Vivre avec le RSA, ça fait quoi ?

Le RSA, assistance, dernier recours, ou profit ? Qui sont ces gens qui, chaque mois, tentent de vivre avec à peine plus de 400 € ? Annelise a testé pour vous (dans sa vraie vie, pas pour le fun, n'est-ce pas).

Vivre avec le RSA, ça fait quoi ?

De plus en plus, les gens qui vivent du RSA (ex-RMI) sont montrés du doigt. La faute à des tentatives de réforme bien alarmistes, mais plus globalement à une société qui tente tellement d’en finir avec « l’assistanat » qu’elle finit par se mordre la queue.

Vivre avec le RSA dans la vraie vie, ça fait quoi ? Quelques pistes pour vous montrer que les bénéficiaires de cette aide ne sont pas forcément les cloportes que l’on pense.

RSA = gros profiteurs

Cliché numéro 1 de la personne au RSA : quelqu’un qui ne veut rien faire de sa vie et, forcément, profiter du système. À force de l’entendre, tout le monde finit par être bien rôdé : les bénéficiaires du RSA utilisent, pour ne rien faire, l’argent de l’État. Si l’État n’a plus d’argent, c’est forcément de la faute de ces gens-là. Un peu simpliste, comme réflexion ? C’est pourtant celle partagée par bon nombre de citoyens qui travaillent.

Grande nouvelle : toutes les situations sont différentes, et bien souvent, la personne qui vit du RSA n’en est pas spécialement heureuse. Vous imaginez, vous, vivre avec 410€ + des allocations logement (pour une personne célibataire) ? Dans notre société où aucun loyer n’est en dessous du 300€ (dans une petite ville de province, évidemment) et où l’électricité coûte de plus en plus cher, il ne reste à la personne que 250€ pour vivre, maxi.

Rajoutons à ça les frais classiques de nourriture, téléphone et/ou internet (à l’heure actuelle, qui peut réellement s’en passer) ? Quand tout devient un parcours du combattant, y compris avoir droit aux forfaits téléphoniques spécial RSA que propose France Télécom (qui vous répond de manière charmante « pourquoi mettez-vous de l’argent là-dedans ? »), vous avez vite fait de ravaler votre honneur. L’argent dépensé grimpe vite, trop vite quand on doit tout calculer.

Pour vous faire une idée de la chose, sachez qu’un étudiant boursier à échelon 6 (et donc, la plus grosse bourse possible pour vivre), gagnait 466€ + possibilité d’allocation logement pour vivre en 2011. Qui oserait dire que ce sont de gros profiteurs ? Qui pourrait dire vivre « grassement » avec 400 € ?

Les personnes avec des enfants, eux, gagnent logiquement plus. Cependant, même constat : il faut forcément choisir entre un espace de vie assez grand pour les enfants, ou un confort vis-à-vis de la nourriture et autres besoins. Pas de quoi devenir des rois.

RSA = personnes qui ne veulent pas travailler

On pense généralement, à tort, qu’une personne au RSA est une personne qui ne VEUT pas travailler. C’est bien connu, du travail il y en a forcément, et ils feraient mieux d’accepter n’importe quoi plutôt que de vivre comme ça.

Petit problème : de nombreuses personnes se retrouvent dans cette situation alors qu’ils ont travaillé durant de nombreuses années. Il suffit, par exemple, d’un licenciement massif, d’un congé maternité, d’une dépression ou d’un accident du travail. En somme, des trucs qui arrivent tous les jours à beaucoup de gens.

Certains s’en relèvent facilement, d’autres, non. Alors que le marché du travail va très, très vite, certains se noient rapidement dans les diverses demandes d’emploi, et finissent par ne rien trouver.

Petit exemple tout simple : quelqu’un qui a perdu son emploi à 45 ans aura des chances assez minces de retrouver illico du travail et en quelques mois, la boucle est bouclée. Il arrive aussi que des jeunes diplômés tombent dans ce système : personne ne souhaite les engager (pas assez d’emplois dans leur filière ou autre), on leur propose des emplois au rabais et une fois qu’ils en acceptent un, l’ANPE ne leur propose que ça – lire aussi Chômage mon amour. Vite démotivant.

RSA = gros teubés sans diplômes

J’en connais qui, par exemple, ont un diplôme mais pas la force psychologique actuelle pour plaire aux employeurs et trouver quelque chose.
C’est bien connu, pour terminer dans cette situation, il faut bien sûr n’avoir aucun diplôme, n’avoir pas fait d’études ou encore ne pas savoir parler la France.

