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Une femme souriante
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Je me suis barrée pour faire uniquement ce que je voulais pendant 3 mois, et j’ai eu raison

Aux grands maux les grands remèdes : pour sortir d’une période compliquée de sa vie, cette lectrice est partie seule en Argentine pendant trois mois. Elle raconte pourquoi c’était la meilleure décision de sa vie.

Quand j’avais 15 ans, je fantasmais souvent le futur qui m’attendait à l’âge adulte.

Bonne élève, je me rêvais étudiante brillante, vouée à multiplier les doctorats ; grande lectrice, je m’imaginais autrice de deux romans avant de toucher la trentaine ; utopiste, j’étais à peu près persuadée que je finirai présidente du monde, voire mieux.

La hauteur de ces ambitions n’a eu d’égale que la chute catastrophique qu’a été mon entrée dans la vie d’adulte.

Une entrée dans l’âge adulte chaotique

Je vous ferai grâce des détails de ce chaos qu’ont été mes premières années post-majorité. Toujours est-il que durant cette période où j’ai vu autour de moi tant de gens s’épanouir et trouver leur voie, personnellement, j’ai ramé. Beaucoup.

À 22 ans, après avoir passé une année dans un brouillard épais sur lequel je poserai plus tard le mot « dépression », j’ai trouvé sans trop savoir comment la force de poser un regard lucide sur ma vie.

Coincée dans une relation amoureuse qui commençait dangereusement à ressembler au duo Ryan-Kelly dans The Office ; épuisée par un job de serveuse qui m’abîmait pour un SMIC ; enfermée dans des études de droit aux atours ambitieux que je détestais, et dans lesquelles mes résultats médiocres me faisaient perdre chaque jour un peu plus confiance en moi…

Et pour saupoudrer le tout, beaucoup de honte de ne pas m’en sortir dans ce que tout le monde avait l’air de faire si facilement.

Obsession envoyer bouler sa vie

Parce que parfois, les planètes s’alignent, quelques jours plus tard, j’ai tiré ma première carte « chance » dans cette purge qu’est la vie administrative : le CROUS qui me ghostait depuis deux ans a décidé de me faire un virement rétroactif. Je me suis retrouvée avec une coquette somme sur mon compte en banque et un semestre presque vide avec un ou deux examens à passer en fin d’année (redoublement oblige).

Alors, plutôt que de consacrer ce temps à travailler plus pour mettre un peu d’argent de côté, ce qui était mon projet initial, j’ai tout envoyé bouler.

J’ai lâché mon boulot du jour au lendemain, quitté l’appartement où je vivais en couple, et j’ai débarqué chez ma mère avec mes valises et une grande nouvelle à lui annoncer : j’allais me barrer, mais je ne savais pas encore où, ni quand.

Avec le recul, j’ai du mal à me souvenir de toutes les petites étapes qui ont fait cette décision. Je me souviens juste qu’un jour, je me suis levée avec l’idée que je pouvais partir, loin, longtemps, et seule, et que cette idée n’a plus quitté mon crâne.

« J’étais complètement larguée, mais je n’avais jamais été aussi excitée de ma vie : l’étendue des possibilités devant moi était grisante. »

Mon départ pour l’Argentine

J’ai passé quelques semaines chez ma mère, à réfléchir à ce que je pourrais faire de ce temps et de ce besoin viscéral de voir autre chose.

J’avais envie d’apprendre une nouvelle langue, de voir du paysage, et de pouvoir être mobile sans que cela ne soit trop coûteux. Finalement, après avoir écumé des blogs, des témoignages, cherché des associations et des moyens d’occuper un peu mon temps sur place, mon choix s’est fixé sur l’Argentine, qui avait l’air d’être le plus bel endroit sur Terre.

Un mois plus tard, le temps d’apprendre quelques mots d’espagnol et de m’acheter un sac à dos solide, j’étais dans un avion low cost au-dessus de l’Atlantique.

Une liberté grisante à l’arrivée

À l’époque, le taux de change du pesos argentin n’était pas le même selon les endroits et les personnes auprès de qui on changeait ses euros, et j’avais prévu d’arriver avec un tiers de mon budget en liquide pour pouvoir profiter du meilleur échange possible.

J’ai donc débarqué un matin, après 20 heures de voyage, à l’aéroport de Buenos Aires, mon gros sac rempli de leggings sur le dos, une banane remplie de cash dans ma culotte, une notion de l’espagnol avec accent argentin proche de 0 (j’ai fait LV2 allemand)… Et une sacré boule au ventre.

J’étais complètement larguée, mais je n’avais jamais été aussi excitée de ma vie : l’étendue des possibilités devant moi était grisante. Des années plus tard, je repense souvent à cette sensation.

Trois mois à voyager seule en Argentine

La liste des choses que j’ai vues et faites pendant ces trois mois est longue, et réclamerait un article à elle seule. Mais des années, plus tard, j’en garde des souvenirs complètement fous.

