J’ai publié mon premier roman à 14 ans — Témoignage

Héloïse De Ré a écrit son premier roman à treize ans, et il a été publié quand elle en avait quatorze. Vous avez dit vocation ?

J’ai publié mon premier roman à 14 ans — Témoignage

Je ne me souviens pas exactement à quel âge j’ai commencé à écrire. À partir du moment où j’ai appris à le faire, sans doute. Je me souviens juste que c’est une activité qui m’a toujours parue naturelle, innée, c’est une passion ancrée en moi.

Créer, imaginer, puis tout coucher sur le papier. Comment pourrait-il en être autrement ?

De la première histoire au premier roman

La première histoire qui a marqué ma mémoire d’auteure, je l’ai écrite à l’âge de six ans. C’était une petite fille qui découvrait avec anxiété que sa grande sœur était une sorcière. Un chaudron, des incantations, quatre pages d’enquête pour un dénouement heureux.

Pourquoi la magie ? Parce que j’ai longtemps été persuadée que je possédais moi-même des pouvoirs surnaturels et que, tôt ou tard, ils se manifesteraient !

Les idées affluaient et je commençais un roman, déterminée à aller au bout, mais je finissais par abandonner, et alors une nouvelle idée me venait.

De nombreuses histoires ont fleuri sous ma plume par la suite, toutes inspirées de mes lectures. Les idées affluaient et je commençais un roman, déterminée à aller au bout, mais je finissais par abandonner, et une nouvelle idée me venait. Pendant plusieurs années, mon écriture a été rythmée par ce cycle.

Et puis un beau jour, en août 2011, peu avant ma rentrée en sixième, je me suis installée devant mon ordinateur, ai ouvert une page Word et ai commencé à écrire une nouvelle histoire. Est-ce que j’allais la terminer ? Je n’en savais rien, et peu m’importait !

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Inspirée par les rayons de soleil qui caressaient mon écran, j’ai raconté en quelques pages le retour de vacances de Jill, une jeune fille de douze ans. Très vite, la magie – cette magie si tenace, qui refusait, et qui refuse encore de quitter mon esprit – s’est immiscée dans mon récit. Jill se découvrait des pouvoirs, et apprenait qu’elle était originaire du mystérieux Monde d’en Bas.

Durant les jours qui ont suivi, j’ai continué à raconter l’histoire de cette jeune fille. Et même lorsque je n’écrivais pas, les idées venaient, toujours plus nombreuses. À chaque instant, de nouveaux personnages frappaient à la porte de mon imagination et y pénétraient afin de rencontrer Jill. Tout un univers s’est créé autour de cette jeune sorcière, un monde magique qui, très vite, a empli tout mon esprit.

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Tout devenait plus net chaque jour, des contours du Monde d’en Bas aux caractéristiques de ses habitants. Un pays, Decem ; une région, le Minosta ; une école, Prizimm. Alors que Jill se faisait de nombreux amis s’est imposée à moi la terrible nouvelle : le maléfique Vrisac souhaitait étendre son pouvoir ténébreux sur tout le Monde d’en Bas, et paraissait en vouloir tout particulièrement à la vie de la jeune fille.

J’ai débuté le collège, et Jill m’a suivie. Les idées continuaient à se bousculer, et chaque soir j’écrivais. Les pages se noircissaient, la liste des chapitres s’allongeait, mais c’est à peine si j’en avais conscience.

Et il en fut ainsi durant près de deux ans, jusqu’en avril 2013. J’ai alors couronné trois cents pages de récit d’un simple mot : « Fin ». Et c’est à ce moment que j’ai compris que je venais de réussir là où j’avais échoué pendant tant d’années : j’avais achevé un roman.

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Relecture, correction et auto-édition

Débordante d’excitation, j’ai consacré un mois à une relecture de mon livre, et me suis appliquée à créer une belle mise en page. Mon cadeau pour la fête des mères était tout trouvé ! J’ai transféré le fichier Word sur la liseuse de ma mère.

Cette dernière savait évidemment que j’écrivais mais elle pensait que j’en étais encore à mes romans inachevés ; aussi a-t-elle été très surprise en avisant le nombre de pages et en constatant que j’étais venue à bout de ce qu’il convenait désormais d’appeler un roman. « Nous allons corriger ton livre, et voir s’il est possible de le faire éditer » m’a-t-elle dit, et, pleine de motivation, j’ai acquiescé !

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J’ai longuement discuté avec une jeune auteure qui avait auto-édité ses ouvrages, et cette rencontre inattendue stimula ma volonté. L’année suivante, moi aussi je serais de l’autre côté de la table !

Le mois suivant, en juin 2013, je me suis rendue comme chaque année à un salon du livre près de chez moi : Boulay Bouq’In. J’y ai rencontré une jeune auteure, Telia Caruso, d’un an mon aînée, qui présentait deux de ses ouvrages. J’ai longuement discuté avec elle, et elle m’a parlé de l’auto-édition qui lui avait permis de concrétiser son rêve et de faire imprimer ses romans.

