Kim Kardashian appelle à la compassion envers Kanye West

Kim Kardashian s'exprime pour la 1ère fois sur le trouble bipolaire de Kanye West, qui a tenu des propos incohérents dans son meeting de campagne.

Kim Kardashian appelle à la compassion envers Kanye West

Mise à jour du 23 juillet 2020

Après le meeting incohérent et très médiatisé de Kanye West, atteint d’un trouble bipolaire (lire ci-dessous), son épouse Kim Kardashian a pris la parole.

Kim Kardashian évoque le trouble bipolaire de Kanye West

C’est en story Instagram que Kim Kardashian a choisi de s’exprimer, dans un long message qui appelle à la compassion, à l’empathie et rappelle la réalité du trouble bipolaire.

Voici la traduction de son texte :

Comme beaucoup d’entre vous le savent, Kanye est atteint d’un trouble bipolaire. Ceux qui en sont atteints ou qui ont un proche dans cette situation savent à quel point c’est incroyablement compliqué et douloureux à comprendre. Je n’ai jamais parlé publiquement de la façon dont cela nous affecte, car je tiens à protéger nos enfants et le droit à la vie privée de Kanye en ce qui concerne sa santé. Mais aujourd’hui, je ressens le besoin de m’exprimer, à cause des clichés et des idées fausses à propos de la santé mentale.

Ceux qui comprennent les maladies mentales ou les comportements compulsifs savent que la famille n’a aucun pouvoir, à moins que la personne soit mineure. Les gens qui ne connaissent pas le sujet peuvent juger, et ne pas comprendre que c’est aux individus eux-mêmes de s’engager dans le processus de se faire aider, peu importe à quel point la famille et les amis ont essayé.

Je comprends que Kanye soit l’objet de critiques : c’est une personnalité publique, ses actions peuvent causer de fortes opinions et émotions. C’est une personne brillante mais complexe, qui en plus de la pression d’être un artiste et un homme noir, a subi la difficile perte de sa mère, et doit affronter la pression et l’isolement, renforcés par son trouble bipolaire. Ceux qui sont proches de Kanye savent comment il est et comprennent que ses paroles ne reflètent pas toujours ses intentions.

Vivre avec un trouble bipolaire ne minimise pas, n’annule pas ses rêves ni ses idées créatives, peu importe à quel point ils peuvent paraitre grands ou inaccessibles pour certains. Cela fait partie de son génie ; comme nous en avons été témoins, bon nombre de ses grands rêves se sont réalisés.

En tant que société, nous parlons du problème de la santé mentale dans son ensemble, mais nous devrions aussi le faire pour les individus qui vivent avec cela au moment où ils en ont le plus besoin. Je demande gentiment aux médias et au public d’exercer la compassion et l’empathie nécessaire pour que nous puissions traverser cette épreuve. Merci à ceux qui se sont inquiétés pour le bien-être de Kanye et pour votre compréhension.

Avec amour et gratitude,

Kim Kardashian West

Kim Kardashian va-t-elle divorcer de Kanye West ?

Kanye West, dans ses tweets désormais supprimés (lire ci-dessous), disait qu’il « essayait de divorcer de Kim Kardashian » depuis 2 ans. Une affirmation à remettre dans son contexte : le rappeur tenait à ce moment-là beaucoup de propos incohérents.

Selon le tabloïd The Sun, une source anonyme affirme que Kim Kardashian « sait que son mariage est fini depuis longtemps » mais refuserait d’abandonner un Kanye West seul et en détresse :

Elle ne le laisserait pas tomber alors qu’il est au plus mal. Elle doit à ses enfants de rester à ses côtés jusqu’à ce qu’il se fasse aider.

Être la compagne et la mère des enfants d’un homme atteint de trouble bipolaire qui refuse de se soigner, ça doit être très douloureux. Le discours très digne de Kim Kardashian reflète cette souffrance et diffuse un appel à l’empathie fort nécessaire quand on voit à quel point certaines personnes semblent en manquer dès qu’il s’agit d’une personnalité publique.

