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À Grenoble, le maillot couvrant est désormais autorisé dans les piscines municipales

Un conseil municipal exceptionnel a eu lieu ce lundi 16 mai à Grenoble où a été voté la levée des restrictions vestimentaires dans les piscines de la collectivité. Après des débats électriques, le maillot couvrant et le topless seront désormais autorisés à partir du 1er juin dans les bassins municipaux.

Après 6 heures de débats houleux et un vote très serré (29 voix pour et 27 voix contre) au conseil municipal de Grenoble ce lundi 16 mai, une décision historique a été prise : toutes restrictions sanitaires ne nuisant pas à l’hygiène ont été levées pour les piscines municipales grenobloises.

La réunion, qui était fermée au public, mais retransmise en direct sur Youtube s’est déroulée dans une ambiance électrique. L’adjointe en charge des Sports, Céline Mennetrier, a expliqué lors des délibérations que la longueur des maillots sur les bras et les jambes ne sera plus limitée.

La pratique du topless sera aussi autorisée dans ce règlement dont l’entrée en vigueur est prévue pour le 1er juin prochain. Quatre ans après la municipalité de Rennes, Grenoble devient la deuxième collectivité locale française à autoriser le port du maillot de bain intégral dans les piscines. Retour sur une décision qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

Le référé liberté d’Alliance Citoyenne rejeté par le juge

À Grenoble, la journée s’est déroulée dans un climat extrêmement tendu. Dès ce matin, le tribunal administratif de la ville examinait un référé-liberté déposé par l’association Alliance Citoyenne. Ces partisans devaient se réunir, ce 16 mai, à la Maison du Tourisme à Grenoble pour assister ensemble à la retransmission du conseil municipal du jour.

Mais la Maison du Tourisme, invoquant un trouble à l’ordre public et des problèmes de sécurité, a rejeté la réservation de la salle par l’association, qui lutte depuis plus de six ans pour l’autorisation du maillot couvrant dans les piscines municipales grenobloises. À la mi-journée, le référé a été rejeté pour incompétence de la juridiction administrative au motif que l’amphithéâtre en question n’appartiendrait pas au domaine public.

Me Marion Ogier, avocate d’Alliance Citoyenne, ne comprend pas ce verdict comme elle l’a confié au Dauphiné Libéré :

« Et ce alors même que l’Office de tourisme a admis lors de l’audience que c’était du domaine public et que le juge était compétent. »

Dans un communiqué, publié sur Twitter dans la foulée, Alliance Citoyenne déclare que le « le juge administratif a botté en touche » :

« Notre association soupçonnait une décision de la vice-présidente de la Métropole guidée par sa position personnelle anti-burkini qui constituerait une entrave à la liberté de réunion. »

Toutefois, cela n’a pas empêché les militants d’Alliance Citoyenne de se réunir, à la salle rouge, pour suivre le vote de la délibération, munis de banderoles et de bouées de bain. Environ 250 personnes ont assisté aux débats depuis cette salle polyvalente de la ville.

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© Alliance Citoyenne – Twitter

Les opposants à l’autorisation du port du maillot couvrant mobilisés devant la municipalité de Grenoble

Dès 14 heures, les premiers opposants à l’autorisation du maillot couvrant dans les piscines sont arrivés devant le siège de la Métropole de Grenoble, où se sont tenues les délibérations. Dans la foule, plusieurs cris se mêlaient : « Piolle démission », « On va gagner », tandis que d’autres entonnaient la Marseillaise. Selon les forces de l’ordre, plus de 450 personnes ont manifesté devant le siège de la Métropole.

Des militants et cadres de Reconquête, le parti politique fondé par Éric Zemmour, se sont mêlés au cortège, dont la candidate aux élections législatives, sur la première circonscription de l’Isère Marine Chiaberto. Tous dénonçaient par le débat introduit ici par Éric Piolle, un signe de « l’islam politique ». Mais leur présence dans le rassemblement n’a pas été toléré par tous : « C’est à cause de vous que la laïcité est bafouée ! », leur a crié un manifestant, d’après Le Dauphiné Libéré.