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Les chutes d’Iguazu en Argentine, Peter Burdon / Unsplash

J’ai traversé le continent d’Est en Ouest grâce à des voyages en bus de 30 heures pendant lesquels je dévorais des livres et des paysages. J’ai fait du bénévolat ; je suis tombée amoureuse du Chili pendant un détour improvisé ; j’ai fait des road-trip avec des gens rencontrés la veille en auberge de jeunesse, randonné seule dans des parcs naturels immenses, pris des micro-bus assise à côté de poules, fait la fête, appris à pêcher, vu la beauté des chutes d’Iguazu, rencontré des gens qui sont resté des amis, appris l’espagnol avec un accent argentin dont je ne peux plus me défaire…

Et surtout, pour la première fois de ma vie, j’ai appris à prendre des décisions par et pour moi-même.

Il m’est arrivé de prévoir de passer quelques jours dans une ville, d’y arriver, de ne pas m’y sentir bien, et de la quitter une heure après avec le bus suivant, sans en avoir rien vu.

Il m’est arrivé à l’inverse d’aimer un endroit tellement fort que je choisissais d’étendre mon séjour, quitte à rendre le reste de mon planning impraticable (ou d’y retourner sur un coup de tête, quitte à perdre du temps et de l’argent précieux en transport). En vrai, de toute façon, après trois semaines, il n’y avait plus vraiment de planning.

J’ai découvert que je pouvais rencontrer des gens quand je le voulais, me faire des potes dans n’importe quelles circonstances, ou passer des jours entiers complètement seule sur un bout d’île perdue si j’en avais envie.

Pourquoi ce voyage a été la meilleure idée de mon existence

Avant de partir, quand je parlais de ce voyage autour de moi, les réactions étaient souvent inquiètes. Il y a des dizaines de raisons très rationnelles pour lesquelles imaginer une jeune femme voyager seule peut être effrayant — avec le recul, je me demande souvent comment ma mère a réussi à dormir la nuit pendant ces trois mois.

Mais c’est principalement la solitude que je cherchais dans ce voyage : aussi pesante qu’elle ait pu être à certains moments, quand mes proches me manquaient ou quand j’étais fatiguée de devoir me présenter pour la quatorzième fois de la semaine, elle a aussi été salvatrice.

C’est parce que j’étais seule que j’ai eu l’occasion d’exercer mon pouvoir de choix, sans compromis : où je veux, quand je veux, comme je veux, pendant trois mois. Je crois que je n’avais aucune idée de l’étendue de ce pouvoir jusqu’à ce voyage, tant j’étais habituée à rendre des comptes.

C’est aussi parce que j’étais seule que j’ai pu constater la force de mon indépendance et de mes ressources. Ces trois mois m’ont prouvé que je pouvais compter sur moi-même pour assurer ma survie, mes occupations, mes blagues, ma joie, mon épanouissement…

Enfin, cette solitude m’a permis de dégager assez d’espace pour qu’après un mois ou deux à ne penser que pour moi, je puisse aussi apprendre à penser à moi.

« Après ma centième heure à introspecter dans le bus, j’ai pris des grandes décisions. »

Ce que j’en ai retenu

Penser à moi, c’est à dire penser à ce que je voulais. De ma vie, des autres, du temps qui passe, et surtout, de ce que je comptais faire à mon retour.

Après ma centième heure (ressenti : un million) à introspecter dans le bus, j’ai pris la décision de quitter ma fac de droit détestable, où l’avenir que je m’imaginais m’assurer n’était de toute façon pas garanti par mes notes nulles, d’arrêter la cohabitation avec mon conjoint de l’époque, de quitter la ville où j’avais grandi quitte à galérer encore plus financièrement.

J’ai pris la décision de débuter une psychothérapie dont je captais tout juste que j’avais largement besoin, tant la personne que j’avais été ces derniers mois était différente de celle que je constatais pouvoir être là, seule et forte.

Quand je suis rentrée, j’ai annoncé fièrement à ma mère que j’arrêtais le droit pour m’inscrire en première année de fac de philo, et elle n’est pas passée loin de me faire tatouer de force « Pôle emploi » sur le front.

Je suis partie, j’ai fait cette fac de philo, puis d’autres choses. Je ne suis jamais retournée en Argentine, même si j’y pense souvent. Par contre, j’ai gardé cette habitude de voyager seule et de changer souvent de cadre, pour retrouver de temps à autre cette sensation de liberté.

Et surtout, j’en ai tiré une foi en moi inébranlable : je n’ai plus jamais eu peur de prendre une décision.

À lire aussi : J’ai fait le tour de l’Europe en solitaire au volant d’une camionnette

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Les Commentaires
2

Avatar de Kaktus
29 octobre 2021 à 12h49
Kaktus
Témoignage très inspirant ! Je suis contente de lire à la fin que ça semble aller bien pour elle , que ça lui a beaucoup apporté et que sa mère ne l'en a pas empêchée malgré ses inquiétudes.
J'aime mon travail et en plus, je ne peux pas me permettre de le lâcher (un CDI à temps plein dans une branche totalement bouchée, c'est rare) donc 3 mois à l'étranger ce n'est pas possible mais des fois je me dis que j'aimerais bien ne serait-ce que prendre mes 5 semaines de congés annuels d'un coup pour vivre une expérience comme ça.
Et puis je me rappelle que je suis trouillarde, parano, incapable de prendre des décisions sans réfléchir plusieurs semaines, et asociale et que par conséquent, ça risque d'être davantage l'enfer qu'une expérience de rêve.
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