sont sortis : Elektra avec Jennifer Garner chez Marvel et Halle Berry dans le rôle de Catwoman du côté de chez DC. Ces deux longs-métrages ont été d’énormes échecs au box-office. Il a fallu attendre les années 2010 avant de revoir des super-héroïnes au cinéma. […]

Le fait que Wonder Woman et Captain Marvel aient eu du succès à ouvert la voie ! On se dit enfin qu’un film peut être porté par les épaules d’une super-héroïne. »

Ce que disent de nous les super-héroïnes

Jusque dans les années 2000, les super-héroïnes ont été inspirées d’événements historiques, de fait sociétaux ou de leur place dans la société : Black Widow est directement reliée à la guerre froide par son parcours personnel, la Femme invisible ou la Guêpe sont respectivement invisible et microscopique, soit « une puissante métaphore de l’image des femmes dans le monde du travail durant les années soixante » (comme on l’entend dans Le Règne des super-héroïnes)…

Toujours dans la même idée, les personnages féminins mis en avant de nos jours permettent d’aborder des problématiques actuelles, comme leur condition en tant que femme dans l’espace public, selon Mélanie Boissoneau :

 « L’adaptation de super-héroïne qui a vraiment changé les choses est celle de “Jessica Jones”, avec son personnage principal qui ne se revendique pas féministe, mais qui pour moi l’est profondément.

On y comprend que les violences faites aux femmes ne sont pas seulement physiques, un peu comme “Harley Quinn” permet d’aborder la santé mentale : dans “Jessica Jones”, la question du consentement est centrale pour l’héroïne et se transmet par beaucoup d’éléments — comme sa manière de refuser le costume dans la série. C’est une nouveauté à la télévision ! »

Dans la même dynamique, les personnages féminins ont des corps plus diversifiés, et vous-mêmes vous savez qu’on revient de loin à ce sujet ! Écureuillette en est la parfaite illustration : les dimensions de son corps sont réelles, elle n’est pas exagérément élancée et sa taille n’est pas outrageusement marquée. Malgré sa petite taille, elle se distingue par son ingéniosité et son intelligence. Le physique n’est plus la seule manière de définir les personnages féminins, et c’est tant mieux.

D’autres types de diversité sont bien sûr à noter et sont explorés dans Le Règne des super-héroïnes, avec entre autres l’exemple de Batwoman devenue un symbole de la communauté LGBTQI+. Ce personnage qui n’était qu’une pâle copie de Batman à sa création dans les années 1950 a été totalement réimaginé en 2006, jusqu’à devenir une héroïne ouvertement lesbienne. Puis une révolution dans le monde des comics arrive, avec Ms Marvel : pakistanaise, musulmane, elle permet à tout un lectorat de se sentir enfin représenté.

À quoi s’attendre pour l’avenir des super-héroïnes ?

À l’image des femmes, les futures super-héroïnes devront s’émanciper des stéréotypes qui les entourent et prendront des caractéristiques plus humaines, car la dimension « idéale » des super-personnes, quel que soit leur genre a été entièrement revue. Il n’y a qu’à voir The Boys pour s’en rendre compte !

Le lectorat d’aujourd’hui ne veut plus seulement rêver, il veut pouvoir se sentir en phase avec ses modèles de fiction. Les nouvelles super-héroïnes incarnent des causes militantes, et sont en adéquation avec une société qui évolue. En ce sens, nous pouvons totalement imaginer des femmes avec une conscience écologique très affirmée, ou dont l’objectif serait d’aider les populations discriminées sur la base de leur origine ethnique, de leur genre… et bien sûr, il n’y a pas que les femmes : des personnages non-binaires pourraient faire leur apparition !

Pour en savoir davantage sur l’histoire des super-héroïnes, leur identité et leur futur, ne manquez pas ce 24 mai à 20h55 le documentaire inédit Le Règne des super-héroïnes — sur Toonami puis disponible à la demande.

À lire aussi : De Wonder Woman à Black Widow, ce documentaire analyse la place des super-héroïnes

Sophie Castelain-Youssouf

Sophie Castelain-Youssouf


Tous ses articles

Commentaires

Mewen

@eLLuLa
Ce contenu est réservé aux membres inscrit.es. Inscris-toi par ici.
Et pour Captain Marvel très clairement s’il c’était s’agit d’un gars, les gens auraient juste dit « trop classe il est super puissant et il casse tout » :stare:
 

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!