Cette rencontre inattendue stimula ma volonté. L’année suivante, moi aussi je serais de l’autre côté de la table !

Les grandes vacances arrivant, ma mère et moi avons convenu de relire mon roman, afin d’y apporter toutes les corrections nécessaires. Nous nous sommes fixé comme objectif de corriger dix pages chaque jour.

Le premier, c’est ce que nous avons fait, et le deuxième aussi. Le troisième, déjà, nous nous sommes heurtées à une difficulté d’ordre pratique : nous avions du mal à nous retrouver libres au même moment, et nous ne lisions pas à la même vitesse. Nous avons tenu bon, mais pas très longtemps. Et nous avons fini par abandonner la relecture du premier tome du Monde d’en Bas.

Cependant, je n’étais pas décidée à oublier mes personnages si facilement, et cédant aux idées qui continuaient à se bousculer dans ma tête, j’ai entamé la rédaction d’un deuxième tome. Durant l’année qui a suivi, à plusieurs reprises, ma mère et moi nous sommes dit qu’il serait peut-être temps de reprendre la relecture du premier tome, mais nous ne trouvions jamais le temps de nous y mettre.

L’impensable s’est produit le jour de mes quatorze ans, le 6 avril 2014. Ma mère a posé devant moi un carton, que je me suis empressée d’ouvrir.

À l’intérieur se trouvaient vingt-quatre livres, tous les mêmes, qui portaient le titre Le Monde d’en Bas, tome 1 : les prémices, et sur lesquels étaient inscrit mon nom.

Il m’a fallu quelques secondes pour comprendre qu’il s’agissait de mon livre ; des centaines de questions affluaient à mon esprit, mais j’étais trop émue pour les poser. J’ai fondu en larmes, fixant sans le croire réellement le plus beau cadeau qu’on m’avait jamais fait.

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Ma mère m’a alors expliqué qu’elle avait relu et corrigé, avec l’aide de mes grands-parents, tout le livre. Mon beau-père s’était chargé de la mise en page et sa fille, étudiante aux Beaux-Arts, avait réalisé la couverture.

Ma mère s’était ensuite adressée à un imprimeur, et avait commandé une centaine d’exemplaires du premier tome du Monde d’en Bas ; d’autres cartons m’attendaient dans la maison.

Comme je me l’étais promis un an auparavant, j’ai finalement pu, cette année-là, participer à Boulay Bouq’In en tant qu’auteure, certes auto-éditée, mais auteure tout de même. J’étais passée de l’autre côté de la table !

Trouver un éditeur

J’étais évidemment ravie de tout ce qui m’arrivait, mais une idée me trottait encore dans la tête. Et si je pouvais trouver un éditeur ?

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Ma mère et moi avons effectué une dernière relecture du Monde d’en Bas, puis avons établi la liste de toutes les maisons d’édition auxquelles je pourrais envoyer mon roman par mail. En effet, mon espoir de voir mon livre accepté était si mince que je préférais ne pas investir trop d’argent en l’envoyant par voie postale.

J’ai reçu des réponses d’éditeurs, mais ils me demandaient d’avancer de l’argent.

À ma grande surprise, j’ai reçu assez rapidement des lettres de maisons d’édition qui souhaitaient publier mon roman. Mais en étudiant le contrat, je me suis rendu compte qu’elles me demandaient toutes plus de trois mille euros, une somme que je ne pouvais pas débourser.

Je me suis renseignée sur les maisons d’édition à compte d’auteur, et ai lu beaucoup d’avis négatifs au sujet de la plupart d’entre elles. La principale mise en garde était la suivante : si un éditeur ne prenait pas la peine d’investir de l’argent dans un livre, il ne se sentirait pas obligé d’en assurer la promotion et la distribution en librairie. J’ai donc décliné les propositions de contrats et ai patienté, pleine d’espoir !

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Finalement, c’est en août 2014 que la bonne nouvelle que j’attendais tant sans oser l’espérer est arrivée, sous la forme d’un mail signé de l’éditrice des Éditions du Quotidien. Le Monde d’en Bas lui avait plu, et allait être publié à compte d’éditeur. J’ai dû relire le mail une dizaine de fois, et le montrer à tout mon entourage, avant de croire à la réalité de ce que je vivais.

J’ai rencontré l’éditrice en octobre, et elle m’a suggéré quelques améliorations à apporter au livre, comme par exemple raccourcir les dialogues. Elle m’a prévenue qu’elle travaillait avec ses propres illustratrices, et que, par conséquent, la couverture ne serait pas la même.

Mais quelques temps plus tard, j’ai reçu un mail me demandant si ma demi-sœur serait intéressée par la réalisation d’une nouvelle couverture, afin que l’on puisse différencier les deux versions. Elle a immédiatement accepté et s’est mise au travail, tandis que de mon côté je reprenais une nouvelle fois la correction du récit.

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Finalement, le premier tome du Monde d’en Bas est paru le 13 janvier 2015, et depuis, j’enchaîne salons du livre et séances de dédicaces afin de faire voyager un maximum de lecteurs•trices dans mon univers.

