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Féminisme

Je me suis épuisée à tenter d’être une féministe parfaite

Virginie a pu poser quelques questions à Fiona Schmidt, journaliste féministe qui revendique le droit d’être imparfaite dans son militantisme.

La journaliste et essayiste Fiona Schmidt, qui a récemment publié Lâchez-nous l’utérus : en finir avec la charge maternelle aux éditions Hachette, a partagé une liste de ses paradoxes de militante féministe sur son compte Instagram personnel. Le but ? Se réapproprier le droit d’être imparfaite dans le combat pour l’égalité et ne plus avoir à s’excuser de « faire mal, trop, ou pas assez ».

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Fiona Schmidt ne veut pas être un exemple, elle fait ce qu’elle peut

Il y a quelques jours, Fiona a publié une longue liste de tous les petits détails qui l’éloignent de la militante féministe « parfaite ». On y apprend qu’elle « donne globalement plus d’argent à Zara qu’aux associations féministes », qu’elle « condamne la grossophobie mais qu’elle flippe quand elle prend trois kilos », et que parfois elle « préfère lire Vogue que Virginie Despentes ».

Autant de petites choses qui la rendent « humaine », comme elle l’explique dans le texte qui accompagne la publication.

https://www.instagram.com/p/CB8wcdOJUAY/?hl=fr

Ce post, elle en a eu besoin pour relâcher la pression :

« Je me suis engagée fin mai en faveur de Camélia Jordana, dont l’intervention télévisée au sujet du racisme dans la police avait suscité des propos ignobles que j’ai condamnés. C’était le lendemain du meurtre de Georges Floyd, dont on ne parlait pas encore en France et qui m’a amenée à réfléchir aux problématiques du racisme ordinaire en France, que je n’aborde pas assez sur mes comptes IG et que les médias n’abordent pas du tout.

En même temps que je me renseignais sur un sujet que je connais mal notamment parce que je ne suis pas racisée et que mon point de vue est blanc par défaut, j’ai commencé à recevoir quotidiennement des centaines et des centaines de messages de personnes racisées qui témoignaient de leur expérience du racisme ordinaire, dont la plupart des personnes blanches n’ont pas conscience, nient ou minimisent.

J’ai commencé à les relayer sur mon compte, spontanément parce qu’il me semblait -il me semble toujours- que c’était mon devoir d’alliée de donner écho à ces paroles qu’on n’entend pas. Et plus je les relayais, plus j’en recevais, et plus je recevais aussi des messages racistes gerbatoires, mais aussi des messages de militantes féministes et/ou anti-racistes m’expliquant que ma démarche était condamnable pour une raison ou une autre.

Et l’accumulation de ces messages, qui absorbait l’intégralité de mes journées, ont fini par me paralyser le cerveau. Je ne dormais plus, je ne pensais plus qu’à ça : n’oublier personne, ne froisser personne, répondre à tout le monde, aborder le sujet dans toute sa complexité sans pour autant me l’approprier ni monopoliser la parole… Je culpabilisais de n’avoir pas tout lu, de ne pas tout savoir, d’être épuisée, de ne servir à rien. Et à un moment je me suis effondrée. Puis je me suis rappelée que j’étais humaine donc faillible. Ce rappel ne dispense pas de progresser, ça évite juste de se rendre malade. »

Relâcher la pression que les autres font peser sur ses épaules de militante féministe mais aussi celle qu’elle se met elle-même :

« On attend beaucoup [ des militantes ], c’est certain, et la plupart d’entre elles se mettent toutes seules une pression énorme -c’est mon cas, en tout cas. Être parfaitement inclusive, parfaitement renseignée sur tous les sujets, parfaitement réactive, parfaitement bienveillante, parfaitement pédagogue… Etre la version politique d’une licorne, quoi. Et ce 7 jours sur 7.

Tous les jours, je reçois plusieurs dizaines de messages de personnes qui souhaitent partager leur expérience de tel ou tel sujet que j’ai abordé sur mon compte perso ou sur @bordel.de.meres (son compte Instagram dédié à la charge maternelle, ndlr), m’envoyer des liens, me demander conseil ou qui me demandent carrément de prendre position sur tel ou tel sujet… Sans compter les reproches parce que je n’ai pas répondu à tel message ou telle question, ou que je n’ai pas pris position sur tel ou tel sujet, et bien sûr, les messages de haine des mascus que j’aimerais un jour imprimer sur du PQ…

J’ai souvent l’impression d’être Siri (ou Alexa, en l’occurrence…), alors que je suis un être humain. J’ai des limites, et je ne devrais pas en avoir honte. Je ne devrais pas être embarrassée de ne pas tout savoir, de ne pas tout bien faire tout le temps, d’avoir besoin de repos et d’insouciance moi aussi. »

Etre militante féministe, c’est avant tout être humaine

Pour Fiona Schmidt, les gens ne se rendent pas compte de l’investissement, personnel comme financier, que demande le militantisme. La journaliste demande plus de bienveillance et de reconnaissance pour celles et ceux qui essayent de faire bouger la société, même si tout n’est pas parfait  :

« Militer, ça coûte psychologiquement, parfois physiquement pour celles qui sont sur le terrain, mais ça coûte aussi financièrement.

Se renseigner coûte, puisque les livres et les abonnements presse sont rarement gratuits (normal, puisque ça représente un travail, souvent colossal, qui mérite salaire, comme tout travail).

Pendant qu’on milite, on ne gagne pas d’argent, on ne cotise pas pour nos retraites ni pour la Sécu, on ne perçoit pas un centime… et la plupart des militantes ne veulent surtout pas en gagner, comme si l’argent risquait de dévoyer leur cause. Alors que sans argent, on ne peut pas la faire avancer : l’argent n’est pas une fin en soi ni une valeur, c’est juste un moteur, s’il n’y en a pas, elle cale.

Il y a une différence entre l’opportunisme, dont la finalité est la rentabilité commerciale, où le féminisme n’est qu’un prétexte comme un autre pour faire fructifier une entreprise strictement personnelle, et la compensation financière pour un travail utile à la communauté.

Attendre d’une personne qu’elle soit renseignée et dispo H24 pour changer le monde gratos et avec le sourire, c’est une vraie violence, surtout quand on est soi-même persuadée que c’est normal. »

Le militantisme, un choix personnel qui mérite le respect

Pour Fiona, devenir militante est une décision personnelle qui mérite d’être encouragée, quel que soit le niveau de sensibilisation de la personne :

« Il existe sans doute autant [de définitions du militantisme] que de militantes… Le synonyme de « militante » que propose le dictionnaire me plaît bien : « actif.ve ». Être militante, c’est s’activer à son niveau et avec ses moyens pour réparer ce que l’on perçoit comme une injustice collective.

C’est important d’être cohérente, le plus possible en tout cas, mais le fait d’être cohérente ne devrait surtout pas interdire d’être nuancée, et de se réserver un droit à l’erreur et à la progression. »

Et toi, que penses-tu du post Instagram de Fiona Schmidt ? Penses-tu qu’il soit possible d’être une féministe exemplaire ?

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