Amber Heard, Johnny Depp, mon féminisme… et mon mea culpa

Nouveaux rebondissements dans l'affaire « Amber Heard / Johnny Depp »... et l'occasion pour Mymy de faire un peu d'introspection.

Amber Heard, Johnny Depp, mon féminisme… et mon mea culpaAmber Heard et Johnny Depp dans Rhum Express

C’était en 2016 : Amber Heard, alors mariée avec Johnny Depp, l’accusait d’avoir levé la main sur elle et demandait une ordonnance d’éloignement.

Ordonnance accordée, puis retirée quelques mois plus tard lorsque le couple annonçait un divorce et un règlement à l’amiable : 7 millions de dollars versés à l’actrice, qui dit les avoir transférés à des associations.

L’affaire semblait tristement banale, à cela près qu’elle concernait deux stars. Mais elle est, en réalité, bien plus complexe…

Amber Heard, coupable de violences conjugales envers Johnny Depp ?

Johnny Depp a lui aussi accusé son ex-femme de l’avoir violenté, notamment de lui avoir écrasé une cigarette sur la joue et de lui avoir gravement entaillé un doigt en éclatant une bouteille d’alcool, dans un accès de colère.

À présent, un enregistrement audio dévoilé par le Daily Mail semble prouver qu’Amber Heard aurait effectivement été violente physiquement avec son compagnon d’alors.

L’enregistrement où Amber Heard parle de frapper Johnny Depp

Ces conversations datent de 2015. L’extrait le plus incriminant est celui-ci ; Johnny Depp accuse Amber Heard de lui avoir mis un coup de poing, ce qu’elle nie.

Cependant, elle ne nie pas avoir levé la main sur lui.

Amber Heard — Je ne t’ai pas mis de coup de poing. Je ne t’ai pas mis de coup de poing, pour info.
Johnny Depp — Tu m’as mis un coup de poing.
A. H. — Je suis désolée de ne pas t’avoir, euh, proprement giflé au visage, mais je t’ai frappé, je ne t’ai pas mis de coup de poing. Tu n’as pas pris de coup de poing.
J. D. — Ne viens pas me dire ce que ça fait de prendre un coup de poing !
A. H. — Je sais, je sais, tu t’es beaucoup battu dans ta vie. Je sais, je sais. Ouais.
J. D. — Non ! Tu avais ton poing fermé, putain.
A. H. — Tu n’as pas pris de coup de poing. Tu as été frappé. Je suis désolée de t’avoir frappé de cette façon. Mais je ne t’ai pas mis de coup de poing. Je ne t’ai pas mis K.O., putain. Je t’ai frappé, putain.
J.D. — Tu ne peux pas me mettre K.O.
A. H. — Je ne sais pas quel mouvement exact a fait ma main, mais tu vas bien, je ne t’ai pas fait mal, je ne t’ai pas mis de coup de poing, je t’ai frappé.

Johnny Depp essaye ensuite de convaincre Amber Heard d’entrer ensemble dans une démarche d’apaisement, au lieu de laisser les conflits s’envenimer.

Conflits qui semblent, d’après le reste de la conversation, survenir régulièrement dans leur couple.

Johnny Depp — Si la dispute s’envenime au point qu’on s’insulte, ou, euh, que ça devient physique et tout ce bordel, la violence, là, alors il faut qu’on dise : on va chacun dans un coin […]
Amber Heard — Je ne peux pas te promettre que ça va être parfait. Je ne peux pas te promettre que je ne serai plus violente, physiquement. Parfois, putain, je suis tellement en colère que je perds le contrôle.

Les avocats de Johnny Depp et Amber Heard s’expriment

Du côté des avocats des deux parties respectives, cités là encore par le Daily Mail, il y a sans surprise deux sons de cloche.

Celui de Johnny Depp déclare :

Ces enregistrements contenant les aveux glaçants d’Amber Heard continuent à révéler et détruire son mensonge au sujet des violences conjugales.

La réponse d’une porte-parole d’Amber Heard est plus longue mais passe sous silence les phrases dans lesquelles l’actrice admet avoir levé la main sur son ex-mari.

Quiconque connaît les dynamiques des violences conjugales reconnaîtrait immédiatement ce qui se passe vraiment ici.

Dans les longs enregistrement que Johnny Depp a transmis, dans une démarche vindicative, à la presse, Mme Heard essaie à plusieurs reprises de calmer Mr Depp, d’ignorer ses accusations et de le forcer à reconnaître ce qu’il se passe réellement dans leur couple.

Que Mr Depp, qui a vécu et vit toujours dans une chambre d’écho qu’il a bâtie lui-même, essaie d’utiliser cet échange privé pour suggérer soit qu’il n’a pas été violent envers Mme Heard, soit qu’elle le « méritait » d’une certaine façon, ce n’est qu’une dernière tentative misogyne de rejeter la faute sur la victime.

Le hashtag #JusticeForJohnnyDepp, en soutien à l’acteur

Dans les heures, puis les jours qui ont suivi les révélations du Daily Mail, le hashtag #JusticeForJohnnyDepp a pris de l’ampleur.