Grenoble, « ville pionnière, ville féministe », selon Éric Piolle

Dans son discours inaugural, lançant les discussions du jour, le maire EELV Éric Piolle a une nouvelle fois souligné Grenoble comme étant une ville « pionnière » et « féministe ». Anne Roche, élue d’opposition, a ensuite interrogé le maire sur la mise en place ou non d’horaires réservés dans les piscines municipales seulement aux femmes portant le maillot couvrant. Eric Piolle a été catégorique :

« Les créneaux non mixtes sont contraires à la loi de 1905, j’y suis donc totalement opposé. Mais le règlement (des piscines) de 2012 est une discrimination justifiée ni par l’hygiène ni la sécurité. Nous ne nous adaptons pas, nous stoppons des discriminations. »

Toujours dans le camp de l’opposition, Olivier Six a demandé au maire quel était le montant des subventions que Laurent Wauquiez, président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, menace de couper à Grenoble si la ville instaure le droit du port du maillot couvrant. La riposte d’Éric Piolle ne s’est pas fait attendre :

« Le conseil régional n’a pas attendu notre débat (sur les piscines) pour se désengager de nos territoires de progrès, impactant les emplois, le pouvoir d’achat et la santé des habitants. La Région investit 1,5 M€ en ce moment à Grenoble. »

Une passe d’armes saillante entre Éric Piolle et Alain Carignon

Une passe d’armes sévère a eu lieu entre le maire EELV et l’élu de l’opposition Alain Carignon. Ce dernier explique que face aux « problèmes » qui « assaillent les Grenoblois », personne ne comprend cette obstination, cette croisade solitaire en faveur du burkini. » Tout en assurant que le fonctionnement des « questions orales » précédant l’ordre du jour du conseil, relève de « l’URSS ancienne méthode ».

Éric Piolle s’est défendu en déclarant que « c’est le code général des collectivités territoriales ». Alain Carignon a rapidement rétorqué :

« Le conseil municipal ne peut pas délibérer sereinement à propos d’un sujet aussi sensible qui constitue une régression pour l’émancipation des femmes. (…) Pouvez-vous garantir que vous n’avez pas bénéficié aux municipales 2020 d’un vote communautaire connaissant vos liens avec Alliance Citoyenne ? »

Éric Piolle a instantanément dénoncé des « affirmations sans fond, sans perspectives et sans nuances » :

« Vous avez l’art d’inventer des fake news et d’alimenter les rumeurs, vous avez théorisé cette dérive contemporaine il y a bientôt 40 ans. La rumeur est votre plus grande contribution au débat local. Ce raisonnement atteint un niveau de calomnie incroyable ! »

Une valse de punchlines de la part de l’opposition

Après avoir voté les tarifs des spectacles et des ateliers de la saison 2022-2023, ainsi qu’un partenariat solidaire pour l’accueil de groupes de spectateurs en situation de précarité, le conseil municipal de Grenoble s’est enfin penché sur la question de la modification des règlements des piscines municipales, présentée par l’adjointe aux sports Céline Mennetrier :

« Ce règlement répond à des considérations de sécurité et d’hygiène imposés par le code du sport et de la santé publique. Ce règlement est non discriminant et doit permettre l’égalité à toutes et tous. »

Les discours de l’opposition se sont succédés faisant preuve d’imagination, de rhétorique, et de pathos. La première à ouvrir le bal a été Émilie Chalas :

« Monsieur le maire, vous faites honte aux musulmans et à la ville de Grenoble, nous sommes la risée de France, vous incarnez le visage de la liberté de revenir en arrière. Si le burkini vous est si cher, portez-le vous-même. »

Hosny Ben Redjeb, ancien membre de la majorité, a assuré qu’« autoriser le burkini relève d’une idéologie rétrograde » et qu’ « apporter au burkini une dimension émancipatrice serait faire preuve de naïveté. » Nicolas Pinel, membre de l’opposition (UDI) a quant-à-lui directement apostrophé Éric Piolle, le qualifiant de « Zemmour de gauche » qui utilise « les musulmans de Grenoble pour son ambition présidentielle. »

« Rien n’interdit le port de vêtement religieux dans l’espace public y compris à la piscine »

