Précarité menstruelle des étudiantes : le distributeur gratuit, la solution ?

La précarité menstruelle touche aussi les étudiantes. Voici pourquoi ce distributeur de tampons et serviettes gratuits à l'université est une SUPER idée !

Précarité menstruelle des étudiantes : le distributeur gratuit, la solution ?


Tu t’es déjà retrouvée en pénurie de protection périodique dans ton collège, ton lycée ou ton université ?

Contre la précarité menstruelle des étudiantes

Demander des protections périodiques à ses camarades à l’université est loin d’être une évidence, tant les règles demeurent un sujet tabou !

Je me rappelle moi-même que, lors de mes premières règles au collège, j’ai préféré utiliser du papier toilette et garder mon chandail noué autour de me taille toute la journée plutôt que de demander une serviette ou un tampon à une copine…

Sans compter les étudiantes et les femmes qui se retrouvent sans protections périodiques parce qu’elles n’ont pas les moyens de s’en acheter.

Les protections périodiques ont un coût, estimé à 10 000€ sur toute une vie.

En réponse à ces problématiques, des étudiantes et étudiants de l’Université Paris-Est Créteil ont lancé un beau projet pour lutter contre la précarité menstruelle et le tabou des règles.

Des distributeurs de protections périodiques gratuites à la fac

L’université installe en effet des distributeurs de protections périodiques gratuites sur ses campus ! Ces protections respectent également les normes biologiques, biodégradables et environnementales les plus élevées au monde.

Je me suis rendue pour toi à l’inauguration des distributeurs, le lundi 9 mars 2020. Un événement qui prend tout son sens en un lendemain de Journée internationale des droits des femmes !

Ce projet a germé dans l’esprit des membres de l’association étudiante Penser Le Monde (PLM) il y a un an. L’association organise des débats publics à l’université. Elle s’est ensuite associée à la Fédération des associations de Créteil.

Les organismes ont travaillé avec l’entreprise Marguerite & Cie, qui aide à l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap et soutient les femmes en situation de grand précarité en France.

L’ensemble des fonds nécessaires a été versé par l’UPEC via le fonds de soutien au initiatives étudiantes, et la Contribution de vie Etudiante et de campus (CVEC).

Un projet qui répond à la réalité de la précarité menstruelle chez les étudiantes

Le projet répond à un besoin bien réel, « dans un environnement où les étudiantes sont spécialement touchées par cette précarité et par le tabou des règles », selon Angèle Desquesne, secrétaire générale de Penser Le Monde.

Pendant un discours d’inauguration émouvant, elle rappelle que la précarité menstruelle touche 1,7 million de femmes par an, et que 88% des étudiantes se sont déjà retrouvées en pénurie de protection à l’école.

Angèle réaffirme la volonté du projet que plus aucune  étudiante ne soit obligée de faire un choix entre un repas et des protections périodiques.

Si tu veux en savoir plus sur la précarité menstruelle, les étudiants et les étudiantes de l’asso Penser Le Monde ont réalisé un belle infographie sur leur compte Instagram :

Lutter contre la précarité menstruelle pour atteindre l’égalité des chances

Mettre fin à la précarité menstruelle à l’université, c’est aussi favoriser la réussite des étudiantes, et ce, quelles que soient leurs revenus ou leur classe sociale.

Angèle réaffirme l’engagement en faveur d’une « égalité réelle » du projet pendant son discours :

« Il est important de mentionner que les menstruations peuvent fortement affecter les conditions d’études.

Par l’installation de distributeurs de protections périodiques gratuites, nous nous engageons à offrir aux étudiantes des conditions maximales de confort et de réussite, dans une visée d’égalité des chances pour tous et toutes.

Nous défendons un droit à la gratuité des protections pour toutes. »

Lutter contre la précarité menstruelle en respectant l’environnement et la santé des étudiantes

Les étudiantes et étudiants de l’UPEC souhaitent offrir des protections périodiques gratuites à leurs camarades… mais pas n’importe lesquelles.

« On voulait du gratuit, mais pas du gratuit dangereux ou polluant ! », m’explique Angèle.

Les enjeux environnementaux et de santé sont au cœur du projet. Les protections périodiques distribuées sur le campus sont de la marque Natracare. Elles sont 100% biologiques, 100% biodégradables, et 100% compostables !

Sans plastique, sans chlore, et sans parfum, elles sont également recommandées par les gynécologues.

Gaëlle Le Noane est la fondatrice de Marguerite & Cie, qui a créé les distributeurs de protections. Elle m’explique que son choix de s’associer avec la marque Natracare est motivé par un souci écologique.

Les protections périodiques sont en effet extrêmement polluantes :

« Les serviettes classiques c’est à peu près 90% de plastique. C’est le 6ème déchet retrouvé en mer et ça met 500 ans à se dégrader. »

Des distributeurs de serviettes et tampons accessibles à toutes et à tous

L’installation de distributeurs de protections périodiques gratuites à l’UPEC répond à une exigence d’accessibilité à toutes et à tous. Un problème d’accessibilité qui provient tout d’abord d’un fort tabou autour des règles !

Angèle m’explique ainsi pourquoi elle et ses camarades ont fait le choix d’installer les distributeurs dans les toilettes, et pas dans les espaces communs de l’université :

« Avec d’autres étudiantes, on avait déjà organisé une distribution gratuite de serviettes et de tampons dans les couloirs de l’université, sur des tables.

Les étudiantes venaient nous parler mais hésitaient énormément à se servir, elles étaient gênées ! »

Dans les toilettes, les étudiantes pourront ainsi se servir plus discrètement.

Les distributeurs offrent des protections de trois sortes : serviettes hygiéniques, tampons avec applicateur et sans applicateur, afin que le plus grand nombre y trouve son compte.

En effet, selon Angèle, le tampon peut être vécu comme « intrusif » par certaines étudiantes. D’autres pensent qu’il ferait perdre sa virginité. « Nous voulions faire bouger les choses, mais sans bousculer les étudiantes », déclare Angèle.

Par souci d’inclusivité, un distributeur est disposé dans les toilettes mixtes de l’université. C’est d’ailleurs le tout premier à avoir été installé !

Les distributeurs sont également accessibles aux personnes à mobilité réduite.

De nouveaux distributeurs de serviettes et tampons à venir ?

Les assos étudiantes de l’UPEC ne comptent pas s’arrêter là ! Pour la suite, elles prévoient d’étendre l’installation des distributeurs à tous les campus de l’université.

Un suivi de consommation sera mis en place afin d’ajuster les commandes.

Les étudiantes et étudiants participant au projet affirment également leur volonté de voir leur exemple suivi au niveau national. C’est ce que me confie Angèle avec humour :

« Si Marlène Schiappa [Secrétaire d’État à l’Egalité hommes femmes] est intéressée, on veut bien lui donner notre devis ! »

Les initiatives de ce type sont encore, malheureusement, trop rares en France. L’UPEC est la 3ème université en France à mettre en place ce genre de dispositif, et la 1ère en Ile-de-France.

J’espère que des distributeurs de protections périodiques gratuites seront bientôt obligatoires dans toutes les universités de France !

Une mesure pas si impossible que ça, puisque l’Écosse l’a fait…

En 2018, le pays offrait des protections périodiques gratuites dans tous les collèges, lycées et universités, et en février 2020, le Parlement écossais a voté pour un projet de loi visant à rendre les protections périodiques gratuites pour toutes les femmes.

Mon vœu ? Que la France s’en inspire !

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Faustine M

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