Durant tous ces mois, je n’ai bien évidemment pas abandonné le tome deux. Je l’avais terminé avant la parution du premier, et ai débuté la relecture en avril 2015. C’est encore ma demi-sœur qui en a réalisé la couverture. Les Prémonitions est paru le 3 août.

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Écrivaine, mon futur métier ?

Lorsque j’ai commencé Le Monde d’en Bas, je me replongeais dans mon univers chaque jour, mais rapidement j’ai dû me contenter des week-ends et, finalement, des vacances.

Ma manière d’écrire a beaucoup évolué depuis les premières lignes de mon roman.

En effet, mes horaires de lycéenne, mes devoirs puis mes participations à des salons du livre ne me permettent malheureusement plus d’écrire autant que je le voudrais. Mais je continue à imaginer des aventures à mes personnages quotidiennement !

J’ai remarqué que ma manière d’écrire a beaucoup évolué depuis les premières lignes du Monde d’en Bas. Pendant longtemps, je me suis refusée à me servir de plans : il était plus exaltant de coucher les mots et les idées sur le papier tels qu’ils me venaient.

Au début, je me refusais à me servir de plans. Désormais, j’ai besoin de descriptions très détaillées.

Mais peu à peu, les grands événements qui rythmeraient la saga se sont ordonnés de manière chronologique dans ma tête, et mon plan s’est créé sans que je ne m’en rende tout de suite compte. À présent, les préparations de chaque chapitre sont très détaillées. Une page de notes, d’idées pêle-mêle, de descriptions est nécessaire.

Dans ce parcours, je suis très soutenue par tout mon entourage ! Ma famille et mes amis m’accompagnent parfois dans les salons du livre, me donnent leur avis. Leur aide m’est précieuse ! Quant à mes professeurs actuels, ils sont peu à connaître l’existence du Monde d’en Bas, mais ceux qui sont au courant se montrent compréhensifs et ne me blâment pas si je suis amenée à manquer les cours pour la promotion de mes romans.

Par contre, quand la version auto-éditée du livre est parue, j’étais en quatrième et tous les professeurs ont été prévenus par mes amies ! Beaucoup ont alors décidé de voyager dans mon univers, ce qui m’a évidemment fait plaisir.

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J’adorerais pouvoir un jour vivre de mes livres, mais j’ai conscience que je m’engage dans une voie difficile. Quoi qu’il en soit, j’espère ne jamais abandonner l’écriture, et je pense me diriger vers des études de journalisme tout en croisant les doigts pour que mon rêve se réalise un jour !

Je me concentre essentiellement sur Le Monde d’en Bas car, de la même manière que je n’arrive pas à lire deux livres en même temps, je préfère écrire une seule histoire à la fois. Cependant je participe parfois à des concours de nouvelles, et l’un de mes textes a été sélectionné et publié dans un recueil collectif, Une nuit avec Baker, en décembre 2015.

Par ailleurs, je prête ma plume au journal Extra, un supplément franco-allemand du Républicain lorrain dont les rédacteurs ont entre 15 et 20 ans. Une première immersion dans le monde du journalisme !

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Vers six autres tomes

À présent, j’ai achevé le troisième tome et suis en pleine correction. J’espère qu’il pourra paraître cet été. Depuis le 6 avril 2014, le rêve a commencé, et je ne me suis toujours pas réveillée. 

Le jour où je devrai me séparer définitivement de ces personnages qui vivent en moi depuis si longtemps, ce sera un crève-cœur.

Les six derniers tomes sont déjà plus ou moins écrits dans mon esprit, je sais ce qu’il va s’y passer ; maintenant il ne me reste plus qu’à les rédiger !

S’il s’avère cependant que le temps me manque et que je ne parviens plus à écrire suffisamment à cause de mes études, j’ai prévu une porte de sortie afin d’écourter la saga sans priver les lecteurs d’une réelle fin. Mais ce serait réellement frustrant pour moi de devoir recourir à ce que je considérerais comme une amputation.

Le jour où je devrai me séparer définitivement de ces personnages qui vivent en moi depuis si longtemps, ce sera un crève-cœur, même si je crois qu’une part de moi demeurera éternellement à leurs côtés dans Le Monde d’en Bas.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Théatreuse anonyme
    Théatreuse anonyme, Le 10 juin 2016 à 23h20

    Wouah!!!:top:
    J'ai un an de moins que toi et j'ai commencée il y a 3 mois l'histoire de Sacha. J'adore moi aussi écrire depuis toujours même si j'avoue que sans les demandes pressantes et les encouragements féroces de Mme S. ma prof de français, j'en serai encore à m'épanouir dans les rédactions!
    Je t'envie véritablement d'avoir réussi à faire vivre un personnage et construire un monde sans complexe, ce n'est pas mon cas : je n'ai jamais fait lire mon histoire à personne d'autre que Mme S. et mes parents sont plus que vaguement au courant de ce projet. Mes mots sont trop personnels pour que j'arrive à les partager avec eux ou mes ami(e)s.
    Encore bravo et merde à toi pour la suite!

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