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Société

La démission du fondateur du Refuge suffira-t-elle à sauver l’association ?

L’enquête interne menée au Refuge a permis de confirmer de graves difficultés internes à l’association qui accompagne et propose des hébergements aux jeunes LGBTI+ rejetés par leur famille.

Après le scandale qui l’a éclaboussé fin 2020, Le Refuge est-il sur la voie de la rédemption ? Les révélations sur de graves dysfonctionnements au sein de l’association de lutte contre l’homophobie ont conduit à mener une enquête dont les conclusions été rendues publiques hier. Elles confirment bon nombre de faits relatés dans l’enquête de David Perrotin et Youen Tanguy pour Mediapart. Sur la base de nombreux témoignages, elle révélait en décembre dernier un profond malaise au sein de la structure : des salariés et des bénévoles à bout de force, parfois harcelés par la direction, mais aussi des comportements inappropriés envers certains jeunes hébergés par l’association, souvent en situation de grande vulnérabilité après avoir été mis à la porte de chez eux. L’enquête mettait en cause l’association pour son manque de suivi des bénéficiaires et un certain amateurisme des personnels censés les accompagner.

Et les conséquences de cet audit sont déjà connues : le Refuge a présenté ses excuses dans un communiqué et a annoncé la démission de son président, Nicolas Noguier, ainsi que le départ de son directeur général Frédéric Gal, tous deux mis en cause pour leurs méthodes de management, des rapports trop proches avec les bénéficiaires ou encore une gestion financières opaque.

Plusieurs militants qui avaient alerté sur les problèmes au sein de l’association ont vivement salué la nouvelle :

https://twitter.com/YohannAllemand/status/1362507700542832641?s=20

Mais ces deux départs forts en symbole ne sont pas les seuls points à retenir, puisque Le Refuge prend aussi plusieurs engagements, notamment pour former ses équipes et améliorer sa gouvernance. Les résultats de l’enquête montrent en effet des défaillances ancrées dans le fonctionnement de l’association. En tout, 1.400 personnes ont répondu au questionnaire, d’anciens et actuels bénéficiaires, ainsi que des bénévoles et salariés.

Malgré leur indéniable attachement aux missions de la structure, ces derniers n’ont pas hésité à faire part de leurs difficultés à exercer leurs missions.

Selon l’enquête, la moitié des salariée et salariés estiment que leur charge de travail n’est pas soutenable dans le temps, et 60% affirment ne pas être heureux au travail.

Si l’enquête permet d’établir que d’anciens bénéficiaires ont pu sortir de l’isolement et de la précarité grâce au soutien de l’association, elle pointe aussi des manquements dans la prise en charge des jeunes trans, en raison d’un manque de formations des personnels sur ces enjeux. 

L’enquête pointe aussi que « 28% des jeunes estiment que leur consentement n’est pas systématique demandé pour utiliser leur image sur les réseaux sociaux en particulier ». Un constat perturbant quand on sait que ces jeunes en rupture peuvent être aussi la cible de menaces par leurs proches. 

Une association devenue incontournable en France

Le Refuge bénéficie depuis de nombreuses années d’une aura médiatique importante et avait gagné le soutien du grand public ainsi que celui de nombreuses personnalités touchées par les difficultés auxquelles font face les jeunes LGBTI+ en rupture familiale.

L’association a bénéficié de soutiens retentissants, allant de Muriel Robin à Nicola Sirkis en passant par Sonia Rolland qui lui avait consacré un reportage. Difficile de se pencher sur les conditions de travail des bénévoles ou d’évoquer des abus perpétrés contre les bénéficiaires sans être accusé de nuire à l’association, et par extension aux jeunes qu’elle veut aider et protéger.

La bonne image du Refuge a longtemps rendu difficile, voire impossible, toute critique sur les méthodes de l’association, notamment concernant les invitations régulières de personnalités aux positions politiques ouvertement homophobes pour discuter avec les jeunes au sein de leurs locaux.

L’exemple le plus mémorable reste la rencontre entre les bénéficiaires et la pasionaria des homophobes Christine Boutin, venue en 2012 dire à des jeunes LGBTI+ à quel point elle n’a rien contre eux, mais que le droit de marier quand on est un couple de même sexe, c’est non.

Tout ça, sans homophobie, bien sûr.

À lire aussi : Les anciens du Refuge appellent à un vrai changement au sein de l’association


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