A 20h30, quelques instants avant le vote fatidique, Éric Piolle a pris longuement la parole devant son conseil municipal :

« (…) Il ne s’agit pas d’une autorisation mais d’une non-interdiction. Le burkini, ce n’est pas la burqa à la piscine. (…) Le fond du dossier, c’est trois combats, un féministe pour qu’on arrête de poser des interdits de vêtir ou se dévêtir, contre la sexualisation du corps des femmes ; le deuxième combat concerne des questions de santé et de prévention pour se protéger du soleil ; le troisième volet c’est évidemment la laïcité. Rien n’interdit le port de vêtement religieux dans l’espace public y compris à la piscine. Nous sommes universalistes, la laïcité est un pilier de notre société, il figure dans l’article 1 de la Constitution et se décline dans la loi de 1905. »

Toujours est-il qu’à 20h50 le verdict est tombé : la modification du règlement est adoptée à la majorité, 29 voix pour et 27 contre. Désormais, le port du maillot couvrant, mais aussi du T-shirt anti-UV ou encore la pratique du topless sont autorisés dans les piscines municipales de Grenoble.

Alors que dans le camp d’Alliance Citoyenne, c’est l’explosion de joie, Laurent Wauquiez s’est empressé d’annoncer, sur Twitter, mettre ses menaces à exécution en cessant « immédiatement toute subvention à la mairie de Grenoble ».

Mais l’affaire semble loin d’être finie : le préfet de l’Isère Laurent Prevost, sur instruction du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, a annoncé, via un communiqué diffusé le 15 mai et relayé par Ouest-France, sa volonté de « saisir le tribunal administratif en cas d’adoption » des « conditions et tarifs d’accès aux piscines municipales » :

« L’objectif principal de cette modification consiste à autoriser le port du burkini et de céder à des revendications communautaristes à visées religieuses. Cela paraît contrevenir au principe de laïcité. »

Si chacune pourra désormais se baigner dans la tenue de son choix dans les piscines grenobloises, il y a fort à parier que le maillot couvrant continuera de faire parler de lui et d’être l’épouvantail favori des réactionnaires pour cibler la communauté musulmane.

À lire aussi : Faut-il lever toutes les règlementations vestimentaires qui ne nuisent pas à l’hygiène dans les piscines municipales françaises ?

Image en Une : © Alliance Citoyenne – Instagram

Les Commentaires
31

Avatar de audrey974
20 mai 2022 à 06h28
audrey974
@Margay en effet, après je me focalisais sur le fait que moi le burkini ne me dérange pas ( à la limite je me dis que la personne doit avoir chaud, mais je me dis pareil quand comme tout à l'heure je croise des gens vêtus de fringues pas forcément couvrantes mais en synthétique en pleine chaleur), mais que ça pourrait mettre la personne mal à l'aise que je sois en bikini ou topless, mais en effet dans un vivre ensemble idéal les deux cohabitent ^^
@Jameela la pudeur c'était dans une autre phase de la conversation. A la base, elle m'avait signalé que ma jupe était un peu remontée ( j'étais assise dans un car) et qu'on apercevait un peu ma culotte. Je l'avais remerciée, et avais dit en plaisantant mais aussi car c'est ma logique, qu'au moins non seulement j'en avais une mais qu'elle était très couvrante ( type culottes emboîtantes rétro). Elle avait alors commencé à me faire un laïus comme quoi il est impératif pour une femme d'être pudique, que déjà ma jupe, que les peuples qui ne suivaient pas les règles de la pudeur genre les Egyptiens anciens ou les natifs d'Amazonie étaient manipulés par les démons, qu'il faut garder son corps pour son mari... D'où la discussion où j'ai mentionné que j'étais anti mariage pour moi et pas hétéro d'où la suite
Toute personne qui vit en france doit s'adapter à la mentalité de la population qui vit en france, non mais c'est quoi ces gens qui veulent imposer leur mentalité comme cela, qu'elle le fasse chez elle !! quand je suis arrivée en métropole je me suis adaptée à la mentalité des gens du pays, ce qui est normal, si un jour la mentalité des gens en métropole ne me convient plus et bien je rentrerais chez moi tout simplement !
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