L’urbanisme « anti-SDF » fait scandale… mais pas partout

Les installations « anti-SDF » ont fait scandale à Londres début juin. Elles existent aussi en France, mais ne suscitent pas une telle vindicte.

L’urbanisme « anti-SDF » fait scandale… mais pas partout

Le 1er juillet :

Après les piques anti-SDF, il est plaisant de voir des initiatives inverses. À Vancouver, au Canada, l’association RainCity a rendu les bancs plus accueillants. Ce modèle, par exemple, affiche « Ceci est un banc » de jour et « Ceci est une chambre » la nuit. En bas s’illumine le message « un endroit que l’on appelle maison devrait vraiment en être une », avec l’adresse du site de RainCity.

Une autre installation propose d’abord « un abri » qui protège de la pluie, puis « une maison » en donnant l’adresse d’un centre d’hébergement :

Le 26 juin 2014 :

Les plus agressifs sont des pics. Les plus esthétiques de gros galets scellés dans le sol ou sur le haut des murs. Les plus banals de petites pentes qui comblent l’espace entre un trottoir et un mur, ou des accoudoirs qui délimitent les places sur un banc. Ce sont les aménagements anti-SDF.

On en a beaucoup entendu parler il y a quelques semaines, avec le scandale causé par ces aménagements à Londres. Le 4 juin, Andrew Horton, habitant de Woking dans le Surrey, a pris cette photo dans la capitale britannique en allant au travail :

Selon des habitants de l’immeuble, l’endroit était couramment investi par les SDF, jusqu’à ce que les piques soient posées deux semaines avant le scandale.

Postée sur Twitter (et reprise comme on le voit ci-dessus par des sites de presse), l’image a rapidement obtenu des dizaines de milliers de retweets. Le Web s’est enflammé, une pétition a été lancée. Même le maire de Londres a condamné fermement ces pratiques :

« Les pics à l’extérieur des immeubles de Southwark pour dissuader les sans-abri d’y dormir sont laides, contre-productives et stupides. Le promoteur devrait les retirer dès que possible. »

Il a été appuyé par le ministre du Logement, Kris Hopkins, qui a jugé l’initiative du promoteur immobilier « déplorable » et a demandé que les pointées soient retirées. « Je ne sais pas quel architecte qui se respecte voudrait être associé avec une telle initiative offensante », a-t-il commenté.

Les magasins Tesco ont eux aussi été critiqués pour des pics installés devant l’un de leurs magasins, au centre de Londres. La chaîne a plaidé que cet aménagement ne visait pas les SDF mais les « comportements anti-sociaux », comme boire ou fumer, qui auraient dissuadé les consommateurs. Elle a toutefois rapidement fait retirer les pics.

Dans la foulée, beaucoup de ces aménagements anti-SDF ont été retirés, par leurs propriétaires ou par des citoyens en colère.

Un scandale… mais pas partout

L’histoire a été amplement relayée en France. Mais alors que les dispositifs anti-SDF semblent scandaleux à Londres, ils passent presque inaperçus de notre côté de la Manche…

On trouve pourtant les mêmes, et depuis longtemps : en 2003 déjà, Stéphane Argillet et Gilles Paté avaient pu réaliser Le repos du fakir. Dans cette vidéo de six minutes, un homme tente de se coucher un peu partout dans Paris, sur des pics, des barres ou des bancs atrophiés :

Depuis plusieurs années, Arnaud Elfort et Guillaume Schaller, du Survival Group, recensent eux aussi en photos ce qu’ils appellent les « anti-sites ». Leurs clichés ont été exposés en 2009 à la galerie Ars Longa. Il n’y a guère eu de vindicte populaire depuis pour faire disparaître ces installations, qu’ils continuent à documenter :

Ce renfoncement pourrait être un abri pour un SDF. Avec ces gros galets, ce ne sera pas le cas.

Des gens devaient s’asseoir sur ces jardinières…

Personne ne s’installera dans cette alcôve, sous peine de finir embroché-e.

Le Tumblr Marche ou crève (dont l’URL, « urbanisme-inhumain », est parlante) fait à peu près la même chose, recensant plus largement « les moyens architecturaux pour confisquer l’espace public aux populations ».

On y constate que les pics, plots, plans inclinés et autres barres entre les sièges envahissent toutes les villes ? vous pouvez vous aussi contribuer avec vos photos. Le Tumblr existe depuis début 2013 et a été relayé sur les réseaux sociaux, mais ne semble pas toucher le public non-militant.

Pourquoi ce qui fait scandale à Londres passe-t-il aussi aisément en France ? Avez-vous déjà prêté attention à ces aménagements dans vos villes ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MelusineB
    MelusineB, Le 2 juillet 2014 à 21h01

    missmachine;4810660
    Après, concernant le fait d'offrir un sandwich plutôt que de donner une pièce, j'ai souvent entendu des gens me dire qu'ils préféraient faire ça parce qu'ils avaient peur que le SDF aille s'acheter de l'alcool/de la drogue avec l'argent qu'ils ont récolté dans la journée. ça me paraissait être une bonne idée jusqu'à récemment, où je me suis dit que c'était finalement un peu paternaliste, comme attitude. Déjà, ça doit être un peu lourd de se faire soupçonner direct d'être alcoolique ou drogué juste parce qu'on est SDF, et ensuite, quand bien même ce serait le cas, je suis qui pour dire ce que ce mec doit faire de l'argent que je lui donne ? Si je donne un peu d'argent à un SDF, c'est parce que j'ai envie de faire un geste de générosité à quelqu'un dans le besoin, pas pour lui dire comment il doit vivre sa vie.

    Je sais pas ce que vous en pensez, vous vous êtes déjà posé des questions par rapport à ça ?:hesite:
    C'est une attitude qui m'a toujours foutue en boule, ce "Je donne pas d'argent car sinon ils achètent de la drooogue ou de l'alcool!". ...

    Je réponds toujours "Et alors?"
    En quoi le fait que la personne s'achète une bière, un litron de vin, du shit ou autre justifie que tu ne lui donnes pas de l'argent ? Au delà des relents paternalistes, l'alcool ou la drogue aident - il ne faut pas le nier, c'est un fait - à supporter les conditions de merde inhérentes à la vie dans la rue. Alors si les quelques centimes donnés peuvent aider celui ou celle qui les réclame à bien dormir, à ne pas être en manque, à oublier ou mille autres choses qui motivent l'achat incriminé, ouais, je les donne.

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