Ce que dit Matrix de l’humain et de nos sociétés actuelles

Loin de n’être qu’un gros blockbuster cyber-punk aux scènes de combats calquées sur le cinéma asiatique, Matrix est un pamphlet politique et social qui est toujours très actuel.

Ce que dit Matrix de l’humain et de nos sociétés actuelles

Matrix, qui a fêté ses 20 ans dimanche dernier, a été considéré lors de sa sortie comme un OVNI cinématographique, une créature étrange et incomparable à ce qui existait déjà.

Réalisé par les sœurs Wachowski, ce film de science-fiction cyber-punk n’a aujourd’hui toujours pas pris la moindre ride. Au contraire, il demeure très actuel !

Avant d’analyser les similitudes entre ce produit hybride et nos sociétés modernes, laisse-moi rembobiner un peu.

Matrix, de quoi ça parle ?

Thomas Anderson mène une double vie.

Le jour, il est programmateur anonyme dans un service morne, le soir il est Neo, l’un des pirates les plus recherchés du cyber-espace.

Neo est constamment assailli par des rêves étranges et des messages cryptés qui proviennent d’un dénommé Morpheus (référence directe à la divinité grecque des rêves prophétiques).

Morpheus l’encourage à voir plus loin que le bout de son nez, à se dépasser pour trouver la réponse à la question qui le hante : qu’est-ce que la matrice ?

Ça, personne ne le sait, et aucun homme n’est parvenu à percer ses secrets…

Mais Neo est l’élu, Morpheus en est persuadé.

Par « élu » comprends, douce lectrice, une sorte de libérateur de l’humanité annoncé par une prophétie, garant de la conservation du libre-arbitre humain.

Main dans la main, les deux hommes vont se lancer dans une lutte folle contre la Matrice et ses affreux agents…

Bon alors, tout ça a l’air un peu compliqué, j’en conviens. Et si le pitch est alambiqué, le film l’est sans doute encore plus, sans parler de la trilogie !

Toutefois, et si tu ne l’as pas encore vu, je t’encourage à lui confier un gros bout de ton temps (2h15 pour le premier opus quand même).

Matrix mérite ton attention, d’autant plus que certaines des grandes thématiques qu’il aborde font écho à ce que traverse notre monde actuellement.

Matrix, un vrai phénomène

Lors de sa sortie en 1999, Matrix a connu un joli succès au box-office, rapportant quelques 160 millions de dollars sur le sol américain. Le public a aimé, la critique a détesté… et parfois inversement.

Ce qui est sûr, c’est que tout le monde en a parlé.

La singularité du film ?

Au-delà de son propos ésotérique, ce sont ses scènes chorégraphiées avec minutie, sur le modèle du cinéma d’action asiatique, qui marquent, ainsi que les techniques de réalisation grandioses.

Bref Matrix, qu’il ait été ovationné ou hué, s’est en tout cas vu compléter de deux opus quelques années plus tard, faisant de lui une trilogie profonde et dense.

Ce triptyque incontournable du cinéma est à ce point bien construit et pose un si grand nombre de questions sociétales et philosophiques, que ma prof de philo l’avait même fait étudier à ma classe en dernière année de lycée.

C’est dire !

Frederick Sigrist, truculent trublion de France Inter, a confié il y a quelques jours dans sa chronique :

« C’est une grille de lecture de notre époque ! J’en ai plus appris sur notre société en regardant 2 minutes de Matrix qu’en écoutant parler Raphaël Enthoven pendant 2 heures ! »

Bon, déjà c’est hilarant.  Et surtout, bah c’est pas faux, comme dirait Perceval le Gallois.

Je me suis bouffée du Raphaël Enthoven pendant des heures pour préparer mon bac, et même si le beau gosse de la philosophie m’a bien aidée, aujourd’hui il ne me reste plus grand-chose de son apprentissage…

Alors que Matrix, ça n’est pas un film qui s’oublie comme ça. 

Matrix, un miroir de notre société ?

Frederick a continué :

« Ce que je dis c’est que dans Matrix, on serait tous des piles de combustible qui servent à alimenter les machines. Eh ben qu’est-ce qu’ils nous disent depuis 5 mois, les gilets jaunes ? Qu’ils en ont marre d’être des piles ! »

Ce que souligne avec humour et malice le chroniqueur, c’est qu’en effet un nombre grandissant de Français en ont marre d’être les pantins d’un système qui les a oubliés.

Ils se considèrent exploités par des dirigeants qui n’ont cure de leur situation et se réveillent après avoir « dormi trop longtemps », à l’instar de la population qui vit amorphe dans la Matrice.

Outre ce parallèle avec la situation qui émousse Paris et la France en général depuis des mois, l’analogie peut s’étendre au monde entier.

Parce que Matrix parle dans son ensemble du contrôle que certains exercent sur les populations.

La trilogie des sœurs Wachowski décortique les comportements des humains, qui préfèrent selon elles (et l’humoriste Frederick Sigrist) souvent leur confort à leur liberté et à leur unicité.

Le triptyque questionne donc en réalité notre rapport au libre-arbitre.

