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J’ai avorté, et ça va, je ne suis pas traumatisée

Alors que l’IVG est dorénavant interdit dans de nombreux états des USA, le monde prend conscience de la précarité de ce droit essentiel. Quand Chloé avait 24 ans, elle a avorté. Une expérience ni traumatisante ni dramatique, vécue sereinement grâce à un entourage bienveillant.

Quand j’avais 24 ans, je suis tombée enceinte et j’ai avorté.

Contrairement à d’habitude, je ne vais pas vous raconter ma vie ni les raisons qui m’ont poussé à prendre cette décision, parce que je pense qu’aucune justification ne devrait être nécessaire. 

Désolée les pro-life, je vous raconterais bien que comme j’avais déjà un fort désir d’enfant, cette expérience m’a brisée, mais ça n’a même pas été le cas. C’est vrai que j’aurais aimé pouvoir le garder, mais j’étais très en paix avec le fait que là tout de suite maintenant ça n’allait pas être possible et que j’allais plutôt attendre patiemment que les conditions soient réunies pour me lancer dans cette aventure.

Vous savez déjà comment on tombe enceinte, pas besoin de vous refaire le topo. En revanche, je vais vous raconter comment ça s’est passé après que j’ai découvert les deux barres sur le petit bâton, et les 3 raisons qui ont probablement permis je le vive si bien. Parce que j’en suis persuadée, si tout le monde avait eu ma chance, les IVG seraient beaucoup mieux vécues.

L’éducation, ou comment je n’ai jamais vu l’IVG comme un truc culpabilisant

Déjà, mes parents sont athées et je suspecte ma mère d’être féministe même si elle n’a jamais exprimé les choses aussi clairement. À ça, rajoutez ma grand-mère, dont je n’étais absolument pas proche, mais qui a quand même légué le témoignage d’avortementS clandestinS pas top conforts et pas top sécures, et un goût pour l’émancipation. 

Chez moi, j’ai toujours entendu dire que les câlins n’avaient rien à voir avec la reproduction, et que risquer la grossesse en les pratiquant, c’était le désavantage majeur d’un truc très cool. 

Je ne me souviens pas de discussion à table entre le roquefort et la Danette où l’on aurait parlé avortement, mais j’ai toujours su que l’option existait et que si on tombait enceinte, mais qu’on ne pouvait / voulait pas garder l’enfant, on se faisait avorter, point. À la limite, ce qui était impensable, c’était justement de garder un enfant non prévu.

L’entourage, où le rassemblement des gars sûrs et bienveillants

Qui se ressemble s’assemble. J’ai vu les deux barres. 10 minutes et un certain nombre de « – Oh Putain devine quoi, je suis enceinte !!!!! »  plus tard, l’intégralité de mes potes IRL et URL étaient au courant. 

 J’ai quand même épargné le responsable pendant 24 heures, le temps de faire le point et d’étudier mes options. Quand je l’ai finalement prévenu, il a été attentionné et très présent. Ma décision était prise, mais j’étais soulagée de pouvoir vivre ça avec lui, alors qu’on n’était même pas en couple.

Si on y pense, il n’a rien fait d’autre que se comporter normalement, mais considérant la réaction de beaucoup de cismecs en pareille situation, c’est déjà merveilleux.

L’environnement, ou le high five qui a tout changé

Je vis aux Pays-Bas depuis 2008. Je ne sais pas comment ça se passe maintenant, car je n’ai pas réitéré depuis, mais il y a 10 ans, c’était très facile de pratiquer une IVG à Amsterdam. 

Après un passage éclair chez le médecin généraliste pour « valider la grossesse », il suffisait de contacter une des cliniques qui pratiquaient l’intervention. Aux Pays-Bas, on avorte jusqu’à 24 semaines et on accueille toute l’Europe. 

Les IVG se pratiquent donc dans des établissements spécialisés, et qui dit établissement spécialisé dit personnel soignant dédié. Et entre quelqu’un qui a activement choisi de travailler dans une clinique pour les IVG et quelqu’un qui bosse en maternité et qui daigne – grand seigneur- rattraper la boulette d’une petite écervelée… C’est mieux pour ta pomme de tomber sur la première catégorie. Même si je n’ai jamais fréquenté la seconde, des gens charmants à ce qu’il parait.

J’ai appelé la clinique et obtenu un rendez-vous 7 jours après, à cause du délai légal de réflexion d’une semaine. Le jour dit, j’ai été accueillie par une psychologue avec qui je devais discuter de mes motivations. Je ne m’attendais pas à une telle propagande !

Ils poussent loin le délire les pro-choix ! Quand j’ai expliqué à la thérapeute pourquoi je ne gardais pas cette grossesse, la thérapeute m’a fait tapé un high five en me disant que j’avais bien raison ! Tant de soutien, ça surprend, mais ça conforte aussi.

Je me suis installée dans la salle d’intervention et on a commencé par me faire une échographie. En coupant le son et en tournant l’écran. Pour que je ne voie pas l’embryon. 

Ensuite, on m’a posé le masque anesthésiant et j’ai évidemment dit que ça ne me faisait aucun effet, avant de me réveiller peu de temps après dans une salle de réveil. Le temps de reprendre mes esprits et de vérifier que tout allait bien, une amie est venue me chercher.

Je suis rentrée chez moi avec des instructions et un rendez-vous de suivi un mois plus tard où la question de la contraception serait abordée.

Voilà, c’est tout, fin de l’histoire.

Et après ?

Je ne vais pas vous dire que je n’ai rien ressenti. Ne serait-ce que parce que dans la vie, je ne connais pas beaucoup de situations qui ne provoquent absolument aucune réaction ni aucune émotion. 

Mais 10 ans après, j’attends encore la souffrance et la culpabilité. 

Peut-être que si je n’avais pas avorté, ma vie aurait été cool quand même hein, je n’en sais rien. Peut-être que j’aurais gagné au loto et rencontré un éditeur célèbre dans la foulée. Mais je n’ai jamais regretté mon choix, j’avais encore une longue route à parcourir seule avant de pouvoir accueillir du monde à mes côtés.

L’IVG n’a pas besoin d’être dramatique, parfois, elle l’est et parfois non. Malheureusement, notre société, même lorsqu’elle se positionne en sa faveur, continue systématiquement de la présenter comme un acte sordide et désespéré. 

Avorter d’accord, mais jamais sans préciser que c’était difficile et traumatisant et surtout jamais sans justifier de conditions de vie absolument incompatibles avec l’arrivée d’un enfant. 

Sans le vouloir, on continue d’exiger des personnes qui avortent qu’elles expient et sans le vouloir, on incite les personnes à développer des sentiments et des émotions qu’elles n’auraient peut-être pas ressenties, ou du moins pas si fort, si la narration avait été différente.

Parfois, l’IVG fait mal, parfois non, parfois, c’est ambivalent. À chacun.e de décider pour iel-même comment iel vit la chose, sans que la société ne vienne donner son avis.

En ce qui me concerne, l’avortement a avant tout donné à mon existence le temps nécessaire pour s’épanouir et murir, afin qu’un jour, elle soit capable d’accueillir ma royale engeance. Et le moment venu, même si ma première héritière (cette grosse troll) m’a aussi fait le coup du débarquement surprise, il y avait plein de place pour elle dans ma vie.

À lire aussi : J’ai avorté, j’en veux à mon mec, et à la Terre entière

Crédit photo image de une : fizkes

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