Kanye West totalement incohérent dans son 1er meeting

Le 21 juillet 2020

Se réveiller un matin et voir « Kanye West » en tendance partout, c’est peu rassurant : le sujet est plus souvent un pétage de plombs ou une déclaration absurde que l’annonce d’un nouvel album.

Ce 19 juillet, le rappeur a donné son premier meeting de campagne (alors même que sa candidature à la présidentielle semble peu viable). Les images sont pour le moins difficiles à regarder.

Vêtu d’un gilet pare-balles sur une tenue noire, le crâne décoré du chiffre 2020 rasé dans ses cheveux courts, Kanye West a tenu un discours incohérent et fiévreux.

Il évoque l’avortement, le fait que lui-même a failli ne pas naître, que Kim Kardashian et lui ont hésité à interrompre la grossesse qui a finalement mené à la naissance de leur enfant North. « J’ai failli tuer ma fille ! », se lamente-t-il, en larmes, à plusieurs reprises.

Il n’est cependant pas contre l’IVG mais voudrait que chaque personne ayant un bébé « reçoive un million de dollars, ou quelque chose comme ça ».

Kanye West affirme également que « Harriet Tubman n’a pas libéré les esclaves mais les a envoyés travailler pour d’autres Blancs » — une aberration historique qui ne convainc pas son public.

Le rappeur a parlé, pêle-mêle, de ses problèmes d’addiction, de l’industrie musicale, de son cerveau « trop gros pour [son] crâne » (il affirme avoir un QI de 132). De nombreux extraits de son discours sont devenus viraux sur les réseaux sociaux.

Kanye West en roue libre sur Twitter

Dans une série de tweets à présent supprimés, Kanye West a continué à dérouler des propos incohérents.

Il évoque la sextape de son épouse Kim Kardashian, sa peur de finir enfermé par des docteurs, critique Anna Wintour, Shia LaBeouf, alpague sa belle-mère Kris Jenner…

— Tout le monde sait que le film Get Out parle de moi

— Kriss [Jenner, NDLR] et Kim [Kardashian, NDLR] appelez-moi maintenant

— Si je finis enfermé comme Mandela vous saurez pourquoi

— Kim a essayé de faire venir un docteur pour m’enfermer avec un docteur

Après avoir supprimé ces tweets, Kanye West a affirmé qu’il allait à présent « se concentrer sur la musique »… et annoncé, dans la foulée, la sortie ce vendredi 24 juillet d’un nouvel album intitulé Donda — le nom de sa mère.

Kanye West n’est pas drôle, il est bipolaire

Kanye West qui pète un plomb, ça fait sourire, ça fait rire beaucoup de gens. Les frasques du rappeur agitent la planète people depuis de longues années.

Mais ce n’est pas drôle.

Car Kanye West n’est pas un agitateur qui dit n’importe quoi pour provoquer et faire parler de lui : c’est un homme bipolaire qui semble en grande détresse, sujet à des crises d’angoisse et à des délires s’apparentant à de la paranoïa.

Le trouble bipolaire

Le psychiatre Jean-Victor Blanc explique de façon très limpide ce qu’est le trouble bipolaire, anciennement appelé « psychose maniaco-dépressive » :

Le trouble bipolaire se caractérise par des phases dites « maniaques » […] des phases d’excitation et/ou d’euphorie qui durent quelques jours à quelques semaines.

[…] Chez les patients, y compris les célébrités, elles ont des conséquences néfastes, tant dans la vie professionnelle que personnelle.

En alternance de ces phases, des épisodes dépressifs peuvent être présents. On les identifie par une rupture du comportement habituel de la personne pendant au moins 15 jours, avec une humeur triste toute la journée ainsi que des symptômes associés comme un trouble de la concentration, du sommeil ou de l’appétit.

Dans l’édition la plus récente du DSM, le DSM 5, on distingue deux formes de trouble bipolaire, le type I en présence de phase maniaque, et le type II lorsqu’il y a uniquement des phases hypomanes.

[…] le trouble bipolaire est associé, dans la littérature scientifique, à une santé physique moins bonne, une espérance de vie plus courte et un risque suicidaire 20 fois plus élevé que dans la population générale.