Matrix et le libre-arbitre

À quel point sommes-nous maîtresses de nos décisions et de notre destin ? Combien de facteurs extérieurs interviennent dans notre processus de prise de décisions ?

Je me rappelle d’une scène lors de laquelle l’Oracle prédit à Néo qu’il va bientôt casser un vase.

Elle lui demande un peu plus tard « ce pot aurait-il été brisé si je ne t’avais pas dit que tu le briserais ? »…

Mindfuuuuuuuuuuuuuuuuck !

Des mindfucks, il y en a d’ailleurs 10 000 dans cette trilogie qui continue à fasciner 20 ans après sa sortie.

Bref, revenons-en aux similitudes qui existent entre les films et notre monde actuel.

Matrix, notre monde, et les machines

Dans Matrix, les machines dominent les hommes, les ont asservis.

À une moindre échelle, notre monde est aujourd’hui envahi par les nouvelles technologies, par les intelligences artificielles qui permettent parfois de remplacer l’humain.

Rappelle-toi douce lectrice, il y a quelques années, la France râlait car les machines allaient par exemple remplacer quelques caissières dans les supermarchés.

Tout le monde y allait de son petit commentaire :

« Les gens vont perdre leur job ! C’est terrible, il n’y aura plus de vraies caissières. »

« C’est fou, dans quelques années, on ne pourra même plus parler à de vraies personnes en allant faire nos courses. Et puis c’est quoi la suite ? »

Ce qui à l’époque pouvait ressembler et ressemble toujours d’après moi à du blabla de vieux cons, tout n’est pas à jeter, dans ces propos inquiets.

En effet, à l’ère du numérique et de la technologie de pointe, à l’ère des robots humanoïdes Walker et Cruzr présentés il y a quelques jours par la société chinoise Ubtech…

Peut-on encore être sûrs de demeurer les maîtres de notre monde (oui quand même), mais surtout les maitres de notre savoir ?

Ne sommes-nous pas devenus si ce n’est dépendants, accros à Internet et à son flux continu d’informations, parfois fausses, sans lequel il nous est compliqué de vivre et de nous renseigner ?

Personnellement, je n’ai pas un avis alarmiste concernant l’évolution de la technologie.

La seule chose qui m’effraie vraiment, c’est d’être victime de fake news, de manipulations.

J’ai toujours eu peur de croire en une vérité qui aurait en fait été montée de toutes pièces. De vivre amorphe et manipulée par « la matrice ».

Matrix, c’est de la fiction

Toi aussi, ça te fait stresser, douce lectrice ?

Alors rappelle-toi que dans science-fiction il y a fiction.

Et que certains sujets abordés par Matrix ont beau être hyper actuels, le film demeure… une œuvre fictive.

Pour autant, il faut considérer, je pense, les quelques alarmes que sonnaient à l’époque les sœurs Wachowski, et rester un poil méfiante concernant ce qu’Internet, entre autre, te sert à manger !

Il faut rester alerte, éveillée, réveillée, pour ne pas devenir des « agents de la Matrice ». Enfin, c’est le message du film. 

Le premier opus de Matrix a eu vingt ans il y a quelques jours, et sa fin se clôturait sur la chanson culte de Rage Against The Machine : Wake up.

Le message est passé !

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Commentaires

Mijou

C'est peut être ta perception, mais la trilogie Matrix a bien été pensé comme une trilogie par ses auteurs.
Le premier étant un pari de production risqué, il a été réalisé de façon à fournir une histoire en temps que telle au cas où les suites ne puissent être financées.
Les 2 et 3 n'ont pas cette contrainte et ont d'ailleurs été filmés en même temps.

Ce n'est pas parce que les 2 suites plaisent moins (c'est plus le bordel, y a des scènes qui semblent plus sortir de la tête d'un responsable marketing que d'un auteur de SF, les thématiques sont moins universelles...), qu'elles n'ont aucune valeur et ne portent pas de sens.

Ce sont des films qui ajoutent plusieurs couches de lecture au premier Matrix, pour ceux qui le souhaitent, et rien que pour ça on ne peut pas tout leur enlever :top:
Voilà, c'est exactement ça. ;)
Au temps pour moi alors, il est vrai que je n'ai pas vu le 3 du tout, tant le 2 a été une déception et a été vécu (pas que par moi hein) avec le sentiment que le public a été pris pour une bande de pigeons (avec tout le respect dû aux animaux)...
Pour ma part je reste au 1, et c'est chouette du coup qu'il puisse se suffire à lui-même car l'essentiel a été dit selon moi. Trop de chamboulement tue le chamboulement :cretin:, et que la plus grande force d'un auteur c'est arriver à rendre accessible et compréhensible des choses complexes et abstraites !

C'est selon moi l'immense qualité de Matrix : arriver à ce que des gamins de 10-12 ans s'interrogent sur le sens des choses, comprennent que les apparences peuvent être trompeuses, que ce n'est pas parce que l'autorité valide que c'est juste ou légitime, et qu'il faut garder une certaine méfiance face à l'establishement. Et s'interroger sur le sens de sa propre existence et sur la portée de ses choix. Ca c'est fort.
 
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