Bah oui, c’est sûr : gagner ça, c’est prouver qu’on n’a rien su faire de sa vie, et que depuis tout petit, on n’était capable de rien. En gros, le RSA, c’est pour les teubés.

C’est d’ailleurs dans cette optique que l’on peut comprendre la réforme de Wauquiez : les personnes gagnant le RSA devaient, selon lui, s’acquitter de quelques travaux histoire de prouver à l’honnête citoyen qu’ils avaient mérité leur pénitence.

Problème : ces travaux proposés étaient tous des emplois sans qualification, comme agent d’entretien (le nom politiquement correct pour homme ou femme de ménage), agent de cantine… Il arrive que de nombreuses personnes au RSA ont des diplômes, des vrais, mais ne peuvent s’en servir.

Pour exemple, ma mère qui, alors qu’elle est devenue handicapée + atteinte d’une maladie handicapante, n’a jamais plus pu exercer une nouvelle fois son emploi. Quelles solutions pour ces gens-là ? À part le RSA presque aucune.

Le miroir aux alouettes qu’est la Cotorep et les emplois réservés aux handicapés a ses limites : saviez-vous que pour être reconnu travailleur handicapé à un certain pourcentage histoire de pouvoir postuler aux places réservées, il faut en avoir sacrément sous le coude ?

Ce sont des milliers de personnes, « handicapées mais pas trop », qui passent à la trappe, puisque trop handicapée pour bosser normalement, mais pas assez pour pouvoir obtenir un travail spécifique.

De plus, est-ce qu’une personne avec des diplômes, sous prétexte qu’elle ne trouve plus d’emploi, devrait se rabattre sur « n’importe quoi » ? Dans ce cas, que vaut l’emploi d’une personne sans qualification ? Presque rien du tout, car en le faisant on ne vaut guère mieux que les gens au RSA. La boucle est bouclée.

RSA = la grosse honte

Enfin, le cœur du problème : sachez que les personnes au RSA ont, bien souvent, honte.

Honte pourquoi ? Parce que de nombreuses personnes les voient de plus en plus comme des personnes bonnes à rien. C’est ainsi que des propriétaires vous raccrochent au nez quand vous parlez de votre situation, que Pôle Emploi vous prend de toutes façons pour un cas désespéré, que les pharmaciens tirent une tronche de dix kilomètres de long quand vous présentez votre attestation de CMU (une prise en charge à 100% par la sécu pour les gens au RSA) ou que les médecins vous disent qu’il fallait leur expliquer avant de prendre rendez-vous que vous étiez dans une « telle situation » (véridique). Que oui, vous êtes PAUVRE et FAINEANT, et que donc vous ne valez pas grand chose.

Outre une certaine minorité qui décide de manière consciente de ne rien faire de leur vie et d’attendre (n’allez pas croire non plus que ces gens sont particulièrement heureux), que penser de cette majorité qui, à un moment donné de leur vie, ont tout simplement décroché de la société ? Les blâmer ? Les voir en candidats typiques de Confessions Intimes ? Une petite solution toute simple : arrêtons de les voir comme des assistés chroniques. Qui parmi vous pourrait s’épanouir avec moins de la moitié d’un smic ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Blue_moon
    Blue_moon, Le 15 août 2015 à 20h15

    franchement, mille mercis pour cet article ! pour une raison particulière : enfin, pour la première fois depuis vraiment longtemps et que ce soit sur des blogs ou des sites d'info, on parle des personnes handicapées et de leurs galères. pas assez handicapée pour toucher une allocation, trop pour occuper un emploi alimentaire, je me sens parfois un peu oubliée par la société :)
    pour avoir vu de l'intérieur, on croit qu'il y a beaucoup de choses en faveur des personnes handicapées, comme des emplois "spéciaux", des adaptations de poste, des solutions pour se former ... mensonges éhontés, malheureusement. j'ai été virée de mon ancien poste, alors qu'un changement de chaise et une modification d'emploi du temps aurait pu me maintenir dans l'emploi, mais personne ne veut s'embêter avec une personne ayant un handicap, c'est trop de frais m'voyez. Mais bon, on est quand même 9.6 millions handicapés en France, et on ne parle jamais, jamais de nous. les formations sont fictives, les offres d'emploi bidon (souvent des temps plein et des métiers bien manuels ... on repassera pour le handicap physique), et le RSA est bien souvent la seule bouée qui nous permet de ne pas sombrer dans la misère.
    désolée pour le petit hors sujet, ça me fait juste tellement plaisir qu'enfin quelqu'un souligne que les gens handicapés galèrent !

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