Kanye West qui fond en larmes lors d’un meeting politique, c’est moins un sujet de blagues qu’une vision crue et nue d’un trouble mental non traité et de ses conséquences.

Son obsession par cette idée qu’il va finir enfermé peut être tout à fait fondée : s’il représente un danger pour lui et/ou pour ses proches, il peut en effet être détenu médicalement contre son consentement. Kanye a déjà été hospitalisé en psychiatrie, notamment en 2016.

La situation n’est pas sans faire écho à la descente aux enfers de Britney Spears, qui a enchaîné en 2007 les problèmes d’addiction, les accidents, la perte de la garde de ses enfants… avec cette image marquante d’une superstar qui se rase la tête elle-même, le regard halluciné.

Or, l’année noire de Britney est pour beaucoup… un sujet de vannes.

Il y a 9 ans Britney Spears se rasait la tête, je ne sais toujours pas pourquoi ce n’est pas devenu un jour férié national

Des boutiques vendent des objets ou vêtements avec l’inscription « Si Britney a survécu à 2007 tu peux survivre à ce que tu traverses », et de nombreuses références ironiques à cet évènement émaillent des œuvres de pop culture.

Sauf que la santé mentale qui se dégrade, c’est loin d’être drôle et que 13 ans plus tard, la vie de Britney Spears continue à générer beaucoup d’inquiétudes — cf. cet article sur #FreeBritney pour en savoir plus.

Ni Kanye West, ni Britney Spears ne méritent de voir leur souffrance transformée en mèmes et en sujet de « bons » mots sur Internet.

Être un artiste et être bipolaire, comme Kanye West

Le rappeur parle librement de son trouble bipolaire depuis des années, jusqu’à ironiser à ce sujet sur la couverture de son album Yeezy marquée de la phrase « I hate being bi-polar it’s awesome » (« Je déteste être bipolaire c’est super »).

Kanye West ne semble pas avoir honte de son trouble mental, qu’il décrit carrément, dans le titre Yikes, comme un super-pouvoir, pas un handicap. En soi, c’est positif : avoir une maladie ne devrait pas être un sujet tabou, qu’elle soit physique ou mentale.

Le problème, c’est le rapport que le musicien entretient avec sa bipolarité et avec son art.

En décembre 2018, il annonçait ne plus prendre ses médicaments depuis 6 mois car « Je ne peux pas être sous médocs et faire de la musique du niveau de Watch the Throne ou Dark Fantasy » ; selon The Atlantic, cette démarche « promeut l’un des mythes les plus tenaces et dangereux entourant la santé mentale : qu’il faut souffrir pour produire du grand art ».

Cette thématique a été explorée par la talentueuse comédienne de stand-up Hannah Gasdby dans ses deux Netflix specials, notamment le premier, Nanette. Elle y réfute notamment, avec une émotion palpable, l’idée reçue selon laquelle Van Gogh a peint de si belles toiles parce qu’il souffrait, qu’il était seul et fou.

The Atlantic donne la parole au secrétaire de l’American Psychiatry Association et prof de psychiatrie Philip Muskin :

Les gens créatifs ne sont pas créatifs lorsqu’ils sont déprimés, ni quand ils sont dans une phase maniaque si puissante qu’ils font fuir tout le monde et sombrent dans la psychose, ni quand ils sont emplis d’une anxiété qui les engourdit.

L’expert continue en expliquant que les phases maniaques peuvent certes donner l’impression d’être incroyablement productif, de créer des œuvres incomparables, mais c’est parce qu’elles modifient la perception qu’on a des œuvres en question.

Un chercheur suédois, Simon Kyaga, persiste et signe :

En réduisant les risques de dépression par exemple, les médicaments peuvent en réalité augmenter les chances d’être créatif.

Être une star et être bipolaire, comme Kanye West

Kanye West est loin d’être la seule célébrité à parler de son trouble bipolaire.

Le psychiatre Jean-Victor Blanc revient pour The Conversation sur la médiatisation de ce trouble mental, un phénomène à double tranchant.

