Victime de violences conjugales, je refuse de devenir « la femme battue »

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Cette madmoiZelle a été victime de violences de la part de son partenaire. Mais elle est loin de n'être qu'une victime, qu'une femme battue. Lettre ouverte à ceux qui pourraient croire le contraire.

Victime de violences conjugales, je refuse de devenir « la femme battue »

J’ai 17 ans, je suis une fille, et si vous me regardez vous ne verrez que ça.

Pourtant je suis restée plus d’un an avec un homme qui me frappait et était régulièrement violent.

Et malgré ça, je ne suis pas juste « une Femme Battue », ce n’est pas ce qui me définit.

Qui suis-je, avant d’être une victime de violences conjugales ?

Voilà des exemples de choses qui me définissent :

  • J’ai dix doigts
  • Je suis blonde
  • J’ai les yeux bleus
  • Je suis un être humain
  • J’aime les crêpes

Ces choses sont actuelles, me décrivent et je ne peux pas vraiment les discuter.

Mais mon repas de ce midi, mes vêtements ou mes erreurs ne me définissent pas.

Je ne suis pas « une femme battue »

Maintenant, je suis partie, mais même pendant cette relation je n’étais pas qu’une femme battue. Tout comme je ne suis pas qu’une femme violée ou une femme harcelée.

En voyant une personne manger des chips, vous n’allez pas l’appeler la Mangeuse de Chips pour le reste de sa vie ?

Pour la même raison, quelqu’un qui a des oreilles, vous ne l’appellerez pas l’Oreille, puisqu’il possède aussi des bras et un nombril (généralement) ?

Pourtant, il y a quelque temps au lycée, alors que je me battais pour avoir mon bac malgré les heures de cours ratées et les crises d’angoisse dues à une dépression, j’ai pu entendre derrière moi cette discussion entre deux inconnus :

« – T’as vu la blonde devant ?
– Avec le sac rouge ?
– Oui, bah c’est une femme battue !
– Et elle est restée avec ? Elle est conne, c’est sa faute… »

Charmant. Cette discussion en plus de me donner envie de vomir, m’a mise dans une colère noire.

Ce n’est pas de ma faute si j’ai été victime de violences conjugales

Une personne victime de violences conjugales n’est pas responsable de ces violences au prétexte qu’elle reste.

C’est ma faute ? Vraiment ? Ce cliché très répandu ignore tout de la réalité de telles violences. Que des personnes se posent des questions, je le comprends, qu’elles assènent un préjugé avec une telle assurance, c’est aberrant.

À lire aussi : Pourquoi les femmes victimes de violences conjugales ne portent-elles pas plainte ?

Depuis que j’ai mis fin à cette relation il y a quelques mois, j’ai entendu beaucoup de questions d’ailleurs et deux sont revenues très souvent. Pourquoi tu es restée et pourquoi tu as fini par partir ?

Et je vais donc y répondre, le plus simplement possible, car je comprends qu’on me les pose, étant donné que je me les suis posées moi-même.

Je suis restée car partir signifiait que c’était bien en train de m’arriver et qu’il allait falloir que je l’accepte en quittant celui que j’aimais.

Je suis partie car rester signifiait que ça pouvait continuer, et parce que chacune des violences, alors qu’il me regardait droit dans les yeux en souriant, me disaient qu’il ne m’aimait plus, ou mal.

Comment aider une victime de violences conjugales ?

Et je n’oublie pas qu’on m’a aidée. Je pense que dans ce genre de situation, le monde extérieur est nécessaire.

Dans mon cas, je n’ai fait appel à aucune association, mais ma meilleure amie m’a peut-être sauvé la vie. Six mois après la première violence, j’ai réussi à lui en parler, et six mois plus tard j’ai commencé à me livrer à mes autres proches.

J’ai appris que des professeurs s’en doutaient, que des amis s’inquiétaient et que sans ce partenaire je ne serais pas seule.

Ça n’a pas été facile. Et c’est seulement quand ma meilleure amie m’a fait comprendre qu’elle ne pouvait plus m’aider toute seule si je ne faisais rien de mon coté que j’ai réagi.

Elle était l’unique personne qui me reliait encore à moi-même. Lorsqu’elle m’a dit qu’elle n’était pas sûre d’être assez forte pour continuer à me parler si je m’obstinais à le défendre, alors que c’était moi qui devais être défendue, ça m’a fait un choc.

J’ai donc entamé une thérapie il y a deux mois pour laver toutes les traces qu’il pouvait avoir laissées en moi et dont je ne veux pas.

Après avoir entendu cette discussion à la fin du lycée, j’ai compris que j’avais la force maintenant de replacer certaines vérités :

  • Personne n’a jamais envie d’être frappé•e, en particulier par quelqu’un qu’on aime.
  • Personne n’est juste « une femme battue ».

Quelques ressources concernant les violences conjugales

En cas de violences conjugales, dont on est la victime ou le témoin, des informations et de l’aide sont disponibles au numéro 3919. L’appel est anonyme et gratuit, aussi bien depuis la France métropolitaine que depuis les départements d’outre-mer.

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