L’Argentine légalise l’IVG et non on pleure pas on a une poussière dans l’oeil


Enfin, l’Argentine légalise l’IVG après un long combat. Après ce vote historique, les argentines ont laissé exploser leur joie (et nous aussi). Bravo aux associations féministes !

L’Argentine légalise l’IVG et non on pleure pas on a une poussière dans l’oeilUnsplash/ Benjamin Rascoe

C’est un tournant historique pour les droits des femmes en Argentine. Ce mercredi 30 décembre, le sénat a voté la légalisation de l’avortement jusqu’à quatorze semaines de grossesse. Une belle façon de commencer cette nouvelle année ! 

A majorité conservatrice, le vote qu’on annonçait serré ne l’a pas été avec 38 voix pour, 29 contre et une abstention. Un vote déterminant  qui a divisé la population : tous et toutes étaient regroupées aux abords du Congrès à Buenos Aires.

A l’annonce de résultat, les manifestantes pro-avortement ont laissé exploser leur joie à Buenos Aires.

Des images impressionnantes qui traduisent l’émotion d’une longue lutte pour les femmes.

 

Selon l’AFP, entre 370.000 et 520.000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année en Argentine ; à l’évidence, ce projet de loi est une avancée majeure pour les droits des femmes.

Un vote historique grâce aux soutiens politiques

Malgré la pandémie, les Argentines en faveur du droit à l’IVG se sont mobilisées pour vivre cet instant jusqu’au moment de délivrance, vers quatre heures trente du matin.

Réclamé depuis des années par les mouvements féministes, ce vote du congrès est un soulagement et l’aboutissement d’un long combat.

Depuis une loi de 1920, l’avortement n’est autorisé en Argentine (un pays de 45 millions d’habitants majoritairement catholiques) qu’en cas de viol ou de danger pour la santé de la personne enceinte et avec l’autorisation d’un juge.

Il y a deux ans, un projet de loi similaire à celui qui vient d’être voté par les sénateurs avait vu le jour, mais n’avait pas abouti : les sénateurs avaient finalement voté contre. Afin de convaincre un hémicycle conservateur, cette fois-ci la loi dispose d’un article permettant aux médecins de faire valoir leur « objection de conscience ».

Car cette année, la donne est différente : les pro-choix ont pu compter sur le soutien de l’exécutif, à savoir le président Alberto Fernandez et la vice-présidente Cristina Fernández de Kirchner. Tous les deux ont porté à bout de bras le projet alors que le projet cristallise la société.

 

« Le monde est injuste, mais la réponse n’est pas dans notre utérus »

Ce vote a lieu vingt jours après celui du parlement, le vendredi 11 décembre : 131 voix contre 117 ont suffit pour basculer dans l’histoire et donner l’espoir aux argentines d’un futur changement avant la concrétisation du Sénat.

Au sénat et au parlement, les élus ont débattu dans un climat tendu — à l’image de l’ambiance qui règne dans le pays. En effet, depuis des années le sujet divise le pays.

Au cours des échanges au sein de la chambre basse, le discours de la député Gabriela Cerruti a marqué les esprits. Dans un plaidoyer en faveur des droits des femmes, elle a affirmé :

« Ce que nous sommes venues vous demander aujourd’hui, c’est d’arrêter de faire du corps des femmes l’objet de litiges que l’économie ou la politique ne peuvent résoudre. […]

 Le monde est injuste, mais la réponse n’est pas dans notre utérus. Au contraire, le monde est injuste parce qu’il est construit depuis 500 ans sur un système fondé sur l’exploitation des femmes et de la nature ».

 

Le virage que prend l’Argentine bouscule toute une région du monde : avec l’adoption de ce texte, le pays rejoint le cercle très fermé des nations ayant autorisé l’IVG en Amérique latine, qui actuellement compte seulement quelques membres, à savoir Cuba, l’Uruguay, le Guyana et la province de Mexico.

En espérant que cette mobilisation qui a porté ses fruits, donne espoir au reste du monde !

À lire aussi : Bonne nouvelle féministe : le droit à l’IVG progresse en Thaïlande !

Hassiba Hadj

Hassiba Hadj


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Commentaires

grenouilleau

Après, tout n'est pas tout rose, encore une fois, même si c'est un pas vers le respect des droits des femmes. Médiapart a fait un article là-dessus, et ça reste "moralisant", et y a des problèmes pour les jeunes filles aussi (j'en cite un bout) :
"des modifications ont été introduites afin de convaincre les parlementaires réticent·es : l’accompagnement par un référent adulte des mineures de 13 à 16 ans et l’objection de conscience institutionnelle. « C’est vraiment mauvais pour les villages où il y a déjà peu de médecins », regrette Lola, 27 ans. De fait, dans certaines provinces conservatrices, le droit à l’avortement en cas de viol est régulièrement bafoué : une fillette âgée de 10 ans à 14 ans est contrainte d’accoucher toutes les trois heures. Selon les autorités, entre 370 000 et 520 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans ce pays de 45 millions d’habitants"
 

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