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Manon, 28 ans : « Le pire, c’est de voir que tes potes vivent le célibat à travers toi »

Chaque semaine dans Célib, des personnes en tout genre nous racontent les joies et les questionnements de leur célibat, qu’il soit choisi ou subi. Aujourd’hui, Manon, 28 ans, nous confie son ambivalence par rapport au célibat, tantôt synonyme de liberté, tantôt de fardeau.
  • Prénom : Manon
  • Âge : 28 ans
  • Célibataire depuis : 6 ans
  • Orientation romantique et sexuelle : hétéro

Depuis combien de temps êtes-vous célibataire ? 

Cela fait 6 ans que je n’ai pas eu de petit-ami et que je n’ai pas été vraiment amoureuse.

Quel est votre rapport au célibat ? 

Mon célibat est assez mouvementé : toujours des histoires à gauche à droite, des petites anecdotes rigolotes, des plaisirs et des pleurs. Comme disent mes copines, on pourrait écrire un livre avec mes histoires : « Manon et les garçons ».

Mes parents sont ensemble depuis 37 ans, ils sont toujours autant amoureux et vont se marier en 2023 pour la première fois fois. Depuis, toute petite, j’ai cette vision splendide et magnifique de l’amour. Parfois ça m’angoisse parce que j’ai peur d’idéaliser l’amour. J’ai envie de recréer la même chose, mais si je ne l’atteins pas, est-ce que ma vie sera un échec ?

J’ai vécu mon premier amour à 17 ans et ça m’a détruite. Mon copain de l’époque a eu certaines paroles et certains comportements qui ont encore aujourd’hui un impact sur ma vie sexuelle et sentimentale. J’ai fini par le tromper et, pendant un temps, je me voyais juste comme la « salope qui a trompé son mec ». Je pensais que je ne méritais pas qu’on m’aime.

Par la suite, j’ai été imprégnée de remarques que certains garçons m’avaient faites. Je me disais que les hommes ne voyaient en moi qu’un fantasme ou une fille avec qui s’amuser, mais pas quelqu’un avec qui rester ou tomber amoureux

Encore aujourd’hui, je suis attirée par des hommes inaccessibles : ceux qui se barrent à l’étranger ou ne veulent pas s’engager. Comme si, au final, j’avais peur d’être en couple. Peur de ne pas savoir quand sera la fin, de souffrir ou de faire souffrir.

Votre célibat a-t-il une incidence sur votre vie amicale ou familiale ?

Mon célibat n’impacte pas ma vie familiale – sauf parfois avec ma sœur jumelle, j’ai toujours peur qu’elle s’inquiète trop pour moi si je me fais briser le cœur – mais amicale oui.

Maintenant que je me rapproche de la trentaine, que mes amies commencent à acheter un logement, à se marier ou à avoir des bébés, je me sens « nulle », en décalage ou encore trop jeune, trop gamine. Comme je me compare – évidemment jamais aux bonnes personnes – et que je me sens nulle, je me mets en retrait et vais encore plus creuser ce fossé en ne privilégiant plus ces amies, car je me dis qu’elles ne voudront plus de moi.

celib_Manon_citation
Pexels / Dennis Leinarts

Estimez-vous que le célibat affecte votre moral, au quotidien ? 

Être célibataire, c’est difficile. On se pose non-stop des questions sur soi, sur son futur ou sur les mecs qu’on a rencontrés. On ressasse parfois le passé parce qu’on se remémore des souvenirs, qu’on regarde des films romantiques ou qu’on reçoit  des publicités ciblées de test de grossesse. Le pire, c’est de voir que tes potes vivent le célibat à travers toi, qu’elles n’attendent que ça, d’écouter tes nouvelles histoires.. Comme si on était un troubadour qui anime la galerie. 

J’en rigole, mais parfois on reçoit des remarques « gentilles », mais blessantes du style : « T’as pas envie de te poser ? », « Je me demande qui sera l’homme de ta vie ? », « Tu ne sais pas être pleinement heureuse, je veux dire, t’as pas de mec », « Je suis sûre que c’est parce que tu es trop difficile/exigeante »… Il y a aussi cette amie qui veut absolument te caser avec son meilleur pote que tu connais depuis des années, mais que tu n’aimes pas… On se sent encore et toujours mal aimée, parce que personne ne comprend ce que tu ressens.

Pensez-vous qu’être célibataire vous permet des choses que vous ne pourriez pas faire en couple ?