De nombreuses personnes réclament une « réhabilitation » médiatique de l’acteur, et pointent du doigt le double standard qui fait que les hommes victimes de violences conjugales sont rarement pris au sérieux.

Des pétitions circulent, exigeant qu’Amber Heard ne soit plus à l’affiche d’Aquaman 2, ou qu’elle ne soit plus ambassadrice L’Oréal.

Certains et certaines fans estiment en effet que la carrière de Johnny Depp a pâti des accusations portées par son ex-femme, et que cette dernière devrait subir les mêmes conséquences.

Amber Heard, Johnny Depp, et mon féminisme

Cette complexe affaire me plonge dans un abîme de remise en question, je ne te le cache pas. Et je pense avoir une forme de mea culpa à faire.

En effet, à l’époque, même si je n’en étais pas rédactrice en chef, j’avais tout de même un rôle-clef au niveau éditorial chez madmoiZelle.

Et nos articles à ce sujet étaient clairement partisans. J’ai également signé tout un article sur le fait que voir Johnny Depp au casting des Animaux Fantastiques, « ça me filait la nausée » (oui, on frôle la cancel culture…).

Cette recherche de la nuance qui me tient tant à cœur aujourd’hui, je ne l’ai pas exercée à ce moment-là.

« Croire les victimes », mon réflexe féministe

Comme beaucoup d’autres féministes, comme toi qui me lis, sûrement, j’ai appris un mantra : « il faut croire les victimes ».

Les victimes du sexisme, du patriarcat, des violences psychologiques, physiques, sexuelles qui en découlent, et sont trop souvent niées, remises en question, balayées du revers de la main.

Des décennies, des siècles passés à être traitées d’hystériques, à appartenir aux hommes, à ne pas être entendues, à être victimes de crimes impunis, à subir la violence, la haine, le viol conjugal, et mille autres maux encore… ça laisse des traces.

Alors j’ai cru Amber Heard. Parce que c’est une femme. Parce que statistiquement, ce sont les maris qui frappent leurs épouses, et pas l’inverse.

Parce qu’encore beaucoup trop de victimes ne sont pas crues.

Johnny Depp, un homme victime de violences conjugales ?

J’aimerais pouvoir me dire que le genre de Johnny Depp n’a pas joué dans mon « réflexe » de le voir comme un agresseur, et non comme une potentielle victime.

Parce que je suis en charge de la rubrique Masculinité de madmoiZelle, parce que j’ai écouté des hommes victimes de viol, des hommes victimes de violences conjugales, des hommes dont la parole n’était pas entendue.

Parce que je sais que la taille, l’âge, la corpulence, la musculature ne sont pas tant en jeu dans ce type de situations. L’emprise psychologique, c’est ça qui permet à la personne coupable de cogner, et qui force la personne victime à rester.

Donc même si Johnny Depp a plus de force physique qu’Amber Heard, même s’il est plus vieux qu’elle de 22 ans, il peut être victime de violences conjugales.

Je ne crois pas qu’un homme ne peut pas être victime. Mais j’ai peut-être cru qu’une fois accusé par une femme, il était obligatoirement coupable…

Les violences systémiques VS les cas individuels

Je n’ai pas le fin mot de cette douloureuse histoire. Je ne sais pas qui a porté le premier coup, qui a prononcé la première insulte, qui a fait quoi dans l’affaire Amber Heard / Johnny Depp.

Je ne le saurai probablement jamais. Ça semble en tout cas bien plus grisâtre que le schéma « agresseur / victime » manichéen qui paraissait se dessiner en 2016.

Mais ce triste « fait divers » me permet en tout cas de prendre du recul sur ma lecture des évènements et mes propres biais de confirmation.

Chaque règle a des exceptions ; chaque réalité statistique comporte des cas individuels allant à l’encontre des tendances générales.

Au niveau sociétal, ce sont les hommes qui frappent les femmes. En majorité. Mais au niveau individuel, tout peut arriver, les cas particuliers existent.

Et ces personnes aussi méritent d’être entendues, écoutées, crues, respectées.

Alors je pense que je peux retirer de tout ça une forme de recul sur mes croyances, mes réflexes, et peut-être que toi aussi ?

À lire aussi : Comment réagir face à quelqu’un vous confiant avoir été victime d’un viol ?

Mymy Haegel

Mymy Haegel

Mymy est la rédactrice en chef de madmoiZelle. Elle est aussi dans la Brigade du Kif du super podcast Laisse-Moi Kiffer. Elle aime : avoir des opinions, les gens respectueux, et les spätzle.

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Commentaires

jorda

@Sadala certes il ne faut pas généraliser, mais d'un autre côté j'ai quand même l'impression que l'empathie pour les minorités n'est pas la même chez tout le monde...

@MorganeGirly moi ca me fait penser au mouvement des "myke menn" (hommes doux) en Norvège dans les années 70 qui revendiquaient le droit a la sensibilité et à la liberté de ne pas se conformer au patriarcat. C'est pour moi un exemple dont on pourrait s'inspirer.
 

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