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Société

Les quotas de femmes en entreprise peuvent-ils vraiment changer le monde ?

L’Assemblée nationale a voté une loi imposant des quotas dans les directions des entreprises. Objectif : 30% de femmes en 2027.

Imposer des quotas, une bonne ou une mauvaise solution pour atteindre la parité ? La question de la discrimination positive n’a pas fini de nous faire nous interroger sur les moyens d’obtenir enfin l’égalité réelle.

À l’Assemblée nationale, on a en tout cas tranché en faveur de cette méthode : mercredi 12 mai, les parlementaires ont voté une proposition de loi portée par la députée LREM Marie-Pierre Rixain, appelant les entreprises de plus de 1.000 salariés à une proportion d’au moins 30% de femmes chez les « cadres dirigeants et membres des instances dirigeantes » en 2027.

Si elles ne remplissent pas cet objectif, elles devront verser des pénalités s’élevant à 1% de la masse salariale.

L’objectif déjà fixé est d’atteindre les 40% en 2030. Pour vous donner une idée : selon Les Nouvelles News, on est aujourd’hui à 20%. Le texte doit encore être examiné au Sénat.

« Le quota suscite parfois des inquiétudes, mais il est nécessaire » pour « rattraper un retard lié à des inégalités profondément enracinées dans les mentalités » a réagi Elisabeth Moreno, ministre déléguée, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances.

Sans les quotas, « cela prendrait 140 ans d’atteindre la parité »

Dans un monde idéal, il est clair que nous n’aurions pas besoin de quotas. Mais même celles qui n’y ont pas d’emblée été favorables y voient aujourd’hui, pour certaines un levier efficace pour faire progresser le nombre de femmes en entreprises. C’est le cas de l’ancienne ministre et présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde :

« Il ne m’a pas fallu longtemps pour m’apercevoir, quand je regardais autour de moi dans un grand cabinet d’avocat international, qu’il y avait 5% de femmes associées dans la firme et un calcul rapide laissait penser que cela prendrait 140 ans avant qu’on arrive à la parité. »

Les quotas paraissent donc être un outil indispensable pour atteindre une égalité qui traîne sévèrement des pieds.

Évidemment, on peut émettre quelques bémols, cependant, en apprenant l’annonce du jour. Déjà, cette loi ne concerne pas toutes les entreprises, loin de là : quid des petites et moyennes boîtes ? Quels sont les leviers pour qu’elles aussi encouragent l’égalité ?

De plus, ces quotas ne concernent aujourd’hui que le genre. C’est bien, mais il faudrait aussi ne pas se focaliser essentiellement sur le sexisme et la sous-représentation des femmes dans les entreprises et s’attaquer au manque de diversité de façon globale : où sont les personnes racisées aux postes à responsabilité, ou encore les personnes en situation de handicap, à des postes-clefs dans les entreprises ?

Bref, il y a encore du boulot pour ne pas limiter les efforts sur la représentation de toutes et tous au travail à l’enjeu de la parité.

À lire aussi : L’Assemblée Nationale a voté un quota de femmes chez les hauts fonctionnaires

Les Commentaires
11

Avatar de A Kane
26 mai 2021 à 08h37
A Kane
@Andrealphussette c'est très très classique d'être contre les quotas parce que ça semble "inégalitaire" comme manière de faire, mais en fait c'est une des formes de discrimination positive qui fonctionne le mieux, et qui n'a pas seulement des effets positifs sur les membres du groupe minoritaire qu'on essaie de booster, mais aussi sur les structures auxquelles ces nouvelles personnes ont accès. Instinctivement on se dit que c'est incompatible avec la méritocratie (encore faut il croire que la méritocratie existe vraiment :rire mais en vrai c'est l'inverse, ça permet de la promouvoir, vu que les personnes qui se font évincer des positions de pouvoir/décision, ce sont les personnes médiocres qui occupaient ces postes.

Ça a pu être constaté dans pas mal d'études faites sur des structures "de la vraie vie" vu que typiquement la Suède et la Norvège ont des politiques de quota depuis un moment. En 2016 déjà, la Norvegian School of Economics a estimé que les quotas de genre ne diminuent pas la valeur des entreprises comme ça serait le cas si ça amenait à nommer des femmes sous-qualifiées, parce qu'en fait il y a tout à fait assez de femmes qualifiées pour ces postes. Ils sont donc passé de 5% de femmes dans les boards à 40% en quelques années et surprise, surprise, ça n'a pas du tout été la cata, les boîtes n'ont pas perdu en valeur, il n'y a pas eu de délocalisation en masse, et les boîtes concernées n'ont pas changé de forme légale pour switcher vers une forme où elles n'étaient pas obligées d'avoir la parité.
En politique et en Suède, on a des chercheurs qui vont plus loin et qui estiment que ce qui se passe quand on adopte des quotas de genre, c'est que les hommes médiocres sont ceux qui finissent par être tej, ce qui fait qu'on augmente la représentation des femmes ET la compétence générale des leaders en même temps, vive les quotas.
Et de manière générale, la majorité des nooombreuses recherches faites sur le sujet des quotas de genre montrent que soit ça n'a pas d'effet (ni positif ni négatif) sur les perfs de l'entreprise (= ce n'est pas la cata annoncée), soit ça a un effet positif dès le moyen terme quand la politique est bien en place (ce qui soutient l'idée qu'on tej les médiocres). Il y a des études qui trouvent un effet négatif (plus dans celles qui datent de 2000-2015 que plus récentes), mais elles précisent souvent que c'est probablement dû aux préjugés forts contre les femmes aux postes de pouvoir dans les pays où elles ont été conduites (= le problème c'est pas la compétence des femmes, c'est le sexisme).

Et en fait c'est hyper logique: les structures ne vont pas se tirer des balles dans le pied en recrutant des potiches incompétentes, ils vont prendre les meilleures, celles qui n'avaient pas eu accès aux postes au préalable parce qu'elles sont des femmes, et vont se débarrasser des hommes les moins compétents, ceux qui avaient réussi à en arriver là grâce au boost non négligeable que ça représente encore d'être un homme.
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