Bien sûr, le fait d’être célibataire me permet de faire plein de choses, car personne ne remet en question mes choix de vie. J’ai, par exemple, entrepris un master supplémentaire après mon bac en haute école (en Belgique, ce terme désigne un ensemble d’établissements supérieurs qui dispensent un diplôme professionnalisant), j’ai pu découvrir des nouvelles expériences sexuelles, notamment coucher avec une fille, tester le shibari… Et je l’ai fait pour moi, sans partager mon expérience avec quelqu’un que j’aime. En étant en couple, j’aurais peut-être fini par coucher avec une fille en faisant un plan à 3, et non en vivant pleinement l’expérience entre elle et moi. 

Si je n’étais pas célibataire, je ne pourrais pas faire autant de choses de ma vie et avec mes amies, j’ai 3 boulots et à côté de ça, je sors et profite comme je le souhaite de mon temps libre. 

À l’inverse, pensez-vous qu’être célibataire vous empêche de faire des choses que vous pourriez faire si vous étiez en couple ? 

Je pourrais construire ma bulle avec quelqu’un, pouvoir explorer des choses, se faire grandir mutuellement. Avoir des projets concrets et ancrés comme par exemple acheter une maison ou fonder une famille.

Cherchez-vous activement à trouver une relation amoureuse ?

Je « cherche », dans le sens ou j’ai envie de rencontrer du monde, mais je ne me dis jamais que c’est pour trouver l’amour de ma vie. Je me dis toujours qu’on verra où ça me mènera. Après, je sais qu’au fond de moi, je me sens prête à être en couple

Comment décririez-vous votre rapport aux rencontres ?

Pour faire des rencontres, je sors avec mes copines en soirée, ou j’utilise Bumble. C’est super triste à dire, mais je me rends compte que j’utilise les applis de rencontre quand je me sens seule. Si je vois un mec, je ne les utilise pas, même si elles restent sur mon téléphone. Je consulte Bumble quand je m’ennuie : en regardant un film, aux toilettes… Je ne suis pas très investie. 

J’ai récemment eu un date, mais je n’ai plus la force. Plus de force de tout recommencer depuis le début, de me montrer sous mon meilleur jour, de m’investir ou de vivre un mois de plaisir intense, et puis que ça s’arrête en deux claquements de doigts. J’en ai marre de rajouter un nom à ma liste pour « rien ». J’en ai marre que tout ne soit qu’éphémère.

Le célibat amoureux a-t-il un impact sur votre vie sexuelle ?

J’aimerais avoir un partenaire régulier pour « construire quelque chose », pour se découvrir et que ce soit de mieux en mieux au lit et découvrir de nouvelles choses avec lui. Je n’ai plus envie de rajouter un garçon à ma liste « pour rien ». Les coups d’un soir, ça ne m’intéresse plus trop, d’autant que c’est rarement le feu. 

Quand je fréquente un mec, à partir du moment où on ne s’est rien dit (Est-ce qu’on est exclusifs ? Sex friends ?), je pars du principe que je fais ce que je veux. Je ne lui dois rien, donc si l’occasion de rencontrer quelqu’un d’autre se présente, j’y vais.

J’ai aussi la mauvaise tendance, pour me protéger et ne pas souffrir, de me « raccrocher à plusieurs branches », et donc ne pas me focaliser trop vite uniquement sur un mec. Je préfère cette méthode à avoir un plan cul que je vois toutes les 3 lunes. Ça ne sert à rien et en plus, quand on réactive la libido, c’est toujours difficile d’éteindre à nouveau le feu…

Quels sont vos projets pour le futur ? Le célibat a-t-il un impact sur ces envies et ces projections ?

À court terme, j’aimerais me challenger professionnellement dans un de mes boulots, peut-être en changer pour faire quelque chose de plus stimulant. J’aimerais aussi aller rendre visite à une amie qui vit au Mexique

Je dois aussi trouver un nouveau logement, car le bail de ma colocation se termine fin avril. Évidemment, si j’avais un mec, la question de l’emménagement avec lui se poserait. 

Avez-vous une anecdote sur le célibat à partager ? 

J’en ai plein, mais celle-ci m’a abasourdi. Elle concerne ce pote avec qui j’ai déjà eu des histoires, que j’aimais bien, mais qui ne voulait rien de sérieux. Puis, finalement, après qu’on a arrêté de se voir, il s’est mis avec une fille, avec qui il est toujours aujourd’hui. Quand je l’ai revu en soirée, il m’a dit : « Mais enfin Manon, je ne comprends pas comment une fille comme toi peut être célibataire. Tu es une personne incroyable, belle… Parfois, je regrette de ne pas être sorti avec toi. J’aimerais tellement revenir en arrière pour saisir cette chance… »

Merci à Manon d’avoir répondu à nos questions !

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Les Commentaires

2
Avatar de Nefertii
11 avril 2023 à 14h04
Nefertii
Qu'est ce que j'aimerais avoir 28 ans!
Imagine avoir les mêmes peurs et questionnements mais quelques années plus tard...
2
Voir les 2 commentaires

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