La médiatisation de la maladie a cependant pour effet dommageable sa banalisation aux yeux de certains. L’hebdomadaire Le Nouvel Obs l’avait ainsi qualifiée de « tendance » et « sexy », lui consacrant la couverture d’un numéro en 2013. […]

Le médecin évoque Kanye West, mais aussi Mariah Carey, qui avait fait bondir les recherches Google à ce sujet lorsqu’elle avait fait la Une de People pour parler de sa bipolarité.

[…] les réactions à la révélation de Mariah Carey sur le compte Twitter et la page Facebook du magazine People n’ont pas toutes été empreintes d’empathie. Depuis la parution de son témoignage, environ un tiers des messages sur ces réseaux sociaux sont de teneur négative […]

Il y a cependant du bon à voir des stars parler ouvertement de leur trouble bipolaire (ou autre maladie, qu’elle soit physique ou mentale — Jean-Victor Blanc mentionne aussi Angelina Jolie qui avait évoqué sa double mastectomie).

Lever le tabou, offrir des modèles d’identification, réfléchir sur la façon dont le trouble bipolaire est montré dans les médias et les fictions… tout ça est précieux :

Dans notre service de psychiatrie à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, nous proposons ainsi, depuis 2017, un groupe de psychoéducation enrichi du thème « Trouble bipolaire et médias ».

Nous utilisons l’exemple de personnalités comme figures positives auxquels s’identifier. Le même effet est recherché à travers un échange autour de la comédie hollywoodienne « Happiness Therapy » évoquant le trouble bipolaire. Le film peut aussi se révéler par la suite un support pour les patients, afin d’évoquer plus facilement la maladie avec leur entourage.

Kanye West, homme bipolaire, icône mondiale, personne en détresse

Il est bien sûr possible et même louable de garder un esprit critique sur ce que peuvent dire ou faire des personnes ayant une grande audience.

Quand Kanye West sort des énormités sur l’esclavage ou semble soutenir Trump, le message atteint des millions de gens, qu’il soit sincère ou qu’il soit motivé par une phase maniaque, et il est important de le contredire, d’offrir un contre-discours.

Mais cela ne doit pas empêcher l’empathie ; quand Kanye West pète un plomb, rire de lui ne fait qu’ajouter de l’eau au moulin du tabou entourant les questions de santé mentale, particulièrement fort chez les hommes, particulièrement fort chez la communauté afro-américaine.

Kanye West, comme Britney Spears, comme Mariah Carey, et comme plus près de nous Loana qui a multiplié les tentatives de suicide, ne devrait pas être disséqué sous le feu des médias. Il devrait surtout être aidé et accompagné par des professionnels, pas « mémifié » sur des plateformes où il se ridiculise.

À lire aussi : J’ai appris à prendre soin de ma santé mentale, et à ne plus en avoir honte

Mymy Haegel

Mymy Haegel

Mymy est la rédactrice en chef de madmoiZelle. Elle est aussi dans la Brigade du Kif du super podcast Laisse-Moi Kiffer. Elle aime : avoir des opinions, les gens respectueux, et les spätzle.

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Commentaires

Drew Barrygore

Merci pour cet article !

Je suis moi-même bipolaire depuis l'adolescence et c'est très dur!
Pas tant à cause de la maladie en elle-même - on apprend à vivre avec je pense - mais aussi et surtout à cause des médias et des mots blessants de beaucoup de personnes en ce qui concernent la maladie mentale/psychique.

Personnellement, avec le temps, c'est dur car j'ai de plus en plus de mal à supporter ce genre de propos ou les clichés véhiculés par le cinéma, les médias, les gens etc...
Aussi, depuis quelques temps, je m'isole beaucoup pour me protéger de tout ça. Et c'est vraiment nul parce que j'aime être entourée, j'aime la vie! mais je ne supporte plus l'intolérance - pour ne pas dire la malveillance - au sujet de la bipolarité et des troubles psychiatriques... j'ai conscience que ça me dessert beaucoup, je suis plus facilement en dépression ou période "down" à cause de ça, je me désocialise... mais je ne trouve pas autres choses pour me protéger pour le moment.

J'espère que cet article aura une influence positive sur ceux/celles qui ne comprennent pas les troubles bipolaires et psychiatriques, et qu'il y en aura d'autres.
 

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